Extrême Occident Express Indochine
Ils commencent une
tournée mondiale au mois de février. C'est en pleine répétition
que Keyboards est venu les surprendre dans un ancien cinéma de
banlieue.
L'endroit se prêtant aux activités du groupe en répétition, Indochine a planté son camp pour trois mois... 81-87 : du MS-10 au Fairlight...
Nicolas : on s'est rencontré avec Dominique (le guitariste) en 1980 dans un groupe qui s'appelait Les Espions.
À l'époque, la musique se libérait de certaines contraintes après la tournade Punk de 77 : le son d'un morceau devenait plus important que sa structure. On a vu des groupes en concert qui jouaient sur trois accords et on s'est décidé à prendre cette voie naturelle.
Pour la suite, on a découvert les breaks, les mesures et les enchaînements complets-refrains et on les a intégré à notre technique de base. Mais au départ, il n'était pas question que de faire passer l'énergie brute sur scène.
Quand on a eu notre premier synthé, on l'utilisait en séquences pour donner un rythme et une ligne de basse. Après, on a découvert le Jupiter 8, pour nous s'était le summum : polyphonique et en plus, avec des violons!...
Aujourd'hui bien qu'il paraisse un peu dépassé, on l'utilise toujours pour certains sons, mais le D 50 lui a beaucoup de choses à dire. Le D 50 et aussi l'Emulator...
On a opté pour L'Emulator il y a trois ans; c'était les premiers samplers et Dominique s'est très vite adapté à ces nouveaux systèmes jusqu'à Fairlight, summum dans son genre.

La brigade des polyvalents
Chapitre 2 où l'on apprend que chaque instrument mène à quelque chose à condition d'en sortir...
Nicolas : Dominique est guitariste autodidacte; au départ il ne connaissait rien aux claviers, mais il s'est intéressé au sujet et s'est très vite adapté à l'évolution, des MS 10 ou MS 20 jusqu'aux samplers.
Dimitri est saxo, mais c'est pareil; il s'est mis aux claviers; d'ailleurs, il va en jouer de plus en plus sur scène pour que Dominique soit encore plus à la guitare.
Dominique : C'est comme ça que travaille Indochine : chacun sort de son instrument de base pour se consacrer à autre chose (guitare sèche, percussion, etc...)
Chacun ne voit pas MIDI à sa porte de la même manière.
Dominique : J'ai essayé plusieurs modèles de guitares MIDI sans trouver vraiment satisfaction. Pour piloter un synthé, ça peut aller. Sur les Tzars, j'ai fait la ligne de basse; je l'ai rentrée dans le Macintosh qui a piloté le Fairlight.
Mais pour jouer en temps réel, il y a toujours un problème de détail; ce n'est pas convaincant. Pour le moment, c'est plus un outil de préparation. Dimitri a essayé les saxs MIDI; c'est encore plus compliqué!
Dimitri : La prise en mains du sax MIDI est déjà complexe; en plus, le synthé d'origine est très limité. Et quand tu veux piloter d'autres synthés, tu ne peux pas jouer des notes piquées; ça sonne comme une cornemuse!
Quant aux clés de transpositions, des molettes qui tournent pas assez facilement, du coup ne tiennent pas la note! Ça peut être bien pour certaines formes de musiques; mais pour travailler sur les possibilités de l'instrument de bases (notes piquées, dynamique), c'est trop limité! Yamaha a sorti un nouveau modèle avec des clés comme sur les flûtes; il faudrait que je l'essaye...

Techniques citées
Ils sont quatre chez Indochine... C'est comme les Mousquetaires...
Stéphane : Au début, je jouais des séquences sur le MS 10. Maintenant, je fais comme les autres dans le groupe : je fais de l'Emulator, du Fairlight; mais je suis très attiré par les guitares depuis quelques temps.
Indochine : Le synthé, mais aussi la feeling
Stéphane : Avec les machines, il faut bien comprendre le mode d'emploi et ne pas s'enfermer dans la technicité, sinon on perd de son feeling.
Nicolas : Oui, c'est ça. Nous, c'es tpour un problème de temps que l'on utilise les services d'un programmateur car on n'a pas le temps sur scène de s'occuper des machines et de changer les disquettes. Mais pour la création, on aime trouver les sons et les travailler comme on le sent. La machine est là pour ça.
