Le manifesto gothique d'Indochine

Groupe phare du rock français des années quatre-vingt, Indochine s'apprête à fêter ses vingt ans de scène. Au menu Dancetaria, l'album de la renaissance.

Les étoiles n'ont pas fini de briller dans le ciel d'Indochine. Comme si le décès brutal d'un de ses principaux musiciens n'avait en rien entamé la volonté d'en découdre d'un des groupes français les plus populaires depuis feu Téléphone.

Pour mémoire, le concert de juin dernier donné à guichets fermés à l'Olympia, dans une fièvre rock rarement entendue, devant un public d'adolescents chauffés à blanc.

Le groupe n'était pas mort, bien qu'on ait cru un temps à sa fin, après la récente disparition de Stéphane Sirkis, guitariste cofondateur du quatuor pop, mort d'un cancer du foie à l'âge de trente-neuf ans.

Après le départ, il y a quelques années, de Dimitri, puis de Dominique, le compositeur, appelés à d'autres expériences, il ne reste plus du noyau initial que Nicola Sirkis, frère jumeau de Stéphane, désormais seul aux commandes, lequel s'est juré de continuer l'aventure Indochine, en sortant notamment aujourd'hui Dancetaria, nouvel album dédié à son frère: "Là où tu es, j'espère que tu es fier de toi, de moi, de nous : cet album est pour toi", peut-on lire sur le livret de l'enregistrement auquel avait commencé à participer Stéphane, dont on reconnaît certaines guitares : " Il a écrit ses plus beaux morceaux pour ce disque, confie pudiquement Nicola.

Quand c'est arrivé, on entrait en studio. C'était la meilleure façon de continuer. Je crois qu'Indochine a un univers intemporel qui fait qu'il peut survivre au-delà de ses membres. La preuve est que les gens viennent en masse alors que ce n'est pas le groupe d'origine. C'est le public qui fait Indochine et non le contraire."

Dancetaria va permettre de redécouvrir ce groupe, dont la notoriété a atteint des sommets dans les années quatre-vingt, avec la sortie des albums l'Aventurier, "Troisième Sexe ou encore 7 000 Danses, grâce auxquels ses musiciens parviendront à porter ombrage à Téléphone.

Longtemps boudés par les médias, qui jugeaient leur pop new-wave dépassée, leurs fans ne les ont jamais lâchés, comme en témoignent les ventes de Wax et d'Indo-live paru en 1997 (200000 exemplaires ).

"S'ils s'intéressent à nous maintenant, c'est qu'ils s'aperçoivent que quelque chose leur a échappé", remarque Nicola, lequel, en dépit de sa tenue noire, arbore un visage radieux, convaincu désormais du nouvel avenir d'Indochine : "Nous sommes parmi les rares groupes de la scène française rock actuelle à représenter un univers proche de la pop anglo-saxonne, qui a pour référence des formations comme Blur, Suède, Oasis..."

Dix-neuf ans après sa création, Indochine espère ainsi négocier le cap du prochain siècle fort de son registre teinté de romantisme, "romantisme violent", précise Nicola, à la fois " pop, glam, et gothique". "Dancetaria est un mot féerique.

C'est de la pop qui fait danser les gens, un rock assez sensuel, pervers aussi bien dans les guitares que dans les textes. Et gothique à cause de son aspect hypnotique qui ouvre sur une richesse harmonique."

Ici on fraye avec le sexe et la mort en une érotique de la noirceur très baudelairienne "Je trouve belle la phrase du philosophe Emmanuel Berl : "Il fait beau, allons au cimetière." Il est attirant pour moi de parler de choses qui choquent, comme le rapport érotique-mort. Cela n'a rien de morbide. C'est une esthétique du noir."

Ainsi parle "l'Astroboy" (titre d'une chanson) d'Indochine, dont le Manifesto en appelle au passage à "mépriser l'empire américain" pour mieux "maîtriser notre destin". Explication de Nicola : "Je ne supporte pas le côté dominateur des Etats-Unis.

En ce sens, j'ai été heureux du mouvement soulevé par José Bové. Quand on voyage, partout dans le monde, ce ne sont que McDo. Cette uniformité dans chaque ville a quelque chose d'angoissant.

Je n'ai pas envie d'être américanisé! " Indochine fêtera son 20e anniversaire en l'an 2000. Un événement qui ne passera pas inaperçu, explique le leader : "Nous ferons sûrement un concert un soir avec les morceaux standards d'Indochine dans une ambiance psychédélique.

Mais j'aimerais aussi que l'on fête nos vingt ans avec un orchestre symphonique, un peu comme Franck Zappa l'avait fait avec l'album 200 Motels..." · suivre donc.

Dancetaria, chez Double T. Concert le 17 décembre au Zénith.