Indochine : dix ans et toutes ses dents...

Qu'on aime ou pas leurs compositions, il est indéniable d'affirmer qu'Indochine a marqué le son et l'esprit musical français des années 80. Ils ont traversé années et modes... sans y laisser de plumes..

Après la sortie cet hiver du best of anniversaire de leur existence, le groupe dresse le bilan (habituel) de leur décade. Interview-distanciée donc lucide.

Les stars sont toujours plus intéressantes après coup parce qu'alors plus calmes pour vraiment expliquer l'hystérie qu'elles ont suscitée...

Il serait exagéré de considérer Indochine comme un groupe précurseur; même si musicalement ils ont su brouiller les pistes avec intelligence (ni variété ni rock et pourtant un peu des deux, allez essayer de ranger ça quelque part...!), leur son n'a jamais été que l'extension de celui d'autres groupes des années 80 devenues légendaires (la mouvance Taxi Girl par exemple, le "rock" français de l'époque...).

Toutefois, ces quatre p'tits mecs de banlieue sud sans aucune prétention véritablement commerciale ont su créer leur propre griffe, se rendre reconnaissables voire incontournables et leur réussite la plus marquante aura été de réconcilier les adolescents avec les concerts rock dont ils ont longtemps été exclus, certains considérant (pour eux...) qu'ils avaient mieux à faire.. La justice finit toujours par être entendue.

Dix ans après, les Indochinois existent encore. Avec une moyenne d'âge de 32 ans.

Et un engouement certes moins hystérique mais voulu, aux dires de Stéphane, chanteur : "Il y a eu un moment où toute cette folie nous a dépassés.

C'était presque trop et cela générait de vives angoisses; on se demandait ce qui se passait, pourquoi nous, etc. Nous étions heureux d'être reconnus, mais c'est très vite devenu une prise de tête : nous cherchions avant tout à produire de la musique et on nous forçait à être des stars donc gérer une image. Ça nous a tellement emmerdés qu'on a fini par tout arrêter".

SM : D'où le déclin du groupe depuis trois ans?

Stéphane : "Je ne parlerai pas de déclin mais plutôt de retrait volontaire. On voulait avant tout rester nous-mêmes et non pas ce que d'autres - et les médias entre autres... - voulaient qu'on soit. On assume donc ce qui nous arrive : on se montre trois fois moins qu'avant donc forcément on vend trois fois moins. C'est comme ça que ça marche. C'est le prix de la liberté, semble-t-il..."

SM : Quand tu écoutes la compil aujourd'hui, tu te dis quoi? Tout ce passé en musique t'évoque quoi?

Stéphane : "Quand je réécoute le best of, je me dis que c'est un peu toute l'histoire du groupe, que c'était un peu inconscient d'entrer comme ça en studio il y a dix ans sans savoir ce que c'était que la musique... et je trouve que finalement, on s'en est bien tiré. Je trouve aussi une évolution plus marquante dans les textes et les thèmes abordés".

SM : Et quand aujourd'hui tu revois vos looks de l'époque?

Stéphane : "Je me marre (il se marre). On était dans une époque qui bougeait très vite, on est donc passé très rapidement d'un look à l'autre; on en changeait très souvent, mais c'était le mood général qui exigeait cela...

Mais nous n'avons jamais calculé quoi que ce soit en ce domaine. On était sur scène comme à la ville... maquillage en moins : on ne sortait pas dans la rue avec du rouge à lèvres de peur qu'on nous jette des pierres (il se marre à nouveau...)".

SM : Lorsque vous avez créé le groupe au début des années 80, quelle était votre intention, votre objectif?

Stéphane : "On cherchait avant tout la spontanéité. Il y avait comme une urgence, un profond désir de dérision, de rébellion... On ne savait pas jouer mais on voulait montrer qu'on savait faire des trucs. En plus, on sortait du punk, on cherchait des sons plus mélodiques, on était contre les babas, contre les hippies...

Et on n'imaginait pas qu'on donnerait des concerts, qu'on serait connu, etc. On voulait juste enregistrer des chansons et on ne pensait pas qu'on serait encore là dix ans après".

SM : Fort de votre expérience et de votre réussite, quel est votre regard sur le succès, aujourd'hui.

Stéphane : "Futilité, Vraiment... Nous, à la différence de certains, on s'est pas battu pendant des années pour en arriver là.

C'est un tort peut-être, mais ça nous a donné un regard différent sur le succès; et c'est quelque chose de profondément futile, dérisoire, en décalage total de la réalité : quand tu réussis à ce point, tu es forcément hors des proportions normales de la vie et des choses...

Alors c'est vrai que c'est sécurisant, ça rend beau et fort, mais dans le monde actuel, c'est totalement futile... Il faut donc arrêter de déconner avec ça : ça n'est rien que du vent! En tous cas, on ne s'est jamais reconnu là-dedans..."

SM : À ton avis, quelle est la plus grosse erreur d'Indochine en dix ans de carrière?

Stéphane : "On n'en a fait qu'à notre tête. Mais est-ce vraiment une erreur? On n'a pas de manager, on se fout de tout ce métier et de toutes façons, ce n'est même pas un métier pour nous... On continue donc comme ça et ça nous éclate bien!"

SM : Et l'avenir?

Stéphane : "Tout va bien. On prépare un nouvel album pour septembre prochain. Le son sera plus fort, plus dur, avec des guitares plus violentes. Ce sera moins émotionnel que tout ce qu'on a sorti auparavant...

Ensuite, on envisage de sortir un disque tous les deux ans, on veut créer une attente, vivre mieux avec et sans le groupe et surtout gérer calmement tout ce qui nous est arrivé... Mais de toutes façons, on va continuer. Ça, c'est certain. ET puis, de toutes façons, on ne sait faire que ça, alors..."