Indochine : le tout pour le rock

Ce 14 juillet, en marge des festivités relatives à la prise de la Bastoche, vous pourrez suivre à 22h20 sur A2, la retransmission des concerts d'Indochine au Zénith en mars 86. Une folie que les atteints du syndrome Indochinois ne peuvent se permettre de laisser passer. Pour tenir jusque-là, quelques nouvelles du front.

Amis du rock bonjour! Temps dégagé, ciel bleu, mer peu agitée, vent force 2. Rien à l'horizon susceptible de venir troubler le calme ronron dans lequel est plongé le rock en ce début des vacances d'été.

Mais méfiez-vous de l'eau qui dort, car la tournade Indochine s'apprête à déferler à nouveau sur la France. Et pas plus tard qu'à la fin du mois de juin, avec un nouveau single, prémice à un album considéré comme capital dans la carrière de nos quatre rock'boys, dixit les éminents professeurs de rock. Il faut avouer que Dominik, Nicola, Stéphane et Dimitri l'ont peaufiné cet album.

Allant jusqu'à s'expatrier aux Caraïbes pour trouver un peu de tranquilité, propice à la création. Cruelle la punition me direz-vous : sable brûlant, mer d'azur, ukulélé et autochtones bronzées.

Hélas pour nos quatre guss, dont le bronzage signé Jacob Delafont fait peine à voir, les seuls réels contacts qu'ils ont pu avoir avec la flore locale se sont faits au travers des bow-windows du studio "Air" admirablement perché sur le sommet d'une colline dominant la mer.

Pas même le temps d'exposer leurs petits corps amoindris par le labeur, sous les feux mordorés du soleil des Iles.

Cela posé, les Indochine ne sont pas venus ici pour jouer les blaireaux, l'instamatic en bandoulière, mais pour enregistrer un album. Avec l'immense privilège de travailler dans ce studio féérique créé par Georges Martin, producteur de quatre jeunes gens dans le vent connus sous le sobriquet de "Beatles", que les plus grands viennent enregistrer.

Dire Straits, y ont fait leur dernier album, mais aussi Sting, Duran Duran, Elton John... Croyez-moi on a beau s'appeler Indochine, remplir les salles et vendre beaucoup de vinyles, ce sont des choses qui vous remuent les tripes. Normal, sinon à quoi ça sert que ucros se décarcasse...

Pour terminer l'album, Indochine et Joe Gasman, leur ingénieur du son, se sont envolés pour la perfide Albion et son Red Bus Studio.

Warren Cann d'Ultravox et Marc Brzezycki, ex-batteur de Big Country, ont débarqué avec une batterie impressionnante, surtout pour les Indo plus habitués comme on le sait aux batteries synthétiques. Résultat, un son plus "live" que les précédents albums.

Les projets immédiats de nos quatre pellerins du microsillon, c'est avant tout un mois de repos en ordre dispersé pour juillet.

Car voilà cinq mois que nos gaillards vivent, boivent, bouffent, musak l'un sur l'autre. Cinq mois c'est long, ce sont d'ailleurs ces périodes de promiscuité que la plupart des groupes vivent difficilement et qui exacerbent les caractères et font ressurgir les antagonismes.

Tel n'a pas été le cas pour Indochine, au contraire, cette période de semi-hibernation en vase clos a permis au groupe de se ressourcer, de resserrer les liens qui les unissent.

Après cette douce farniente de juillet, le groupe entrera en répet, pour préparer les concerts du mois d'octobre et novembre à l'étranger : Canada, Scandinavie, Japon, etc.

Il faut dire que l'album bénéficiera d'une diffusion internationale. C'est pourquoi ils ont eu des moyens aussi importants pour les réaliser, pas question de décevoir, surtout qu'Indo est le seul groupe rock français d'obédience internationale alors...

Point culminant de cette conquête, le Palais des Sports à Paris à partir du 15 février prochain. Ensuite, tout naturellement, Indochine se donnera à la France.

Favorisant la qualité plutôt que la quantité, le groupe n'effectuera que peu de concerts : en province, pas question de tournées-marathon où la fatigue vient rapidement à bout de la spontanéité.

Au total un avenir bien radieux pour Indochine hormis l'annulation officielle de leur voyage au pays, de l'oncle Ten Xiao Ping où, depuis les événements étudiants du mois de février dernier, les autorités pékinoises voient d'une sale oeil la venue sur leur sol d'un groupe rock susceptible de souffler quelques idées novatrices à une jeunesse en pleine ébullition.

Les dirigeants de l'empire du milieu Sien feraient mieux de méditer sur les pensées philosophiques de Lao Tseu. Quant aux quelques Péquins qui voudraient prendre une bouffée d'air occidental, ils n'auront qu'à visionner la vidéo de ce veau pétaradant à quatre roues nommé AX qui dévale à grand renfort de gaz carbonique cette muraille millénaire. Mais d'Indochine point... les cons.