Extraits de l'article Indochine "7000 danses, une façon de marcher"

TÊTE À TÊTE : NICOLA - 7 000 DANSES

Tu as du mal à expliquer tes chansons parce que c'est une écriture spontanée?

NICOLA : Non, tu ne peux pas être spontané quand tu restes un mois et demi sur un texte. Je sais que beaucoup de gens pensent qu'il n'y a aucun sens ou n'arrivent pas à déceler une idée, ou trouvent ça un peu bizarre... Moi, ça sort de ma tête, c'est tout!

C'est presque une envie d'employer certains mots, certaines sonorités, sur certaines notes?

NICOLA : Au départ, ce sont les mots qui provoquent la chanson. Le mot provoque l'idée et après c'est délirant...

Il y a dans cet album un parfum révolutionnaire...

NICOLA : Nous on n'a jamais dit ouvertement "cassez-tout". C'est juste un constat de certaines choses. On n'est pas là pour inventer telle ou telle sorte de chose. Ce n'est pas non plus pour faire prendre conscience aux gens, parce que notre public est déjà très au courant. C'est juste parce qu'on avait envie d'en parler.

Ça ne te gène pas de savoir que le public ne comprend pas souvent le sens des textes?

NICOLA : Oh non, j'en suis d'autant plus ravi parce que moi, ce qui m'a toujours énervé, c'est de faire l'explication de textes au lycée et de voir qu'on pouvait donner une signification à un poème ou à autre chose, alors que le type n'était pas là pour les défendre. Moi pour l'instant, je pense qu'il peut y avoir différentes interprétations. S'il y en a plusieurs, tant mieux, ça ne me dérange pas du tout.

Les préoccupations 87 d'Indochine, sont moins évidentes, moins accessibles qu'auparavant?

NICOLA : Effectivement, je crois que maintenant tout va tellement vite que les gens n'ont pas le temps d'écouter un album, comme il doit l'être. Donc, on l'écoute comme on mange un yaourt et je trouve ça ridicule. Là, tout le monde a descendu l'album de Dutronc. Moi je crois qu'il faut l'écouter et le réécouter encore. C'est la même chose pour nous. Il y a des choses qui paraissent plus évidentes à la première vue mais le vrai sens est plus long à découvrir.

Nous, on a été étonnés au bout de six mois de travail d'avoir quand même des révélations au niveau de l'émotion qui se dégageait de certaines harmonies. Donc, c'est pas en dix jours que tu écoutes l'album, quand il est rempli de chansons qui ont été faites, refaites, etc... C'est moins évident aussi parce que médiatiquement, les jeunes ont tellement aimé le 3e album qu'il était difficile d'obtenir le même accueil. Compte tenu du succès précédent, les jeux sont faussés dès le départ.

Le public est une sorte de miroir? On apprend des choses de lui?

NICOLA : Yes 50.50. C'est-à-dire qu'on peut apprendre beaucoup de choses intéressantes mais il faut avoir le temps de la faire. Et si on prend trop de temps, on n'en a plus assez pour faire de la musique. Mais il y a toujours aussi un regret par rapport aux fans.

Quand tu es en voiture et que tu vois des gens courir après toi, ça ne nous fait pas plaisir. Ça nous emmerde plus, mais c'est comme ça. On est pris dans un engrenage qui ne nous permet pas de voir tout le monde. On le regrette beaucoup...

Tu as l'impression en tant que chanteur du groupe d'avoir sur scène plus de responsabilité à porter que les autres membres du groupe?

NICOLA : Non, je pense que chacun a sa place au sein d'Indochine. Bien sûr, si moi j'ai une extinction de voix, le concert est un peu mal barré, si Stéphane se casse un doigt, c'est pareil. Effectivement, l'attention est un peu plus captée, c'est sûr, mais Indochine est vraiment un tout. Et si sur scène, il y en a un qui est bien, ça se ressent sur tout le monde. Il se trouve que pour l'instant, chaque fois qu'on est monté sur scène, il s'est passé quelque chose. Tant que ça dure, c'est bien quoi.

