L'aventurier solitaire

Nicola. Un nouveau son entre pop symphonique et trip-hop électronique.

Indochine

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Dans les années 80, ils faisaient se pâmer les ados. Ne reste que le chanteur, qui reprend le micro mais change de tempo. Avec brio.

Devinette : quel est le groupe français qui existe depuis dix-huit ans, passe rarement à la télé, est peu diffusé à la radio, fait ricaner la critique et, pourtant, continue de vendre des disques et de remplir des salles de concerts?

La bonne réponse, amis nostalgiques des années 80, c'est Indochine. Le quatuor, qui tripotait des synthés de Prisunic en chantant les aventures de Bob Morane, mélangeait pop chewing-gum et BD rock et faisait se pâmer les minettes hexagonales autant que les gamines nordiques, est toujours là. Même si, comme dans le roman d'Agatha Christie, les petits nègres ne sont aujourd'hui plus qu'un.

Après les défections de Dimitri, le saxophoniste, de Dominique, le guitariste et compositeur, et la brutale disparition de Stéphane, le jumeau de Nicola, en février dernier, les Indochinois se résument désormais au seul frère restant.

Avec ses 40 ans, tout neufs et sa mine éternellement juvénile, Nicola, chanteur et auteur, n'a nullement l'intention de prendre sa retraite. Entouré de nouveaux musiciens, il vient de publier Dancetaria, le nouvel album d'Indochine et sans doute son meilleur à ce jour.

"Cet album est celui que j'aime et que je déteste le plus. Quand Stéphane est décédé, en plein enregistrement, j'ai eu envie de tout laisser tomber. Puis je me suis dit qu'il aurait voulu que ce disque sorte, et que l'aventure continue. Nous avons conservé toutes les parties de guitares qu'il avait enregistrées.

Pour nous, il continue d'exister à travers sa musique, il est devenu intemporel, il continue de nous accompagner, quelque part dans l'univers. Sur scène, sa place restera symboliquement inoccupée. Mais pas question de donner des concerts tristes : nous voulons aussi exprimer de la joie, dire que la vie continue. Je crois que l'âme du groupe est plus forte que le destin de ses musiciens."

Depuis son premier concert à Paris, en 1981, au Rose Bonbon, et son premier tube, L'Aventurier, Indochine a parcouru toutes les péninsules, franchi tous les caps. La gloire, avec un flopée de disques d'or et des tournées hystériques, et l'oubli, avec une indifférence médiatique qui a duré presque dix ans.

"Même quand nous étions dans le creux de la vague, je n'ai jamais douté. On continuait de faire des concerts et on voyait notre public rajeunir, comme s'il se régénérait grâce au bouche à oreille. Ça nous a prouvé que nous n'étions pas qu'un phénomène de mode.

Je n'ai jamais cherché à séduire le public des ados. Mais ce que j'écris semble les toucher, et j'en suis flatté. Je n'ai pas le syndrome de Peter Pan, je n'ai pas peur de vieillir, même si je préfère me dire que je grandis. Tant que je me sentirai crédible, je continuerai. Mais c'est vrai que je m'imagine mal chanter Le Troisième Sexe à 60 balais. Je préfèrerais être un vieil écrivain qu'un vieux chanteur."

Sur l'album, entre majestueuse intro à cordes déployées (Dancetaria) et d'émouvants hommages au frère disparu (Astroboy, Stef II), la musique d'Indochine serpente de pop symphonique en trip-hop électronique, avec un son qui tient plus de Massive Attack que de Depeche Mode, les inspirateurs des débuts.

"S'il fallait définir notre style, je dirais que c'est un mélange de pop, de glam rock et de musique gothique. Pop parce que nous aimons faire danser les gens. Glam, parce que j'ai toujours été séduit par le côté ambigu, androgyne et sexy de certains artistes : j'ai plus d'affinités avec David Bowie qu'avec Elvis Costello...

Gothique, enfin, parce que nous avons tenté d'approcher une esthétique assez noire, de parler de la mort sans tomber dans le côté funèbre : après tout, elle fait partie de la vie..."

Album : Dancetaria (fff), chez Double T Music. Tournée : du 12 novembre (à Caen) au 17 décembre (à Paris, Zénith).