Indochine les 4 de l'hiver cool

Indochine aura fêté ses cinq années d'existence. Avant de rentrer en studio, Stéphane, Dominik, Nicola et Dimitri ont fait un dernier baroud d'honneur. Salut! était de la partie!

Il faut avoir vu Indochine aux prises avec son public pour comprendre ce que sont des idoles!

Nous autres journalistes des eighties avons rêvé comme des fous devant ces bandes d'actualité noir et blanc où l'on pouvait voir les Beatles tentant veinement de se faire entendre au centre d'un stade pris d'assaut par des hordes de girls hystériques tombant en pamoison par grappes.

Ou bien encore ces photos choc issues des sixties où les idoles yéyé sont poursuivies par leurs adorateurs. Bon. Et nous, pauvres jeunes loups du feuillet dactylographiés, on se disait qu'on était arrivé trop tard.

Que des trucs comme ça on n'en verrait plus. Et d'envier certains confrères qui ont tout vu, tout entendu... Mais, heureusement pour nous, voyeurs avides de l'extraordinaire, est arrivé Indochine.

C'est drôle, parce que Indochine on les a vu grandir, on a vu leurs premiers concerts, sympathiques, dans des petits night-clubs, où la moitié des spectateurs préféraient siroter leur gin-tonic au comptoir du bar.

Et puis Indochine a grandi, grandi. Quelque chose a changé. Pas eux. Pas le style à attraper la grosse tête Nicola, Dominik, Dimitri et Stéphane. Eux, ils sont toujours restés humbles, simples, funs. S'ils ont évolué, c'est juste dans leur façon d'appréhender leur métier.

Avec plus de sérieux, de travail, mais toujours avec la même enthousiasme. Non, ce qui a changé, c'est leur impact sur tous ces jeunes, de plus en plus nombreux, qui se sont reconnus en ces quatre jeunes dans le vent.

Jean-Éric Perrin, leur biographe officiel, aime raconter le soir autour d'un verre, sa balade nordique en compagnie de ses quatre amis. Il en était revenu secoué.

Tous ces teenagers qui poursuivaient jusque dans leurs chambres d'hôtel la quarté musical! Ça avait un côté féérique! Toutes ces têtes blondes qui scandaient des paroles qu'elles comprenaient à peine... Indochinemania?

Nous, à Salut!, ça faisait un petit moment que l'on n'avait pas vu Indochine aux prises avec son public. Petite balade à Rennes. Les quatre complices ne sont pas en Bretagne pour un concert. Tout simplement pour une émission de télé. "La nouvelle affiche", seconde édition.

Ils sont les invités d'honneur, les co-présentateurs selon la formule de l'émission. À peine débarqués du train, direction hôtel. Rendez-vous à l'aube pour faire des photos. À l'aube? Tout est relatif. Il est 13h30. Mais, pour eux comme pour nous, c'est une heure suffisamment matinale!

Devant la porte de l'hôtel, il y a une dizaine de jeunes filles. Certaines étaient d'ailleurs dans le même train que nous! J'en fais la remarque, estomaqué, à Nicola. Il sourit : "Oui, je sais...".

Devant l'hôtel, sur le parking, il y a aussi une superbe MGA rouge. Un cabriolet anglais venu d'une époque où les voitures pouvaient encore être des oeuvres d'art! C'est celle de Dimitri. Il l'a depuis un mois.

Depuis qu'il a son permis, il se marre : "Bave pas dessus, tu vas la faire rouiller!". Je referme la bouche. Ça ferait de belles photos. "Non, pas question!".

Dimitri a peur pour sa belle caisse. On va pas la casser, Dimitri. En fait, le problème est ailleurs. Dimitri, tout simplement, ne veut pas que le signalement de sa décapotable soit diffusé à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires.

Comme il n'y a pas beaucoup d'exemplaires de ce modèle sur Paris, il a peur que des fans destroy ne graffitient l'objet avec des déclarations d'amour intempestives. Je le trouve un peu parano. Ce n'est que plus tard que je comprendrai le bien-fondé de ses réticences.

