Indochine : Dominik et Dimitri : de l'enfance à la passion musicale

Les premiers extraits du superbe album consacré à un groupe que vous aimez tous.
La
semaine passée, vous avez découvert des aspects parfois étonnant,
souvent bouleversants de la personnalité secrète des jumeaux du
groupe Indochine, Nicola et Stéphane.
Cette semaine, c'est au tour de Dominik et Dimitri de raconter leur enfance, la naissance de leur passion musicale qui les a conduits au succès que vous connaissez.
Mais pour en savoir plus sur Indochine, pour découvrir les plus intimes secrets du groupe français n°1 de rock, il vous suffit d'acheter au plus vite ce livre album disponible dès à présent en librairie au prix de 98F (Éditions Calmann-Lévy).
Rédigé par Jean-Éric Perrin, illustré de photos plus intéressantes les unes que les autres, vous ne manquerez sûrement pas de l'apprécier!
Je suis né à Paris, raconte Dominik, dans le
quatorzième, et j'ai vécu toute mon enfance à Paris. Mon père
était artisan transporteur. Je ne m'intéressais pas à la
musique, ça faisait partie de la vie, c'est tout. Je n'achetais
pas de disques. Je voulais faire des maths, être ingénieur, ou
cosmonaute!
C'était une enfance normale. Tous les weeks-ends on allait à la campagne, en famille. J'étais très sage, bien éduqué, avec l'idée du Bien et du Mal.
Je m'intéressais à fond à tous les trucs de gosse : Chimie 200, la collection de timbres, tout ce qui branche les enfants entre huit et douze ans. Pas trop les livres, la lecture, ça n'a jamais été mon truc. Je veux toujours savoir la fin de l'histoire, dès que je la commence. Je préfère la BD, où la poésie, c'est court, et beau, comme une mélodie au piano.
Je regardais beaucoup la télé. Par contre je n'allais jamais dans les boums, je n'aimais pas danser, et je n'aime toujours pas ça. À quatorze ans, ma soeur m'achetait des disques et allait dans les boums, moi j'aimais mieux rester chez moi...
Entre treize et quinze ans, c'était l'âge des mobylettes. Mais c'était bon enfant, pas le genre loubard. On allait à Fontaine-bleau à quatre ou cinq, avec des casse-croûte, des tentes, on y passait le week-end, on faisait de la varappe sur les rochers, on dormait dans une grotte, c'était l'aventure.
J'ai eu ma période moto. Dès seize ans, j'ai commencé à faire des courses d'enduro. Ça m'éclatait, et je ne m'en sortais pas trop mal. Il y avait une très bonne ambiance de camaraderie dans ce milieu, c'était très sain, un peu une seconde famille.
Il y avait compétition mais pas rivalité. Un jour, au bout de deux années de pratique, on m'a volé mes deux motos dans le garage. Je n'avais pas d'argent à l'époque pour en racheter. Et puis ça m'a démoralisé.
J'avais stoppé l'école, alors je me suis mis à sortir tous les soirs. J'avais un copain qui était punk, et je me souviens que j'ai découvert le punk en 77, le jour de la mort d'Elvis Presley! Rien que le mot "punk", l'attitude des mecs, la musique, ça m'a plu tout de suite.
J'allais trois ou quatre fois par semaine au Gibus Club, et j'ai vu tous les groupes punks, d'Asphalt Jungle à Generation X. Je voyais tout au premier degré, pour moi, tous étaient des stars; il faut dire que je n'y connaissais rien, pas même la différence entre une guitare et une basse!
Mais la scène du Gibus, c'était un endroit magique, ça m'impressionnait, jusqu'au jour où je me suis dit : pourquoi pas moi?
J'ai acheté une guitare, et je me suis enfermé chez moi pendant un an pour apprendre. J'avais plein de copains punks, et on montait des groupes. Eux, ils faisaient ça pour s'éclater, faire du bruit, n'importe quoi, mais moi, dès le début, je voulais construire quelque chose.
J'achetais les disques des Sex Pistols et de Métal Urbain, et j'essayais de jouer dessus. Ça m'a accroché, j'ai eu un déclic avec la musique.
J'avais les cheveux teints en roux, j'étais encore assez sage, mais c'était suffisant pour l'époque. Une fois, je m'étais fait une banane orange, et je m'étais fait casser la tête par les rockies à cause de ça.
![]() celui qui s'est fait tout seul |
![]() celui qui témoigne de l'intérieur |
Mes parents flippaient un peu, mais ils ont accepté que je reste chez moi jouer pendant un an et demi, sans trop me faire de reproches.
Un jour, dans Rock et Folk, je vois cette annonce : "Les Espions cherchent bassiste." J'ai passé une audition. C'est là que j'ai rencontré Nicola. Nicola il chantait faux, il hurlait, mais il avait l'oeil vif, il avait la pêche. Il y eu un déclic. Je lui ai fait écouter mes musiques. Ses paroles collaient bien sur mes chansons.
