Indochine, L'aventurier
L'hiver dernier la
nouvelle tombait : en plein enregistrement de leur nouvel album,
le guitariste et cofondateur d'Indochine Stéfane Sirkis était
mort. Qu'allait-il advenir du groupe aujourd'hui culte pour
plusieurs générations de fans?
En hommage à son frère jumeau, mais aussi par passion, Nicola est bien décidé à continuer l'aventure. Dancetaria enfin en bacs et le single Juste toi et moi sur toutes les lèvres, il attend la tournée qui mènera le groupe jusqu'au Zénith de Paris le 17 décembre prochain.
Au cours de votre dernière tournée qui s'est terminée à l'Olympia de Paris le 24 juin, vous avez joué à guichet fermé tous les soirs. Alors que la presse vous boude depuis plusieurs années, quel effet cela fait-il de voir que le public répond plus que jamais présent à l'appel?
C'est bouleversant. La presse qui était présente sur la tournée annoncé le retour des années 80. Mais les gens qui viennent nous voir, c'est surtout des gamis de quinze ans. On a eu un parcours très atypique pour un groupe, puisque nous en sommes à notre troisième génération de public, des fans très fidèles qui font jouer le bouche à oreille puisque la presse ne relaie pas les infos sur nous. Aujourd'hui, nous sommes très positifs.
On nous a fait manger notre pain noir pendant quelques années, peut-être pour nous faire payer notre succès. Ce dont je suis sûr, c'est que nos disques se sont toujours bien vendus, que les salles sont remplies et je ne peux que remercier le public. Il peut être fier d'aimer Indochine, car ce qu'on donne sur scène, ce n'est pas du fabriqué.
Existe-t-il une marque de fabrique Indochine?
Ni recette, ni marque de fabrique. Il y a surtout une sincérité. Mes textes touchent tout le monde. Je fais ce que j'aime faire, et si les gens se retrouvent dans ce que je fais, c'est la magie de ce métier, qui n'en est pas un d'ailleurs!
La plus belle preuve de fidélité que le public puisse nous donner, c'est qu'il vient de lui-même, pas parce qu'on a annoncé un événement comme le concert de Céline Dion. C'est juste Indochine, qui fait un concert à Limoges ou à Paris, sans trop de vague.
Votre nouvel album s'appelle Dancetaria. Que veut dire ce titre?
Cet album est très féérique, voire hypnotique. Dancetaria est un mot inventé. C'est une danse hypnotique qu'on peut avoir chacun en nous. Le rôle de la pop ou du rock, c'est de faire rêver les gens.
Nous sommes parvenus à ce son grâce entre autres à Olivier, un de nos fans qui a participé aux programmations, et à l'ingénieur du son Garreth Jones, qui a travaillé avec Depeche Mode et Garbage. Je n'en revenais pas qu'on puisse avoir un son aussi énorme, et qu'on arrive à le reproduire fidèlement sur scène!
Quelles sont les différences entre Dancetaria et Wax, votre précédent album sorti il y a trois ans?
Wax était très influencé par la Britpop. Celui-ci a beaucoup plus d'univers différents. La composition a été plus longue, parce qu'on voulait la mélodie imparable à chaque chanson. Pas un des douze morceaux de l'album ne se ressemble.
Le défi, c'est d'arriver à faire mieux, mais ça ne me fait pas peur. Quand on a sorti L'Aventurier dans les années 80, c'est devenu un véritable hymne. Mais on ne s'est pas reposés sur nos lauriers, et on a essayé de faire mieux. Cette fois, c'est pareil.
Les années passées, plusieurs membres d'origine ont quitté le groupe. Puis votre frère jumeau Stéfane est décédé l'hiver dernier pendant l'enregistrement de votre nouvel album. Vous êtes donc aujourd'hui le seul survivant des débuts. Dans ces conditions, quel avenir prédisez-vous à Indochine?
Pour l'instant, nous sommes en tournée jusqu'à la fin 2000 pour défendre cet album. J'ai écrit certains des morceaux, Stéfane d'autres. Je pense qu'Indochine est beaucoup plus fort que ce qui lui est arrivé. Les gens qui sont avec nous sur scène font partie intégrante du groupe.
Évidemment, si je n'étais pas là, le groupe n'existerait pas. Pendant les dix premières années, je me suis défendu d'être un leader, mais aujourd'hui, je me retrouve à parler à la première personne du singulier, et j'ai beaucoup de mal.
À aucun moment vous n'avez envisagé de faire carrière solo?
Non, je n'aime pas ça. Je trouve qu'il y a trop de concurrence. Être chanteur, ça ne me plaît pas, j'aime la force du groupe, même si je suis mis en avant. Je suis allé à cette école-là, c'est tout.
Dans vos textes comme sur scène,
vous donnez l'impression d'un éternel adolescent. À quarante
ans, n'est-ce pas une image difficile à assumer?
Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu'un de très normal, même si les médias pensent le contraire. Mick Jagger (des Rolling Stones) a dit un jour que quand on fait partie d'un groupe de rock, on reste des adolescents éternels.
C'est très vrai, je pense que de toutes façons, la passion conserve. Je viens d'avoir quarante ans, et je n'ai pas l'impression d'être vieux.
Soit on est atteint du syndrome de Peter Pan, qui correspond au trouble psychologique du refus de vieillir, soit on prend comme moi le côté zen des choses. Je ne fais pas attention au calendrier et je vis le présent avant tout. Quand je me sentirai décalé lorsque je chante des chansons comme Canary Bay ou le Troisième Sexe, alors j'arrêterai certainement.
On connait bien votre carrière musicale, mais vous êtes aussi écrivain. Vous êtes l'auteur de Les mauvaises nouvelles, un recueil de nouvelles. Quelle place cette activité tient-elle dans votre vie?
Quand j'ai commencé Indochine, je ne savais ni chanter, ni jouer d'instrument. J'écrivais. On m'a donc dit "eh ben, tu chanteras et tu écriras les chansons". Les nouvelles sont nées une années où j'avais un peu de temps devant moi.
Elles représentent un travail de deux ans. Je suis très attiré par le format de la nouvelle, qui est très peu exploité en France. Mon bouquin n'a pas littéralement changé la littérature française, mais j'ai été agréablement surpris des critiques positives qu'il a reçu.
Ça veut dire que finalement, je n'écris peut-être pas si mal... Maintenant, je m'essaye à un roman, et ça risque d'être beaucoup plus difficile! Je me donne d'autres sources d'activités, parce que je ne veux pas terminer ma carrière ou ma vie comme vieux chanteur...