Indochine... une galette sous les cocotiers

Ils avaient disparu depuis des mois de notre horizon musical. Et puis, crac, les voilà qui débarquent d'un pays lointain, avec une galette de vinyle sous le bras. Épatant! Salut! vous raconte ça...

Avouons-le. Un journaliste ça fait où on lui dit de faire. Que ça lui plaise ou non. Et le lecteur de se dire : "Il a qu'à changer de métier et nous filer sa place, ce sale con!". Ouh! Là! Laissez-moi terminer.

Ce que je veux dire c'est que parfois on tombe sur des clients chiants ou pas sympathiques ou inexistants (ça c'est le mauvais côté de la chose), mais qu'en revanche, parfois aussi, on tombe sur des gens que s'ils n'étaient pas des vedettes on serait volontiers leur ami et que si on n'était pas obligé d'écouter leur disque pour des raisons professionnelles, eh ben, on se les mettrait quand même sur la platine.

Tout ça pour dire que lorsque, de loin en loin, on recroise ce genre de personnalités rares, on en jubile. Indochine, par exemple?, en conclut le lecteur perspicace. Touché... Indochine.

Une maison pour quatre dans un grand jardin. La mer, la piscine pour la détente. Le reste du temps, studio avec un billard qui a permis à Dimitri de parfaire ses coups, Nicola lui, allait faire son marché. Dans cette boutique, il a trouvé du miel fait maison, idéal pour la voix, dit-il.

Depuis leur dernière prestation télévisuelle à la seconde "Nouvelle affiche" (le 5 novembre à Rennes, ça fait un bail!), on n'avait plus de nouvelles d'eux. Si, en fait, on savait que Stéphane, Nicola, Dimitri et Dominik bossaient d'arrache-pied sur leur prochain album.

Une fois le cinquième anniversaire de leur existence enfin fêté, les Indochinois avaient décidé de grimper un degré de plus dans leur propre échelle de valeurs. Plus question de speeder à mort pour presser du vinyle à tout prix.

Donc, il y a déjà quelques mois les quatre compères disparurent de la circulation. Complètement? Pas vraiment. Les bruits divers couraient les rédactions. Ainsi on apprenait qu'ils étaient enfermés dans la moiteur d'un studio marseillais, mais que le travail n'avançait pas vite (un bruit qui les fera se barrer!).

Le quarté musical n'était donc pas si inapprochable que ça. Il aurait même suffi qu'on file un coup de téléphone ou qu'on débarque à l'improviste pour avoir des news de première main. Ils ne nous auraient même pas jetés. Ils sont trop bien élevés. Mais nous aussi. On n'est pas des emmerdeurs. Puisqu'ils voulaient être tranquilles pour créer, pourquoi serions-nous allés leur prendre la tête?

Donc, nous on a attendu sagement que ce soit eux qui nous fassent signe. Jusqu'au jour où Claude Gassian (la star des photographes rock) débarque à la rédaction.

Il est bronzé. Il revient des Caraïbes. Il a sous le bras de bien belles cartes postales. On reconnaît parmi les autochtones quatre jeunes types... Indochine!

C'est à l'autre bout du monde qu'ils sont allés terminer leur album. Ils en reviennent tout juste. Nous, on saute sur le reportage. Normal. Mais, bon, et le texte? Il faut sans doute pas compter sur les camarades Indochinois. Doivent avoir autre chose à foutre. Ouin. Mauvaises pensées. Deux jours après, Nicola débarque, pétulant...

"C'est vrai, depuis novembre, nous avions disparu de la circulation. Il fallait que l'on se mette à travailler sérieusement sur le prochain album. Nous nous somme installés, Dominik et moi, dans le studio qu'il s'est aménagé. Et nous avons travaillé. Calmement. Pas question de bâcler cet album... De son côté, Stéphane était en Ardèche et travaillait lui aussi sur des morceaux.

Début février, nous nous sommes retrouvés tous au studio Miraval, à Marseille. Avec nous, notre complice du son Joe Glassman. Pourquoi Marseille? Parce que nous voulions vraiment être tranquilles, à l'abri de la curiosité parisienne.

Mais, bon, malgré tout, rapidement, il s'est su que nous étions retranchés à Marseille... Nous sommes restés deux mois là-bas. Le temps de transformer la vingtaine d'"idées" que nous avions en morceaux. Le temps d'enregistrer toutes les parties instrumentales de la dizaine de titres qui seront sur l'album.

Nouveauté! Cette fois-ci, il y aura de la batterie. De la vrai batterie. Mark, de Big Country, et Warren Kane, d'Ultravox, sont venus nous prêter leur concours. Le 4 avril, nous étions de retour à Paris. Le 16 du même mois, nous reprenions l'avion Direction Montserrat. C'est une île anglaise des Caraïbes.

Une petite île paradisiaque avec un volcan, des habitants chaleureux. Chaleur tropique. Petits villages. Pour vous donner une idée... le studio, à lui tout seul, utilise 80% de l'électricité de l'île...

Studio perdu mais studio top. Celui de Dire Straits. Après nous, il y avait Sting qui venit occuper les lieux!

Nous sommes restés là-bas trois semaines. À la base, nous devions y mixer l'album. Mais nous avions pris du retard. Par exemple, aucune partie de chant n'était enregistrée.

Donc, nous avons fait ça là-bas. Les paroles, j'en avais écrites à Miraval. D'autres l'ont été sur place. Mais nous avons tout de même mixé deux titres, les faces A et B du premier single, "Les tzars", qui sort en juin.

Le 26 mai, nous repartons, à Londres cette fois-ci, jusqu'au 23 juin, pour enregistrer les dernières percussions (avec le percu de Frankie Goes to Hollywood), les choeurs et mixer le tout. L'album sortira fin août. Quelques titres en avant-première? "La machine à rattraper le temps", "Les citadelles", "La bûddha affaire"...

Une fois l'album bouclé, nous volerons de nouveau vers d'autres cieux... La Chine. Du 28 juin au 10 juillet. Nous enregistrerons six titres pour la téléchinoise. Après... vacances. Jusqu'à la sortie de l'album. Et puis, pour changer, on reprendra la route en novembre. Mais les routes de France. Tournée. Avec le Palais des Sports à Paris le 15 février!".

Et le bob presse baveux de se réjouir : cette année Stéphane, Nicola, Dimitri et Dominik vont vraiment m'avoir sur le dos.