Le rock clean
Ils s'appellent
Nicola, Dimitri, Stéphane, Dominik; l'un chante, les autres
jouent. Ils sont jeunes, vrais, symboliques d'un nouveau rock
français, né du punk et assagi sans hallucinations mais avec le
goût de l'art qui est né d'une passion dont ils font un métier.
Premier groupe français dans leur genre, les quatre d'Indochine ne sont pas entrés dans la jungle du show biz en fracassant les hit et les top. Mais maintenant, ils y figurent durablement au prix d'une seule exigence, la leur : la qualité d'être de leur musique.
Par là, dans une banlieue, petits pavillons, café du coin, à l'abri des grilles d'un vieux cinéma transformé en studio de répétition, des petites fans attendent. Patientes, mignonnes, elles ont sûrement séché leurs cours.
Pas d'hystérie, juste l'espoir d'entrevoir l'un de ces garçons ou tous, ceux d'Indochine, d'autant plus convoités qu'ils sont accessibles et répondent par un sourire, un autographe, à cette sollicitation qui les surprend encore.
FM - Vous existez depuis six ans et c'est vous, Nicola et Dominik, qui êtes à l'origine du groupe. Comment êtes-vous rencontrés?
N. - On travaillait dans des groupes de banlieue, on s'est mis à penser, Dominik et moi, à des musiques, puis à des opportunités de maisons de disques. Ce fut le départ du groupe Indochine.
FM - Ensuite, après Dominik et toi, il y a eu Dimitri et ton jumeau Stéphane.
N. - Effectivement! Je souhaitais construire une formation qui sorte un peu du trio de basse, batterie, guitare, donc j'ai cherché un saxophone puis une boîte à rythmes en tant qu'instrumentiste évidemment. Mon frère Stéphane est venu après Dimitri pour compléter le groupe.
FM - Pour mettre les choses au point, qui
fait quoi?
N. - Il n'existe pas d'attributions catégoriques. Je suis en principe préposé aux textes de nos chansons, je les chante aussi, mais peu à peu, je me mets aux instruments.
Dominik compose les musiques, on se retrouve avec mes textes en studio, avec les autres bien sûr, on écoute et chacun donne son avis. C'est en définitive un véritable travail d'équipe.
FM - Pourquoi vous êtes-vous appelés Indochine?
N. - Nous avons cherché et c'est par hasard qu'on s'est définis sous ce label. On trouvait qu'Indochine, c'était joli, évocateur. Mais peut-être faut-il pas trop analyser notre choix. Les références sont multiples.
FM - Quatre albums, trois grands succès et 7000 danses, sortis à la rentrée 87 qui marche déjà un max, c'est fabuleux, non?
N. - Vraiment, ça fait plaisir!
FM - Vous préparez une tournée qui commence le 3 février, on vous attend à partir du 23 du même mois au Zénith à Paris et vous avez répété depuis septembre dernier dans ce studio. C'est une nécessité ou un plaisir?
N. - Pour être au point, il faut des mois. Nous devons entièrement maîtriser nos morceaux, nos instruments, nos voix, nos effets. Nous avions opté pour le Palais des Sports au départ.
Et comme L'affaire du courrier de Lyon est prolongée, nous nous retrouvons dans notre salle fétiche, le Zénith. À quelque chose malheur est bon, puisque nous aurions eu des problèmes techniques au Palais des sports.
FM - Le rock Indochine est à messages, sinon à contestation, en tout cas à dénonciation des grands événements contemporains. Pourquoi une si grand importance aux textes?
N. - On ne veut pas faire des chansons immédiates sur le chômage... On est surtout frappés par l'envahissement de la politique partout et c'est irritant. Mais nous traitons nos thèmes de façon surréaliste, comme des phénomènes de société. Les paroles des chansons sont à interpréter comme chacun les entend!
FM - Vous êtes vraiment des autodidactes de la musique. Vous n'aviez jamais appris à jouer d'un instrument avant de monter le groupe?
Dominik - J'ai appris la guitare tout seul. J'avais balbutié dans divers groupes au lycée.
