Les vétérans d'Indochine

Du Top Ringards au disque d'or

"Le birthday album" fête leurs dix ans. Nicola Sirkis fait le bilan.

La compil'. Ou "le carcophage", comme disait Gainsbourg. Un objet qui résume une carrière et retrace un bout de vie. Repasser ces 19 chansons, c'est renouer forcément avec des souvenirs.

Remettre aussi les pendules à l'heure et rappeler que jamais un groupe français n'a tenu plus de dix ans. Les titres ont été remastérisés, pas remixés. C'est-à-dire qu'il y a eu equalization des sons des différents enregistrements.

Indo-social. On n'a pas créé des standards sociaux, simplement des chansons de l'époque, même si "Troisième Sexe" est devenu l'hymne d'une génération. Dans la rue, les lycéens de 1986, ou ceux de 1990, l'ont scandé tel un slogan : pareil pour "Les Tzars" ou "À l'assaut".

C'est marrant, parce que j'avais écrit ces titres justement comme des cascades de slogans. Moi, j'ai subi l'influence des films de Chris Marker, "Le fond de l'air est rouge", etc... et tous ces gauchistes qui hurlaient "Ho Ho Ho Chi Minh".

Profil bas. "Le Baiser" est sorti début 90, avec la volonté pour Indochine de se faire discret dans les médias, d'éviter la saturation. On a été servi. Y a deux ans, Indochine était au Top Ringards des lycéens; aujourd'hui, les jeunes réécoutent nos deux derniers albums, et la compil' est disque d'or. Pour le groupe, c'est une re-reconnaissance, la fin du pain noir.

"La guerre est finie". J'ai écrit ce texte en juillet dernier. C'était la phrase que j'avais le plus envie d'entendre, à propos de la Yougoslavie, des catastrophe, du sida, Marier deux mots négatifs, c'est comme dans une équation, ça donne toujours quelque chose de positif.

Indo au futur. De mars à mai, Indochine fera la tournée dans des salles moyennes, avant d'entrer en studio. Parallèlement, j'envisage un album de reprises de Patti Smith, des Stones, de Gérard Manset, etc.

Écrire. Un jour, je bifurquerai vers l'image, le croisement de tout ce que j'aime : l'image, bien sûr, la musique, le texte, l'émotion. Pour l'instant, j'écris beaucoup, sans arrêt. Des notes, des textes. Des nouvelles, aussi. Je me perds encore dans mes styles, mais bon, j'avance.

Je suis assez fier de mes titres depuis "7 000 danses", de cette ambiguïté entre le symbolisme et le surréalisme. Sans rechercher du tout une reconnaissance littéraire. Je ne joue pas non plus au messager culturel sous prétexte que je cite Che Guevara, Warhot ou Rodin dans mes chansons. Cela dit, après le titre "Des Fleurs pour Salinger", des librairies de province ont été dévalisées.

La révolte. Si j'ai pu apporter un brin de révolte chez les jeunes, tant mieux. En fait, dans le contexte actuel, je me sens bien plus proche du "Petit Criminel", de Jacques Doillon, que du "Cercle des poètes disparus", de Peter Weir.

Fans. Avant, ils envoyaient des peluches. Maintenant, des bouquins de Mallarmé, de Cendrars. Indochine a changé. Eux aussi.