Bon anniversaire Indochine!

Le premier groupe de rock français vient de fêter ses cinq ans avec un double album de platine. Deux fois classé au Top 20, le classement des meilleures ventes de 33 tours, Nicola, Dimitri, Dominik et Stéphane préparent leur prochain disque. Sortie prévue en juin 1987.

Bon anniversaire Indochine! Voici déjà cinq ans que Nicola, Dimitri, Dominik et Stéphane, les quatre aventuriers du premier groupe de rock français, caracolent de succès en succès.
Quel plus beau cadeau pouvaient-ils recevoir que ce double disque de platine pour "Indochine 3", sorti en mai de l'année dernière, et toujours classé au Top 20, (à la vingtième place) tandis que "Live au Zénith", un autre 33 tours, est classé septième.
Mais ces trois mousquetaires des temps modernes ne s'endorment pas sur leurs lauriers de vinyle. Ils se sont enfermés dans un studio, à Paris, pour répéter les titres de leur prochain 33 tours dont la sortie est prévue pour juin 87. "Le disque est à moitié terminé, dit Nicola, le chanteur.
Il marquera une évolution musicale. Le son sera beaucoup plus épuré. Il y aura autant de synthétiseurs qu'avant, mais on les entendra moins. La batterie et les choeurs seront plus présents."
Les titres et les thèmes des chansons restent encore secrets. "Au départ, les gens se disaient qu'on allait faire uniquement des chinoiseries, dit Dominik. Or seul notre "Péril jaune" respire l'exotisme.
"Indochine 3" était un album consacré au regard de notre génération sur le monde dur des adultes. Le prochain sera peut-être plus rebelle et plus révolutionnaire. Mais attention, toujours sans message politique.
Notre musique est à classer du côté surréaliste ou symboliste : vu ce qui se passe au niveau politique partout dans le monde, nous préférons ironiser. Nous refusons de faire de la musique pour dénoncer.
Pour nous, le problème principal est l'intolérance. Plutôt que de composer une chanson sur les pauvres Éthiopiens qui meurent de faim, nous préférons donner de l'argent sans faire de publicité."
Pour la Fondation Balavoine
Presque gênée, la bande des quatre reconnaît soutenir les Restaurants du coeur, les "Nouveaux missionnaires" de Médecins du monde, la fondation Balavoine et le Variety Club de France, auquel l'argent de la vente du double disque de platine va revenir après avoir été vendu aux enchères, en direct sur RTL.
Les citoyens du monde ont triomphé l'hiver dernier dans tous les pays nordiques, et partiront bientôt pour de nouvelles découvertes.
"Le troisième disque vient tout juste de sortir au Canada et c'est déjà l'explosion! dit Dimitri. Avec "Troisième sexe", nous sommes classés à la sixième place du Top 50 de là-bas. En janvier, nous y partirons probablement pour réaliser des émissions à la télévision.
Pas question pour eux d'enregistrer un titre : "Nous continuons à chanter en français et d'autres pays nous demandent, comme le Japon, la Thaïlande, l'Australie et le Brésil... et nous dédions tout cela au public qui nous a soutenus."
"Notre plus beau souvenir", dit Nicola Sirkis, le chanteur, c'est d'avoir vu, à chaque concert de notre dernière tournée, des milliers de personnes chanter par coeur les paroles de nos morceaux. " Pourtant il n'en a pas toujours été ainsi. "Notre premier concert, le 29 septembre 1981, se souvient Dominik, le guitariste, s'est déroulé devant cinquante personnes sur la scène du Rose Bonbon".
Dans ce club parisien où, comme au Golf Drouot, on donnait une chance aux musiciens débutants, ils jouent "Dizzidence politik", leur premier 45 tours, qui ne connaîtra qu'un succès d'estime. Huit mille exemplaires vendus.
Quelques mois plus tard, c'est la révélation avec "L'Aventurier", leur mini-album de six titres, dont l'hymne à la gloire de Bob Morane. Depuis, Indochine collectionne les disques d'or ou de platine, avec plus de deux millions d'exemplaires vendus, et les concerts à guichets fermés, comme au Zénith en mars dernier.
"Après ces quatre concerts, nous voulions en donner un autre inédit, et gratuit, en grande banlieue, raconte Dimitri, le saxophoniste, dans un lieu inconnu. Si bien que le samedi 31 mai, quatre mille invités porteurs du "carré jeune" de la SNCF sont partis à 20h30 de la gare Saint-Lazare, dans cinq trains spéciaux, sans connaître la destinaton.
Peu de temps après, ils sont arrivés dans l'ancienne gare désaffectée de Verneuil-Vernouillet où nous les avons rejoints sur une vieille locomotive à vapeur". "Les Enfants du rock" ont diffusé, à la fin de novembre, ce concert "Indochine Express" grâce aux caméras de Jean-Denis Robert, le fils du réalisateur Yves Robert.
Un bel exemple d'organisation pour un groupe qui n'en manque pas.
Aujourd'hui, le fan-club (BPI 75362 Cedex 08) qu'ils ont créé regroupe plus de cinq mille adhérents qui reçoivent "Le Péril jaune", le bulletin des nouvelles du groupe, des tee-shirts, des badges ainsi que des posters. "Nous recevons des centaines de lettres chaque jour, expliquent-ils et pas une ne reste sans réponse. C'est le moindre des respects pour notre public."
Pêcher dans la Creuse
Bien entouré, et notamment par Jean-Pierre Comboy, l'homme qui, dans l'ombre, orchestre les relations avec la presse de Michel Jonasz, Véronique Samson et Gotainer, Indochine ne craint pas de vivre le drame des groupes qui se séparent comme, récemment, Téléphone. Ce sont avant tout quatre amis, dont la vie quotidienne est placée sous le signe de la musique.
À peine le temps pour Stéphane de faire de la moto trial, du stockcar ou de monter à cheval. Nicola, lui, rêve de piloter un avion de ligne. Dès qu'il le peut, Dominik part pêcher dans la Creuse où il a de la famille. Quant à Dimitri, il file parfois à Saint-Malo au volant de son cabriolet. "Nous n'avons pas le temps de vivre tous nos rêves de toujours, dit Nicola. Ce sera pour plus tard..."