Questions à Indochine

"Tes yeux noirs", le nouvel extrait de "3" d'Indochine commence une très belle carrière dans le Top 50. Le groupe a répondu à nos questions.

Indochine, racontez-moi "l'été indo".

Nicola : L'été indo est la deuxième partie de notre grand périple à travers la France, la première étant la tournée que nous avons faite cet hiver et les quatre soirs au Zénith.

Là, nous faisons un petit voyage estival à travers le sud et l'ouest de la France pendant les vacances de juillet. Dans l'ensemble, tout se passe bien.

Les salles où nous jouons sont pleines et le public très réceptif. Mais à Nyon, pour un festival suisse, on a eu quelques pépins. Nous partagions l'affiche avec Nina Hagen et certains de ses fans, une dizaine, peut-être moins, nous ont carrément balancé des oeufs crus sur la tête!

Dimitri : Je m'en suis pris un, et beurk!, ça dégoulinait partout sur mon visage et mes vêtements... Alors, en signe de protestation, je me suis collé à la console du son et n'en ai plus bougé!!! Pour Nina Hagen, c'était encore pire...

Je n'ose pas te raconter tous les crachats qu'elle a reçus sur la figure. Parce que sur les 12 000 personnes, elle devait avoir quelques fans éparpillés, tous les autres étaient pour nous...

Avant de monter sur scène, vous soumettez-vous à un petit rite traditionnel comme le font parfois certains groupes?

Nicola : Non... On essaye simplement d'entrer en scène pour se concentrer. Moi, je fais des exercices de respiration et des mouvements de Taï-Chi, de la gymnastique chinoise. Depuis le Zénith, un kinésithérapeute nous suit en tournée pour soigner les entorses (fréquentes) et nous faire des massages tonifiants.

On monte sur scène comme des fauves, mais notre énergie est naturelle. En fait, j'imaginais que cette tournée estivale serait plus cool : nous jouons en plein air et il faut donner trois fois plus car l'attention du public peut être très facilement détournée. Je sors de scène complètement claqué.

Et après le concert, que se passe-t-il?

Nicola : On reste seuls et on discute avec les techniciens de ce qui allait ou n'allait pas. On ne part pas tout de suite de la salle de concert. Ça pose parfois quelques problèmes pour quitter les lieux car beaucoup de fans nous attendent et bloquent les issues.

Il va falloir trouver une solution!!! Sinon, après un concert, on sort rarement ailleurs. En été surtout, on joue tard, on termine tard... On rentre simplement à l'hôtel. C'est véritablement le matin qu'on se marre! En plus, pour la première fois, nous habitons dans les mêmes hôtels que nos techniciens.

Ça donne un peu l'ambiance d'une grande famille en vacances. Deux des techniciens sont d'anciens musiciens, et parfois on fait des boeufs. C'est génial. La fin de cette tournée à Royan sera la fin de notre tournée française... cinquante-deux dates.

On aura tous un peu le cafard. Les techniciens avec qui nous sommes sur la route depuis six mois, on ne les reverra peut-être pas dans deux ans.

Après, allez-vous partir en vacances?

Nicola : Oui, pendant un mois environ, on fera plus rien. Août sera un mois de repos complet. Je vais passer mon permis moto et aller en Provence visiter les galeries d'art...

J'emporterai dans ma valise plein de bouquins, Othello de Shakespeare, du Moravia, Pagnol et Victor Hugo et je vais commencer à penser à l'écriture du prochain album. Quand aux autres, ils vont s'éparpiller dans la campagne française et apprécier le silence.

Les lecteurs d'un mensuel rock spécialisé vous ont récemment élu meilleur groupe français de l'année. Cela a-t-il changé beaucoup de choses?

Nicola : Disons qu'aujourd'hui, nous recevons de très nombreuses propositions pour faire des musiques de films. On nous envoie des scripts.

J'ai justement terminé la lecture de l'un d'entre eux. Jack Lang aussi nous a contactés pour un projet. Mais nous refusons tout car il faut que nous nous concentrions, en priorité, sur notre quatrième album.

Que pouvez-vous nous dire déjà sur cet album?

Nicola : Rien, sinon que nous allons peut-être partir l'enregistrer à New York. Ça risque d'être intéressant, je n'y suis jamais allé. Sinon, je pense que toutes les chansons seront écrites, du moins en partie, avant d'entrer en studio comme nous l'avons fait pour nos précédents disques... (pause).

C'est marrant parce que nous, on ne connaît pas la musique avec des notes, mais on écrit nos chansons comme un graphique. Eh bien, on est allé voir Jim Kerr après le concert de Simple Minds à Fréjus et il nous a dit qu'il avait la même méthode de travail : un graphique... Voilà, d'octobre à avril 1987, nous allons complètement disparaître pour enregistrer.

Cela veut dire qu'il faudra attendre presque neuf mois pour avoir le prochain album d'Indochine?

Nicola : Non, à l'automne prochain, il y aura un gros cadeau de la part du groupe : un livre, un film, un disque live. Le livre sera la première biographie d'Indochine.

C'est Jean-Eric Perrin, journaliste et un de nos amis qui l'a écrit, le film qui sera diffusé à la télévision et enfin le disque live, l'album du souvenir... Sur la pochette, il y aura tous les noms de ceux qui nous suivent depuis six mois, pour que cette époque reste gravée.

Ça a été formidable de constater que tout le monde a bien travaillé... En plus, nous allons faire coïncider la sortie du livre, du film et du live pour le 29 septembre. C'est une date symbolique, un anniversaire. Cela fera exactement cinq ans qu'Indochine a donné son premier concert. C'est une manière de marquer l'événement.

Y a-t-il quelque chose que vous regrettez?

Nicola : Oui et c'est toi qui nous l'as dit... Robert Smith, le chanteur de Cure, vient de se faire couper les cheveux très court. Je voulais le faire aussi mais après on va raconter que je l'ai imité!

Dimitri : Il y a toujours des journaux qui trouvent le moyen de raconter n'importe quoi!!! On a lu à la une d'un quotidien régional qu'Indochine était ravi de la séparation de Téléphone. C'est absurde. Si Nicola se fait couper les cheveux, ils auront encore matière à délirer...