Tout allait très vite. On avait engagé Dimitri, qui s'était fait jeter des Espions lors d'une audition.
En plus de Dimitri, pour consolider le groupe musicalement, je voulais un autre musicien. Stéphane était là, il s'occupait de la technique. Il était guitariste au départ, mais il s'est mis au synthé.
J'ai été élevé dans un milieu d'intellectuels de gauche, raconte Dimitri, avec beaucoup de libertés que n'avaient pas les autres enfants de mon âge. Quand j'ai eu quatre ans, mes parents ont eu envie d'aller vivre à la campagne, on s'est installé à trente kilomètres de Paris, pendant une dizaine d'années.
Il y a une chose propre à toute la France, à part Paris, c'est de rentrer de classe dans une ville qui est morte, où tout est fermé, où il ne se passe rien à partir de la fin de l'après-midi, et ça, c'est très flippant.
C'est ce qui m'a décidé à insister auprès de mes parents pour repartir à Paris; et comme le trip campagne, ça leur avait passé, on a regagné la capitale. À l'époque, ma soeur était fan de Neil Young, des Doors, et puis de Jefferson Airplane, ce genre de truc.
C'est la première musique rock que j'ai entendue, j'aimais beaucoup les Doors. et puis un jour, ma mère a offert à ma soeur l'album live de Lou Reed, et il s'est passé quelque chose, c'est le premier disque que j'ai eu entre les mains qui m'a fait exploser les oreilles.
À partir de là, j'ai commencé à vraiment aimer la musique. J'en avais fait un peu, parce que chez moi il y avait souvent des fêtes, et un étudiant des beaux-arts m'avait appris à jouer du banjo! Je jouais du Brassens!
Je me suis donc mis à acheter tous les disques de Lou Reed. Je vivais toujours à Marcoussy à l'époque, mais je n'avais pas beaucoup de copains. Par contre j'avais une grande famille, des tas de cousins. Il faut dire que c'était une famille juive, très liée, et que l'exode vers ce village s'était fait avec toute la famille, c'était un cercle fermé qui concernait sept maisons!
Avant de m'intéresser à la musique, j'étais branché sport, et surtout conneries. Avec mes cousins, comme on avait des parents qui nous ouvraient beaucoup l'esprit, on avait de très bons résultats en classe, et ça "excusait" tout ce qu'on pouvait inventer comme conneries à faire!
J'ai fait du foot, du rugby, du tennis, du judo, du ski... Il y avait le sport, l'école, les bêtisses, une enfance normale quoi...
J'aimais la musique, mais jamais à l'époque je me suis dit que ça serait ma vie. En fait, je me dis ça depuis le troisième album. Avant je n'ai jamais eu cette foi, cette certitude, comme peut l'avoir Nicola.
Je suis donc revenu à Paris à quatorze ans, dans un quartier assez chic : l'Île de la Cité. J'étais très protégé. J'étais typiquement le lycéen destiné à devenir branché plus tard, parce que j'étais dans le centre de Paris. J'étais un des rares mecs dans un lycée de filles, ce qui était bien pratique!
J'ai connu Nicola quand j'étais en première. Je venais de commencer le saxo. Nicola connaissait ma soeur et mes cousines, elles lui avaient dit que je faisais un bruit horrible avec mon saxo, et ça l'intéressait.
Lui, il était avec Les Espions, donc il avait déjà rencontré Dominik. Il m'avait passé une cassette avec trois morceaux des Espions que je les répète, puis je suis allé passer une audition et ça a été le fiasco total!
Tout était latent, Dominik était bassiste des Espions, Nicola n'y était pas vraiment chanteur, de toute façon ce n'était pas un groupe destiné à durer, ils voulaient faire de la musique compliquée à une époque où la musique devenait simple.
Ils avaient fait des concerts au Gibus et au Golf Drouot sans Nicola, donc il se sentait exclu. Dominik, qui était guitariste dans l'âme se morfondait à la basse, et pensait déjà qu'avec Nicola il irait plus loin.
Ils avaient commé à écrire des morceaux ensemble, il y avait Dizzidence, Petite Fille, Tonkin, Françoise, et après cette audition ratée avec Les Espions, dans un local sordide à Marcadet-Poissonnières, Dominik m'avait ramené chez moi en voiture.
En route, il m'a invité à venir chez lui, faire des re-recordings sur son magnéto. J'y suis allé, et je me suis intégré comme ça...
C'était l'époque du Rose Bonbon.
Pour notre premier concert, Marc Barrière, le programmateur du club, me propose le 16 septembre. Je lui réponds : "Pas possible, c'est le jour de la rentrée des classes!" Il a dû penser qu'on n'était pas très rock'n'roll!
Étant le plus jeune, passant directement du bac à la célébrité sans m'étonner, j'ai eu à parcourir le plus long chemin dans ma tête. Était-ce bien sain? Je ne me suis pas étonné à l'époque, mais je le suis maintenant.