Indochine : Retour au front
Second passage à
Bruxelles pour Nicola Sirkis, venu défendre la sortie de "Dancetaria",
l'excellent nouvel album d'Indochine dont il est à présent l'unique
membre fondateur.
Malgré les difficultés, les malheurs récents et le mépris des médias, Nicolas est pleinement confiant dans le potentiel d'un disque qui lui ouvrira les portes du troisième millénaire.
Si tu devais présenter ce nouvel album à quelqu'un qui ne connaît pas ou n'aime pas Indochine, que ferais-tu pour l'inciter à l'écouter?
Nicola Sirkis : "Si on parle de quelqu'un qui n'aime pas le groupe, je lui dirais d'oublier ses préjugés et qu'il écoute simplement cet album, parce que je pense qu'il y a plus de préjugés que de réalités autour d'Indo.
Pour moi, c'est le meilleur album, celui dont je suis le plus fier. C'est un album féérique, dans le sens noble du terme, et mélodique, car lorsqu'une personne l'écoute, même une fois, sans y faire attention, il lui reste toujours une mélodie, quelque chose qu'elle aura tiré inconsciemment des chansons entendues."
En quoi cet album se différencie des précédents?
Nicola : "Il n'y a pas de différence notoire mais c'est le huitième album du groupe, celui avec lequel on est arrivé à boucler la boucle. Le style est à peu près le même que sur les premiers albums mais on est arrivé à une sorte d'état de grâce malgré tous les écueils qu'on a traversés.
Il y a eu une réunion de gens à la fois professionnels et amateurs : la fille qui a conçu la pochette, le type qui a ajouté les ambiances et Stéphane qui a livré ses plus beaux morceaux.
Le résultat est beau et il touchera les gens sur la longueur. "Juste Toi & Moi", c'est le premier single mais ce n'est que la première marche pour les gens, il y en aura plein d'autres. On va sur au moins un an avec cet album.
On va sortir "Stef 2" en single, puis "Atomic Sky" et ensuite peut-être "Justine" ou "Manifesto", ou alors "Astroboy" qui est apprécié en France. On sait en tout cas que cet album va durer un bout de temps."
Ne trouves-tu pas que cet album se trouve dans la continuité de "Wax" avec lequel il forme un tout?
Nicola : "Wax" était le précurseur de cet album, celui qui nous a redonné goût à Indochine. Dominik était le principal compositeur du groupe.
Après son départ en 93, Stéphane et moi avons été obligés de nous occuper du groupe, mais nous en avions la responsabilité et, comme nous avions très peu écrit auparavant, on a eu tout de suite une sorte de spontanéité. Tant pis pour les maladresses, elles ont aussi leur intérêt dans ce métier.
"Wax" était très influencé par la britpop mais il avait sa propre identité. Avec "Dancetaria" on est allé au-delà et quand on l'écoute on se sent transporté dans des univers complètement différents.
Il y a une densité assez forte qui peut même être fatiguante dans le sens où chaque chanson est un gros pavé. C'est un album avec lequel il faut vivre et pas un disque de consommation immédiate."
Avec tous les singles qu'Indo a derrière lui, n'est-ce pas difficile d'intégrer les nouveaux morceaux dans le répertoire scénique?
Nicola : "Non, justement c'est un plaisir de voir qu'on peut mélanger des morceaux qui sont devenus des standards avec les plus récents, jouer par exemple "L'Aventurier", qui a plus de 15 ans, avec "Drugstar" et des morceaux du nouvel album.
En concert on s'aperçoit qu'il n'y a pas de différence d'époque, que ces chansons sont presque intemporelles. Mais d'un autre côté, c'est un concert moderne, c'est Indochine en 1999, pas un groupe qui refait les trucs des années 80.