Le truc qui me différencie, ce sont les textes. Comme je les écris, le groupe me fait cette confiance de ne pas les lire avant que je les chante. Ma seule responsabilité est ici. C'est-à-dire que quand on fait un album, la responsabilité est pour moi de savoir de quoi je vais parler, et dans quoi je vais entraîner le groupe. Mais si on est dans un groupe, c'est qu'on ressent un peu tous la même chose...

LES CITADELLES

NICOLA : Quand j'ai fait ce texte, je voulais parler de certaines choses. C'est très explicite quand le refrain dit : "Ne crois pas ce que tu ne vois pas", c'est clair, il ne faut pas croire que ce que l'on ne voit pas. C'est un peu primaire comme raisonnement, mais c'est aussi un état d'esprit où je sens qu'étant donné que les médias en général sont composés de gens qui ne sont pas professionnels, il y a beaucoup d'erreurs dans les informations divulguées. Donc, les gens sont censés croire des choses qui ne sont pas vraies. C'est ce qui m'a inspiré le texte de cette chanson.

IL Y A UN RISQUE : LE MÉPRIS

NICOLA : Quand on est un personnage public, on est amené à être méprisé par beaucoup de gens qui ne nous connaissent pas et n'ont de nous que notre image publique. Cette image n'est pas forcément nous, même si nous essayons d'être le plus naturel possible. Nous ne la contrôlons pas à 100% parce qu'on ne pense pas contrôler tous les journaux qui parlent de nous.

Donc, il y a des choses qui se disent et qui ne sont pas vraies. C'est ça qui est dommage! Mais moi aussi quand j'avais dix ans, quelquefois je voyais certains groupes ou artistes, et je disais : "ce qu'ils sont cons!" Alors que si je les avait connus mieux, mon avis aurait peut-être changé. Au moins, je crois qu'il faut apprendre à avoir un respect des gens que tu ne connais pas parce que tu les analyses à travers leur image.

LA MACHINE À RATTRAPER LE TEMPS

NICOLA : Je trouve que c'est une des chansons les plus sensuelles de l'album, avec "La chevauchée des champs de blé".

7000 DANSES

NICOLA : J'avais envie de faire un texte sur l'atmosphère à "7000 danses". Quand on entend les mots "7000 danses", on a plein d'idées qui viennent à la tête. On ne sait pas si c'est la danse, on ne sait pas si ce sont des sons, on sait pas... Et c'est un état d'esprit qui nous permet d'être dans le flou. Ça ne veut pas dire qu'il y a "7000 danses". C'est complètement surréaliste.

UNE MAISON PERDUE

NICOLA : La dernière chanson écrite de l'album. C'est un texte sur la façon dont on vivait à Montserrat. C'est-à-dire dans une ambiance très calme, avec toute la nature autour de nous. Des décors assez surprenants. Tu te balades un peu dans une sorte de jungle tropicale. Y'a beaucoup de sons, y'a beaucoup de choses et y'a cette lumière qui est extraordinaire... C'est un peu ça...

Et puis tu prends un chemin, tu vois une maison complètement isolée, hyper-belle... C'est un peu magique. Il y a aussi des annotations comme "les Japonais avec la mort...". C'est tout ce qui se passe dans ton esprit lorsque tu es bien quelque part. Ton bien-être appelle des idées noires. C'est le jeu du bien et du mal.

UN GRAND CARNAVAL

NICOLA : Quand j'ai écouté ce morceau, j'ai demandé à Stéphane de quoi il voulait que je parle, ce qu'il voulait que je dise. Moi, j'avais envie de parler d'un grand carnaval, qui est le monde en général. C'est vrai, on se fout de la gueule de tout le monde, tout le temps. C'est partout n'importe quoi...

LES TZARS

NICOLA : Je voulais faire une chanson composée de slogans. Un peu comme si on était dans une manifestation et qu'on entendait "Louis Lavoyelle préfère les bottes en cuir", ça peut-être un slogan. Ça peut être un titre de journaux. C'est un peu tout ce qui m'est passé par la tête sur des revendications, des manifestations et un peu de dérisions complètes par rapport à ce qu'engendre la politique et ce genre de choses. Le clip est plein d'images et ce n'est pas gratuit de toute façon.