Dominique : L'ordinateur pilote les synthés, mais on ne peut pas le faire commander par un autre ordinateur; à un certain stade, l'homme est nécessaire; sur scène, on est assez occupés par nos instruments respectifs; la machine ne doit pas nous déshumaniser.

Le synthé idéal ou l'idéal Hal dans le synthé
Dominique : le Fairlight est un must, mais il ne fera pas ce que fait un MS 10; c'est une question de son.
Dimitri : Chque synthé a ses avantages; l'idéal, c'est d'avoir un échantillonage de tous; mais c'est surtout une question de budget.
Dominique : Le synthé a évolué depuis les années 70; aujourd'hui, un groupe qui débute peut investir dans plusieurs claviers et disposer de multiples possibilités sonores pour à peine dix mille francs.
Nous, quand on a débuté, on a dû attendre de vendre des disques pour acheter un JP 8. En plus, aujourd'hui, on a aussi un maximum de possibilités pour un minimum d'encombrement.
En fait, c'est ça le synthé idéal : l'encombrement réduit, les possibilités variées et un prix abordables; sans oublier les synthés en racks pilotés par d'autres claviers avec les standard MIDI. Chaque synthé est l'idéal par ce qu'il offre.
Branché ou pas branché?
Acoustique ou électronique? Côté scène, ça cohabite.
Nicolas : Il y a deux ans, on tournait avec un percussionniste. Pour la tournée 88, il y aura avec nous un bassiste et un batteur acoustique. Quand on a débuté, on n'avait pas de batteur, et les boîtes à rythmes devenaient intéressantes à exploiter.
Les tempos que nous voulions étaient plus faciles à créer avec une boîte. Alors on a continué comme ça. Sur le dernier album (7 000 Danses), on a ressenti le besoin de faire un panachage des deux. Pour la basse, c'est la même chose, encore que Dominique en a toujours joué depuis le premier album.

Nouvelles 7000 tendances
Dimitri : Pour le dernier album, on a essayé les deux systèmes : et on a gardé à chaque fois celui qui rendait le mieux. Le cas s'est surtout présenté pour la basse ou la version acoustique a été souvent retenue.
Nicolas : la musique d'Indochine évolue progressivement vers un mariage de sons synthétiques et traditionnels.
Dominique : Je pense que c'est aussi une nouvelle tendance musicale qui fait son chemin dans la musique en général. Après le tout acoustique et le tout synthétique, on va vers un mélange des deux : l'acoustique se renforce avec le synthétique et le synthétique se diversifie avec l'acoustique.
Il faut dire aussi que l'excès de séquenceurs et de boîtes à rythmes a mis sur la touche pas mal de batteurs. On a longtemps vu les boîtes utilisées par des claviers; pour beaucoup de batteurs, ces effets étaient perçus comme de la concurrence.
Nicolas : Maintenant, ils s'y intéressent et c'est bien; une TR 808 doublée par un batteur, ça donne une autre dimension. Nous utilisons les services de batteurs qui savent programmer une boîte ou une Linn, qu'ils déclenchent eux-mêmes.
Dominique : En plus, ils savent comment en tirer le meilleur parti. Pendant longtemps, les claviers et arrangeurs qui s'en servaient ne faisaient souvent que récréer des tempos existants. Un batteur qui maîtrise bien la boîte pourra concevoir beaucoup plus de variations.
Croquez dans la pomme!
7 000 danses : demandez le programme...
Nicolas : On a travaillé sur l'album avec le programmeur d'Ultravox, mais on a fait beaucoup de choses nous-même. On utilise depuis un an un Macintosh Apple avec un logiciel Performer. Apple nous a même offert un stage!
Dominique : On connaissait aussi le système Atari, mais nous avons opté pour le Macintosh avec le Performer I qui a fait ses preuves. Depuis, ils ont sorti le Performer II, mais il n'y a jamais eu de problème, on reste avec le I. De plus, il pilote le Fairlight. Malgré le séquenceur intégré du Fairlight, on préfère piloter d'un système central.
