Indochine, éternels ados

Relégué un temps au rayon souvenirs, le groupe de Nicola Sirkis fait de nouveau salle comble.

Bob Morane contre tout chacal, l'aventurier contre tout guerrier..." Souvenez-vous : en 1983, un groupe de jeunes Parisiens décroche une première fois la timbale (plus de 700 000 exemplaires vendus) avec L'Aventurier, l'histoire d'un héros de BD sur fond de guitare électrique et de synthés.

Le groupe Indochine surfait alors sur la vague new wave et enchaînait succès sur succès (3e Sexe, Canary Bay, Trois Nuits par semaine...). Ensuite, les différentes modes musicales les ont relégués au rayon souvenirs.

Mais aujourd'hui, dix-huit ans après la création du groupe, le soleil brille à nouveau. Leurs concerts de cette année affichent complet. Leur nouvel album, "Dancetaria", est l'une des grosses sorties de la rentrée.

De quoi ravir Nicola Sirkis, chanteur et seul membre rescapé du groupe originel : "On casse toutes les idées reçues. Même Les Inrockuptibles sont perdus : ils reçoivent des lettres de fans qui adorent Placebo et nous!"

Pourtant, il ne veut pas parler de retour : "Il n'y a jamais eu de départ. Simplement, durant les années quatre-ving-dix, nous n'étions plus à la mode : il fallait être grunge ou un boys band pour intéresser une maison de disques. Il s'agit juste d'un comeback médiatique."

Mais alors que plusieurs groupes des années quatre-vingt ont disparu tels Téléphone ou Starshooter, Indochine a suivi son chemin. Non sans encombre : Dimitri est parti en 1988, et Dominique en 1994.

Surtout, il y a eu la mort de Stéphane, le frère de Nicola, à la suite d'une hépatite au début de l'année. "Steph' était l'âme rock du groupe, dit Nicola. J'aurais pu tout arrêter, mais Indochine reste plus fort que ses membres."

Il a voulu offrir aux fans les dernières mélodies enregistrées par le guitariste. "Sur "Dancetaria", on trouve quatre chansons de Stéphane. Il était de mon devoir de les faire vivre." Sur la scène de l'Olympia, le 24 juin dernier, Nicola les présenta devant une salle comble. Succès total.

Comment expliquer pareille longévité? D'abord, par le retour en force de certains groupes des années quatre-vingt (Images, Eurythmics...). Ensuite, par le public, toujours dans la même tranche d'âge : 15-25 ans. "Ces gens-là, je ne vais pas les chercher!

On peut me reprocher des textes d'adolescent éternel ou attardé. J'ai 40 ans et je ne me sens pas bête parce que j'écris des choses qui touchent les ados." Aussi, à l'heure de fêter bientôt les 20 ans du groupe, le bilan se révèle positif : "Les jeunes d'aujourd'hui n'ont plus honte de dire qu'Indochine est un bon groupe."

Affublé d'une robe de bure "pour le côté sexy", Nicola porte la bonne parole d'Indochine sur scène, sans se lasser : "J'ai envie de rester dans le rock pour l'idée de provocation que cette musique implique. Au début, on se maquillait et ça choquait. On a un peu fait bouger les choses, mais je ne me prends pas au sérieux pour autant. Ce n'est que de la musique."

Hypno-pop

Refrains entêtants (Manifesto, Juste toi et moi ou Dancetaria), musique lorgant vers les tendances actuelles, telle est la recette utilisée pour "Dancetaria", septième album studio. Selon Nicola Sirkis, "l'objectif était de garder les titres les plus hypnotiques". Mission accomplie.

Double T Music, 140 F.

Avant la sortie de l'album, la tournée affiche complet. Indochine (ici, Nicola Sirkis) remplit les salles comme autrefois.

Une avalanche de succès

1983 : "L'Aventurier" est n°1 en France, et l'album disque d'or.

1985 : Avec l'album "3", Indo devient le groupe rock le plus vendu de France : 800 000 exemplaires!

1987-1988 : Tournée mondiale. Au Pérou, 45 000 personnes assistent à leurs quatre concerts.

1991 : Le "Birthday Album" fête les 10 ans du groupe : 362 000 exemplaires vendus.

1999 : Tournée française (onze dates prévues).