Dimitri - Le sax n'était pas un instrument familier pour moi, pas plus que les claviers. J'ai dû beaucoup travailler.
N. - C'est vrai que nous étions plutôt nullards. Moi, je ne connaissais rien. Maintenant, je prends des cours de chant tous les jours.
FM - Vous avez presque tous des prénoms à désinence russe. C'est un hasard ou une hérédité?
N. - Notre père, à Stéphane et à moi, est né en Russie, nous à Paris. On a vécu ailleurs qu'ici, la capitale de la France n'est pas notre patrie réelle. Mais on s'y sent bien.
Dim. - Pour moi, il s'agit d'un grand-père russe, quand à l'origine de mon prénom.
Dom. - En ce qui me concerne, j'ai changé l'orthographe de mon prénom. Je viens de la Creuse et de la Normandie. Je m'appelais Dominique, tout simplement.
Quatre
garçons qui chantent ce qu'ils pensent, en haut, Nicola en bas,
de gauche à droite, Dimitri, Stéphane et Dominik
FM - L'album "7000 danses" est très élaboré sur le plan des techniques de sons. Ça vous semble l'essentiel?
Dim. - Nous avons travaillé dans divers studios dans le monde entier en prenant les meilleures choses de chaque technique.
N. - C'était une expérience. Mais si nous avons composé la plupart des morceaux en studio avec un matériel électronique et aussi traditionnel, ce n'est pas dit que nous travaillerons toujours ainsi.
FM - Une distribution de cet album dans 27 pays, c'est colossal et c'est une première pour vous?
N. - Certes et c'est important. Nous avons eu néanmoins des problèmes avec certains pays anglo-saxons, les États-Unis notamment, qui n'ont pas apprécié de voir Reagan sur le clip "Les Tzars" et qui en conséquence ont refusé le disque, la Grande-Bretagne aussi, pour des raisons linguistiques - c'est un disque français, alors que l'Australie et la Nouvelle-Zélande l'ont reçu. Mais c'est un test dans ces pays.
FM - Quels sont vos loisirs?
N. - Je prends l'air, je voyage si j'en ai le temps, sans les autres de préférence, je vais au théâtre, au concert, parfois en boîte.
Stéphane - Je suis assez noctambule, et j'ai du mal à émerger (rire des autres) mais en dehors des clubs, je pratique le ski, la moto sur route.
Dim. - Moi, j'aime la nature et les boîtes de nuit.
Dom. - Je suis assez proche de la nature moi aussi, j'aime bien aller à la pêche.
FM - Vous êtes un groupe de rock drôlement sain!
Dom. - On est peut-être comme tout le monde, simplement. Les gens accrochent des étiquettes parfois fausses dans ce milieu. Je crois que c'est un peu fini, le côté rock-allumé, pas trop net, si tu vois ce que je veux dire. On est des garçons bien dans notre peau.
N. - De notre passion, nous avons fait un métier mais c'est toujours quelque chose qui nous semble merveilleux.
FM - Vous êtes célibataires?
N. - Oui, depuis un ou deux ans, nous ne vivons plus chez nos parents mais nous n'avons pas encore femme et enfants.
FM - Vos parents sont musiciens?
N. - On écoutait beaucoup de musique classique quand on était enfants, Stéphane et moi.
Dom. - Mes parents ne sont pas du tout branchés sur la musique.
Dim. - Ma grande soeur écoutait David Bowie, les groupes à la mode et toute la musique des années 70 a bercé ma jeunesse.
FM - Quels groupes ou chanteurs et chanteuses écoutez-vous?
N. - On n'a pas d'exclusive. On écoute ce qui sort et en ce qui me concerne, je suis toujours attiré par la musique classique.
Dim. - C'est important d'être à l'écoute des autres.
Dom. - Même si on n'adhère pas tout de suite, il faut essayer de trouver les qualités des chansons, des morceaux.
Stéph. - C'est utile et c'est le plus souvent un plaisir. En fait, on aime les grands étrangers reconnus unanimement.