Dimitri : On a quand même essayé l'Atari en studio; Joe Glassman, le producteur, en avait un. Mais nous on connaît mieux le Mac. À chaque pays son système : en Angleterre, ils sont très Atari; aux U.S.A., c'est le Mac, et en France, les deux systèmes.
Dominique : On a aussi pas mal travaillé avec Frédéric Rousseau. Il a une grande expérience des machines. Lui aussi nous a conseillé le Mac. C'est lui qui nous a convaincu de traiter toutes les sources avec le même ordinateur, Fairlight compris. C'est moins aléatoire que d'avoir deux machines qui pilotent en même temps.
Mark and
Spencer ou Nouvelles Galeries?
Studios : Messieurs les Français, tirez les premiers.
Nicolas : Les studios Anglais ont longtemps représentés le top. Mais depuis quelques années, on rattrape le retard. Il y a maintenant en France une vingtaine de studios qui n'ont rien à leur envier; les Anglais viennent pour le dépaysement, des raisons fiscales, le rapport qualité-prix, et en plus, on est compétents.
Brian Ferry, Dave Stewart et même les Américains n'hésitent plus à venir ici; cela prouve que maintenant, on sait faire. On a passé deux mois à Miraval, un mois au Air Studio de Monserrat. C'est pour nous le meilleur studio du monde, et on a mixé chez Red Bus, à Londres.
Dominique : Monserrat, c'est grandiose; c'est une île des Antilles. C'est George Martin, celui qui produisait les Beatles qui l'a installé; il y a une console S.S.L. 48 voies modifiée avec 12 voies Neve en plus.
La campagne d'Indochine
Répétitions en banlieue, mais tournée mondiale... Suivez le guide...
Nicolas : On commence la tournée en France à la mi-février. On a tout pour que les entrées soient le moins cher possible. On a vu que pour Cure ou Depeche Mode, ça tournait autour de 150 francs la place. Nous, on a réussi à faire descendre le tarif à 125. On trouve que c'est encore trop.
On va aussi jouer au Pérou car là-bas, on a quand même vendu 100 000 exemplaires de notre album Live. Nous y serons au mois d'avril à 2$ la place car c'est un pays assez pauvre. Nous passerons aussi par les pays Scandinaves, l'Australie et le Canada. On a tout pensé pour que ce soit une grande tournée.
Dominique : Sur la partie Française de la tournée, on veut prendre un groupe local en première partie dans chaque ville où nous passerons. À priori, ça pose des problèmes de son : À chaque fois, il faudra une balance nouvelle selon que le groupe sera guitare, basse, batterie ou claviers, boîtes à rythmes. On va quand même faire le maximum pour que ce projet aboutisse.
Nicolas : On a aussi beaucoup de préparation; le matériel que nous utilisons nécessite une parfaite mise en place. On utilise une maintenance à la Jean-Michel Jarre avec les impératifs d'un groupe de rock.
Sans faire de comparaison avec lui, c'est vrai que le matériel que nous utilisons est assez imposant et pointu à utiliser sur scène. Côté visuel, il y aura pas mal de projections dont un film tourné en 35 m/m et des séquences du clip "Les Tzars".
On n'a pas voulu prendre de l'éclairage classique, genre Télescans, Varilights, etc... Tout le monde en utilise, c'est bien, mais ça nous dit rien. En France, on préfère jouer dans les salles de 5 000 places comme le Zénith ou le Palais des Sports même si c'est plus rentable de remplir Bercy.
Le public qui vient à nos concerts doit nous voir et nous entendre correctement. Au Pérou, on jouera dans de grandes salles; comme c'est une tournée, on ne peut pas y rester trop longtemps. On fera de notre mieux...
Rock français : to be or not to be...
Nicolas : Il y a des groupes en France, il faut que cela se sache : les Innocents, les Ablettes ont autant d'années d'existence que Indochine. Plus il y en aura mieux ce sera. Nous sommes le groupe n°1 pour un certain public, d'autres le sont aussi, même si nous sommes mieux placés au niveau des ventes...
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| Dimitri (sax et clavier) : le juste milieu | ||
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| Dominique : l'homme fait corps avec la machine | Stéphane à la guitare sèche : MIDI, les lunettes |