Les nuits d'Indochine
Mimi-lp "L'Aventurier",
enregistré en septembre 82 : Succès de l'été 83, le 45 T
vedette de ce mini-Ip va être vendu à plus de 700.000
exemplaires. Les frères Sirkis ont longtemps vécu à Bruxelles
où Nicola lisait naturellement les aventures de Bob Morane :
"On a vécu dix ans à Bruxelles, c'est vraiment notre ville.
Si j'avais passé mon enfance à Paris, j'aurais lu Pif Gadget et je n'aurais sans doute jamais connu Bob Morane et il n'y aurait pas eu L'aventurier. La vallée infernale, c'était exactement là où je voulais aller il y a six ans. Maintenant, c'est un peu loin.
Cela dit, c'était le hasard qui nous avait poussés et on n'attendait pas un tel succès. Ensuite, Henri Vernes et le journal Tintin nous ont contactés. Ce n'était pas très net. Ils voulaient qu'on mette un autocollant sur le 45 T. Ça ne nous intéressait pas du tout."
Les
vrais débuts remontent aux Espions, groupe fondé par Nicola et
Stéphane Sirkis, tendance punk. En rupture complète avec les
autres locataires babas du local de répétition, ils se sont
faits vider. Fin du groupe qui réapparaît pourtant dans une
petite annonce de Rock and Folk en demandant un chanteur.
Nicola se présente pour faire leur fête aux traîtres. Il s'agissait d'un coincidence, heureuse, puisqu'à la basse on trouvait un certain Dominik Nicolas. Après un essai enregistré en Belgique sous le nom des Espions et refusé unanimement, ils trouvent un autre nom, Indochine, et un saxophoniste débutant, Dimitri Bodianski.
"Péril
Jaune" , sorti en novembre 83 : "On a été
mis sous pression. On n'a pas passé assez de temps en studio. Ça
n'arrivera plus. Pour "3", vu le succès qui se
confirmait, on nous attendait vraiment au tournant. On a encore
travaillé trop vite et en étant trop crispé.
Pour "7000 Danses", on a absolument voulu travailler hors de toute urgence. L'urgence, elle est sur la bande. On a voulu faire ce qui nous intéressait vraiment et en prenant tout notre temps."
"La dernière fois qu'on a joué en Belgique, c'était un promoteur français qui nous avait signés et avait mis les places trop chères. On n'avait pas eu le temps de s'en occuper nous-mêmes et on s'est plantés. On a appris le jour du concert que les prix étaient trop élevés.
On a fait un tel souk qu'il n'organisera plus un seul concert. Maintenant, on a appris à qui faire confiance. J'espère qu'en trois ans les gens ne nous aurons pas oubliés en Belgique."
"3",
sorti en avril 85 : "Pour moi, Troisième Sexe, ce n'était
qu'une constatation. Je ne pensais pas du tout que ça allait déclencher
tout ça. Les fans nous demandent maintenant quelles sont nos
opinions politiques.
Pendant le mouvement étudiant, la demande a été très forte mais on n'a pas voulu prendre position parce que nous ne sommes pas lycéens et qu'on a quitté tous l'école de manière un peu bizarre. Mais le dernier jour du mouvement, on est passé dans une émission de télé, Taxi, où on a réagi.
J'habitais à l'époque dans le quartier latin et j'ai vu comment ça se passait. Lancer des hordes furieuses sur des étudiants... Mais pour une fois, la presse a joué son rôle. On a vu comment le mouvement plutôt calme au départ a été manipulé par des casseurs qui n'étaient pas des étudiants.
On ne peut pas pardonner à un gouvernement la mort d'un jeune homme. Je pense qu'une majorité de jeunes, qui auront 18 ans en temps voulu, s'en souviendront. Les flics sous la gauche ou sous la droite, ce sont les mêmes. Mais on peut les tenir en laisse ou ne pas leur mettre de laisse."
"Zénith",
sorti en septembre 86 : "Les publics en France, Belgique ou
Canada sont les mêmes. Ils nous aiment et on a un immense
respect pour eux et un immense plaisir à jouer pour eux. En
concert, ils font la moitié du travail. À mon époque, j'avais
une distance supplémentaire.
Être fan, c'était aimer Claude François ou Miko Brant et je trouvais ça ridicule. Les fans de Simple Minds sont plus intéressants parce que c'est plus profond. Mais parfois, les voir hurlant au premier rang, fait un peu peur. J'avais une distance supplémentaire.
À l'époque du Zénith et de la tournée, c'est venu complètement fou. On courrait après nos voitures. Ils venaient à nous au point de briser la porte de notre hôtel à Dijon. En même temps cela nous met encore plus de l'autre côté de la barrière.
Quand ça déborde sur la vie privée, ça devient gênant. Mais là où le groupe Indochine existe, il n'y a pas de problème. On a fait ce choix. On vit avec. On fait la musique qu'on aime. Elle est appréciée. Ce sont vraiment des aléas ridicules par rapport à ce qu'on vit."
"7000
Danses" , sort en octobre 87 : "Je crois
vraiment que l'album a une stature internationale. Au niveau de
la production, il n'y a aucun malaise, on peut être comparé à
n'importe quelle production anglo-saxonne et c'est quand même
eux qui font le son.
Avec L'Aventurier, il y avait déjà un son mais on ne voulait pas sonner français. Je crois que cet album est techniquement irréprochable. Ensuite, les mélodies et les textes peuvent être critiqués. Ça c'est Indochine.