Vrai de vrai
Nicola Sirkis : "On est responsable de personne"
Il est évident que votre nouveau CD "Dancetaria" est une thérapie : votre frère est mort alors que son enregistrement débutait en février de cette année.
Le fait de continuer à faire l'album m'a plutôt aidé. Même si c'était assez difficile immédiatement après la mort de Stéfane : j'avais plutôt envie de m'échapper, de fuir la réalité. Je ne voulais pas faire la tournée : j'appréhendais beaucoup la réaction du public, l'hommage "obligé" à Stéfane. Tout cela constitue une thérapie forte!
Comment aborder une telle chose "en public"?
Il y a eu l'enterrement privé puis l'enterrement public : deux deuils. Mais je pense que Stéfane aurait aimé ce bordel! Il est rentré à l'hôpital trois jours avant l'enregistrement : hépatite foudroyante. Il savait qu'il avait le foie très fragile, puis à un moment donné, il s'est retrouvé avec un virus qui l'a complètement déglingué.
Lorsqu'on est jumeau, la perte de l'autre est-elle ressentie comme une perte de soi?
Nous sommes de faux jumeaux : nous étions dans le même ventre mais chacun avait sa maison! Stéfane et moi étions dans le même groupe mais chacun avait son univers. Au plus profond de soi, c'est vrai que ce n'est pas facile à vivre. Stéfane avait plus de générosité que moi, plus de verve : mais il était sans doute beaucoup plus faible, je m'en rends compte maintenant.
Une chanson sur l'album Justine évoque le suicide!
Cela pourrait être une chanson sur le suicide mais je ne voudrais pas du tout en faire l'apologie, parce que des jeunes écoutent. Justine est un état de fait : c'est plus féérique qu'autre chose et pas du tout morbide. Mon fonds de commerce n'est ni la drogue ni le suicide. Cela dit, on n'est responsable de personne!
Mais on est responsable des images qui vous font vivre et bien vivre!
Oui, comme Belgacom est responsable des images pédophiles qui passent sur Internet : jusqu'où va notre responsabilité?
Dans
certaines photos du disque, il y a un côté limite-pédophile...
C'est une jeune fille qui a fait la pochette! La "provocation" de Mylène Farmer est beaucoup plus pathétique et perverse que la mienne, parce que c'est du marketing. Moi, je n'ai pas l'impression de faire du marketing. On travaille dans un certain romantisme autour de la mort, on a un côté un peu "gothique".
Vous avez beaucoup misé sur l'adolescence, y compris dans l'apparence physique!
La passion conserve : j'ai de la chance de ne pas faire 40 ans! Je travaille beaucoup mais ce n'est pas le bagne. Je préfère grandir et vieillir que de devenir adulte. Simplement, j'écris sur ce qui me touche.
Être un adolescent attardé ne me gêne pas du tout. Néanmoins, j'ai grandi dans ma tête. Je respecte beaucoup les adolescents parce qu'ils vivent une période sans peur - de la mort, de vieillir, de la maladie - mais se sentent complètement incompris!
À quoi ressemblait votre adolescence?
Mes parents se sont séparés et, à 13 ans, j'ai quitté Bruxelles où nous habitions pour aller en banlieue parisienne avec ma mère : nous étions les seuls fils de divorcés de l'école, les seuls Belges et on se retrouvait dans un lycée où 90% de ma classe écoutait Stone & Charden (rires). On a rejoint les "marginaux" de la classe!
On voudrait
enfin savoir qui est le "troisième sexe" dans
Indochine!
Des chanteurs connus - qui m'ont pas fait leur "coming out" - m'ont dit qu'ils auraient aimé écrire cette chanson. Qu'elle soit devenue l'apologie de la bisexualité, tant mieux. Mais pour ma part, je n'aime pas la transpiration des vestiaires d'hommes (sourire).
J'ai un côté féminin en moi : mon frère était plus viril, c'est lui qui tombait toutes les nanas. L'autre jour, j'étais à la Gay Pride à Paris.
J'avais réalisé une interview pour un journal gay qui avait mis sa Une avec moi partout sur son char dans le défilé. Tous les gens pensaient que je faisais mon "coming out" (rires) mais non!
Nicola à la barre d'Indochine depuis la disparition de son frère Stéphane.
À vos papiers
1959 : naissance des jumeaux Nicola et Stéfane Sirkis qui fondent Indochine en 1981
1982 : L'Aventurier, début de l'Indochinemania.
1987 : 7000 danses, quatrième album du groupe, cartonne un peu partout et Indochine devient star... au Pérou.
1999 : Stéfane Sirkis meurt d'une hépatite foudroyante le 27 février. Nicola décide de continuer Indochine et sort un nouveau CD Dancetaria (Double T). Le concert de Forest-National le 20 novembre affichera complet...