Nicola Sirkis : "Les médias sont surpris qu'on ne soit pas complètement chauve."

Finalement, on n'a pas perdu l'Indochine. Vingt ans et un décès après, les new-waveux 80' du rock lycéen / androgyne repartent à l'assaut. À vos Sonotones!

On croyait être débarrassé des années 80, et voilà qu'Indochine revient?

C'est une erreur de dire ça, il ne faut pas tout mélanger. Musicalement, les années 70 étaient bien pires, avec les concerts de rock progressif, le shit et les cheveux longs, il y a eu plein de grands groupes : Police, Cure, Depeche Mode...

Et puis on ne peut pas dire qu'on revient, puisqu'on ne s'est jamais séparés. C'est vrai que les médias sont surpris que ça marche, que les tournées soient complètes, qu'on ne soit pas complètement chauve...

Que penses-tu de votre look des les années 80?

Et toi, qu'est-ce que tu penses du tien? Moi j'assume, surtout qu'on était comme ça tout le temps. Le problème, c'est que tout le monde nous suivait, et quand tu voyais les choristes de François Feldman cinq ans après habillés pareil...

J'ai pas l'impression d'avoir été ridicule. D'ailleurs en ce moment, je refais un tour dans ma garde-robe...

Que penses-tu de l'image de groupe pour adolescentes qui vous a longtemps collé?

C'est la période la plus importante de la vie, donc si je les touche, je suis fier.

Avez-vous été à l'origine des Boys Band des années 90?

(Sèchement.) Absolument pas, ça n'a rien à voir. Il y a une différence entre des musiciens qui composent et des types qui se font tâter le cul par un producteur durant un casting.

À l'époque, c'était Partenaire Particulier vos concurrents. Aujourd'hui, c'est qui?

Personne, je ne me mets pas en concurrence. Moi, dès qu'on m'a dit vous êtes n°1, j'ai tout fait pour ne plus l'être. Je suis parti de l'école pour ne pas être classé. Par contre je suis ravi, parce qu'il y a plein de jeunes groupes, toute une nouvelle génération, qui se réclament de nous. Aujourd'hui, on n'a plus honte de dire qu'on aime Indochine!

C'est qui votre public aujourd'hui?

"L'Aventurier" au départ, c'était un public skin. Aujourd'hui c'est beaucoup plus large, on a des ados et des gens de 40 ans. Tous les jeunes, c'est génial, ça saute partout, c'est une énergie incroyable.

Il y a quinze ans quand tu couchais avec des groupies, c'était plutôt des adolescentes?

Je n'ai jamais couché avec une groupie. C'est un de mes regrets. En Suède, j'avais invité trois filles à dîner, avec Philippe Manoeuvre, il avait la bave aux lèvres. Et puis je les ai ramenées à leur hôtel, il était fou. Le lendemain j'ai revu les trois filles, j'ai dormi avec elles, mais sans les toucher.

C'était une règle, car c'est un abus de pouvoir pour moi. Après, on a eu les top models qui sont venues nous voir, mais elles sont tellement connes!

Tu chantais dans Troisième Sexe "Un garçon au féminin, une fille au masculin". C'était un fantasme personnel?

Non, ça parlait juste des tentations qu'on peut avoir quand on se cherche, entre 12 et 20 ans. Et de ceux qui traitent de pervers ceux qui ont une sexualité ou un look différent : ce sont eux les pervers.

Tu trouvais ces paroles provocantes à l'époque?

Moi non. Mais le reste du groupe oui, les maisons de disques aussi. Plein de chanteurs sont venus me voir, qui visiblement n'avaient pas fait leur outing, qui disaient que c'était super. "Canary bay", c'était bien plus provocant, ça parlait des lesbiennes.

C'est vrai que c'est un fantasme, mais j'ai plein d'amies lesbiennes et c'était surtout pour leur rendre hommage. Je n'ai jamais couché avec deux filles en même temps.

Aujourd'hui, où en es-tu sexuellement?

Pas mal, merci.

Je veux dire, tu es marié, tu as des enfants?

Comme toutes mes fiancées sont trop jeunes - enfin, elles sont réglées, hein - je n'en ai jamais eu. Je me suis marié jeune avec une actrice, et divorcé jeune aussi. Il ne faut jamais se marier avec une actrice, des petites princesses qui s'évanouissent si elles n'ont pas leur thé à 5h!

Tu as publié un recueil de nouvelles, l'année dernière. Tu es donc un chanteur intelligent... Comment fais-tu dans le milieu de la musique?

Le plus gros problème dans ce milieu, c'est qu'il y a tellement d'idiots, c'est fatigant. Et donc, je ne le fréquente pas, tout simplement. À part Voulzy, Souchon, Chenevez aussi. Je suis du genre à passer mes vacances à Saint-Tropez, là je reviens de Belle-Ile, avant j'étais au Brésil, mais je ne fais pas comme Manu Chao qui claironne partout qu'il visite les favelas.

Tu as 40 ans, qu'as-tu appris de la vie depuis les débuts d'Indochine?

C'est vaste. Je ne sais pas. À me débrouiller par moi-même. Tu fabriques ton bonheur, comme ton malheur d'ailleurs. Les gens qui se prennent au sérieux dans ce métier sont à pisser de rire. Mais c'est la thérapie que je fais qui me permets d'être zen. J'ai aussi appris à aimer les bonnes personnes.

Quand as-tu dis non pour la dernière fois?

Il y a quinze jours, à la télé, quand un animateur m'a demandé les derniers moments de mon frère Stéphane. La plupart des gens ont peu de retenue. Mais je dis non tous les jours, plus qu'avant. Les gens confondent gentillesse et faiblesse.

Dancetaria (Double T Musique).