Mais ce n'est pas difficile d'intégrer les nouveaux morceaux, la difficulté vient de choisir l'ordre d'interprétation, pour assurer la continuité du concert. "L'Aventurier" ou "3 nuits par semaine", il se passe toujours quelque chose lorsqu'on les joue et on prend toujours notre pied à le faire.
On a toujours une partie du public à surprendre ou à convertir, alors on continue parce que ça me ferait chier d'arrêter."
Tu as souvent dit que tu désirais passer le cap du millénaire avec Indochine. De manière plus générale, ça représente quelque chose pour toi l'an 2000?
Nicola : "C'était plutôt une sorte de plaisanterie. Le premier janvier 1990, les gens ont commencé à dire que la musique des années 80 était nulle, or c'était loin d'être le cas. Et le premier janvier 2000 ce sera pareil pour les années nonantes, on dira que c'étaient les années Boys Band ou Top Models, comme les années 80 ont pu être résumées à Bernard Tapie.
Et ce sera pire parce que n'importe quel artiste des années nonantes sera considéré comme un artiste du siècle passé, même pas de la décennie passée, et là tu prends un coup de vieux. Mais je crois qu'on ira au moins jusque 2005-2006, pour être un groupe à cheval sur deux siècles, et c'est ça qui est rigolo."
Par rapport à ton public, tu crois qu'il se renouvelle ou qu'il vieillit avec le groupe?
Nicola : "Il se renouvelle, c'est sûr. Maintenant, on voit à nos concerts des gens qui ont entre 12 et 35 ans, même s'il y a un noyau de fans fidèles. En fait on a été surmédiatisés dans les années 80 puis, au contraire, les médias nous ont ignorés et maintenant les choses se font par bouche à oreille.
Je crois qu'il y a des gens qui ont envie de découvrir des choses qui ne passent pas en radio, et on vend plus d'albums maintenant qu'à l'époque où on était surmédiatisés. On n'a pas cherché à être l'événement, on est restés sincères et c'est ça qui a plu aux gens, je crois."
Il y a un grand attachement d'Indochine pour le public belge, puisque c'est en Belgique que vous avez enregistré les deux derniers "live", le clip de "Juste Toi & Moi", etc...
Nicola : "Oui, on a toujours été soutenus ici. Stéphane et moi avons vécu pendant 14 ans en Belgique, on a toujours considéré ce territoire comme important, autant que la France. La Belgique peut être fière de sa culture, de ses médias.
Les radios belges, ou suisses, sont beaucoup plus intéressantes que les radios françaises, par exemple. Il y a une vraie fidélité du public belge, regardes : le concert à Forest National est déjà complet, c'est fou. Tu vois le respect du public."
Tu crois qu'il existe une pop-song parfaite?
Nicola : "Oui. "Drugstar", "Juste Toi & Moi" ou "Justine", sont des pop-songs parfaites à notre niveau. Mais la vraie pop-song parfaite c'est "Heroes" de Bowie. Ce n'est pas si facile à faire, on croit que la pop c'est quelque chose de facile mais ce n'est pas le cas. Mais il existe des pop-songs parfaites, comme "Wonderwall" d'Oasis.
On s'est rendu compte après la reprise par ce mec (Mike Flowers) et on a vu que la mélodie était solide, la chanson était valable. C'est comme "Heroes", qui ne l'a pas reprise?
Nous on la reprend sur scène, mais l'original est quand même solide! Deux notes, tu vois, et c'est costaud. C'est un des critères pour dire qu'une chanson est vraiment excellente, quand elle devient vraiment fédératrice, qu'elle est reprise par d'autres."
Qu'écoutes-tu actuellement?
Nicola : "Actuellement, j'écoute beaucoup de pop anglaise, genre Blur, Pavement, Radiohead, Placebo ou les Cranes, mais rien de ce qui se fait en France ne me touche vraiment, c'est bien que ça existe mais ça ne me touche pas, sauf Voulzy ou Souchon. Ça n'a rien à voir mais j'aime leur écriture."