Pour aller jusqu'au parc du Thabor et y faire des photos, pas de problèmes. Dans ce superbe parc au centre de Rennes, que Muriel et Daniel de Niagara nous avaient fait visiter, il n'y a personne. À peine deux ou trois types à casquette qui surveillent les plates-bandes.

Clic-clac. On impressionne la pellicule couleur avant que le nez de Dominik ne commence à faire pinpon (le nez de Dominik supporte assez mal la température automnale ou hivernale). Retour au Palais des Sports. C'est là que va se dérouler l'émission du soir.

Il est à peine quinze heures et déjà, devant l'entrée des artistes, c'est la cohue. Les flashs des photographes amateurs crépitent. Ceux-là photographient rarement autre chose qu'Indochine. Sauf, là, cette fois-ci, l'équipe de Salut! parce qu'on est dans leur champ. 20h30, l'émission commence.

En public. Cinq mille personnes! Cinq mille personnes qui se mettent à hurler dès que l'un des Indochinois ouvre la bouche. Hum! Difficile à maîtriser. En direct. Et puis c'est le final.

Reléguant les bandes play-back au rencart, Nicola, Stéphane, Dimitri et Dominik branchent leurs instruments, invitent Voulzy et d'autres à faire de même, et entonnent "Dizzidence politik"! Comme ça, pour le plaisir de faire un final en forme de feu d'artifice musical. Et tous les invités de venir pousser la note sur la scène.

Reprise en choeur avec le public au bord de la syncope. "Dizzidence politik", un titre qui pulse, qui incite à entamer un pogo d'enfer, un titre symbolique aussi. C'est l'un des tout premiers morceaux joués sur scène par Indochine. Il y a cinq ans... Cinq ans d'existence, ça se fête?!

Dimitri : "Au début on voyait arriver cette date anniversaire avec une sorte de frénésie. Et puis on est arrivé en septembre et on n'a pas fait du tout la fête délire qu'on aurait pu imaginer. Un peu par manque de temps.

Mais surtout, parce que ce premier anniversaire c'est à notre public qu'on le doit, et que c'est avec lui qu'on doit le fêter! Et pas question, impossible de faire une fête à laquelle inviter tous nos fans!?

Donc, finalement, cet anniversaire nous ne l'avons fêté qu'au niveau public plutôt qu'à un niveau intime, avec la sortie du livre de Jean-Éric, retraçant notre trajectoire, et le disque live!".

Et cinq ans d'existence, c'est l'heure d'un bilan? "Soudain, on s'aperçoit qu'on tient quelque chose. C'est une chose qui arrive une fois par hasard à quelques personnes sur la planète! Un truc extraordinaire. C'est déjà très important de s'en rendre compte.

Cinq ans, ça commence à être l'âge de raison. On navigue moins par instinct. Désormais le clou est planté, il faut l'enfoncer! Il faut travailler" Justement! Du travail, il y en a qui les attend : un nouvel album.

"La nouvelle affiche", c'était la dernière télé de leur saison anniversaire! À l'heure où vous lirez ces lignes, les quatre compères seront déjà dans la pénombre d'un studio d'enregistrement, nous concoctant quelques perles musicales.

Et pour ces messieurs, qu'est-ce que ce sera? Du thé?... Dans le parc du Thabor à Rennes, les quatre Indochinois avalent un dernier bol d'air frais avant de s'enfermer dans un studio.

À propos, je vous ai parlé de mouvement de foules, de cris hystériques, de girls hallucinées se jetant sur le passage de leurs idoles. Ben, évidemment, ça s'est un peu passé comme ça à Rennes.

Mais j'ai rien vu. Je me suis trompé de sortie. Mais j'ai quand même réussi à me faire arracher une manche de Teddy et une pompe. J'imagine Indochine. Ils ont dû rentrer à poil! Waou waou!