Les Tzars du rock

Ils sont de retour, Nicola, Dominik, Stéphane et Dimitri! Et pas les mains vides! Avec un nouvel album, et un clip!

Grisaille parisienne. Le long du périph', du côté du Bois de Boulogne, il y a une sorte de bâtiment sur un seul niveau. Très laid. Heureusement planqué dans la végétation. C'est un studio d'enregistrement. Un must. Le mega studio. Toc, toc. Qui est là? C'est Salut! qui vient prendre la tête d'Indochine.

Nicola, Stéphane, Dominik, Dimitri et un moustachu souriant officient derrière des écrans de contrôle. Genre Cap Carnaveral. Nicola me prend par la main, attrape une grosse enveloppe carrée, mystérieuse. "On sera mieux dehors".

Un petit banc au milieu d'une pelouse. Le chanteur d'Indo décachète l'enveloppe. "On vient de le recevoir". Le petit coeur de Bocquet fait boum-boum. Moment privilégié. C'est le nouvel album d'Indochine, "7000 danses".

ET UN...

"7000 danses", c'est le titre de l'une des chansons de l'album. C'est toujours le même problème à chaque fois. Toutes les chansons pourraient être le titre de l'album... Finalement, "7000 danses", c'est l'une des chansons qui nous a le plus touchés. Quand on l'écoutait, on en avait les larmes aux yeux. Et puis, "7000 danses", c'est aussi le manifeste de l'album, c'est six mois de la vie d'Indochine, d'amour, de rêve, de rebellion.

"Nous avons enfin trouvé notre rythme de travail. Plus question de faire un album en deux mois, comme on oblige généralement les groupes français à le faire. Le confort de travail, c'est au moins de quatre à six mois de gestation et de réalisation.

Nous, on avait toujours travaillé dans la speederie. Pour "7000 danses", c'est enfin relax. Pas relâché! Relax! Décontracté! Désormais nous maîtrisons la technique beaucoup mieux qu'avant, tout en essayant de garder notre spontanéité. Il y a pas mal d'invités dans cet album. Nous avions envie d'intégrer dans notre univers d'autres visions de la musique. Il y a des musiciens classiques par exemple..."

ET DEUX...

"Le premier 45 tours, c'était "Les tzars", nous sommes en train d'hésiter pour le second... Il y aura sans doute trois, quatre singles... Il y a eu pas mal de bruits qui ont couru sur cet album. Des gens du show-biz qui disaient l'avoir entendu et qui le trouvaient nul!

Alors que même notre maison de disques ne l'avait pas entendu! Répondre à ces gens-là? Pourquoi? Le show-biz, ce n'est pas notre famille! On ne veut pas rentrer dans ces querelles de cour d'école maternelle!".

ET TROIS...

Avec le clip des "Tzars", réalisé par le génial Marc Caro, Indochine tourne une page. Le groupe maîtrise enfin son image clipesque. "Avant on s'était retrouvé comme des marionnettes devant un réalisateur". Marc Caro, à la base, c'est un dessinateur de B.D., un graphiste au coup de pinceau-scalp. Il avait déjà touché à la réalisation.

C'est en juillet dernier que les Indochinois commencent à penser au clip. "On a vu Mondino. Quand on lui a dit qu'on voulait faire quelque chose en animation, il nous a tout de suite parlé de Marc Caro. Caro, on le connaissait depuis longtemps.

Il y a quatre ans, il avait joué en première partie d'un de nos concerts avec son groupe parasite. On lui a expliqué nos idées : on voulait de l'animation, des stock-shots en rapport avec les situations ou les personnages évoqués dans la chanson, et surtout, ne pas être, comme en d'autres occasions, les marionnettes d'un réalisateur.

Il l'a très bien compris et on a tout de suite apporté un projet sur lequel on a travaillé en symbiose avec lui pendant quelques jours. Lui voulait parfois des choses assez dures, nous des images plus tendres.

On a trouvé des terrains d'entente : j'ai pensé par exemple, qu'il serait bien que le lézard mime le langage des sourds-muets; on a eu l'idée d'incruster une partie de cette séquence sur des images d'Hitler, ceci prend une force énorme...

Il n'y a pas de message dans cette chanson. Nous n'avons pas de message à faire passer. On refuse toutes connotations politiques. Je n'a pas besoin de faire d'explications de texte. C'est à toi de comprendre ce qu'il peut y avoir à comprendre.

J'avoue que parfois certains textes peuvent être ambigüs. Des fois je me fais peur. Mais je ne me censure pas. La seule auto-censure c'est : soit c'est bien, soit c'est pas bien. Moi, quand j'écris, j'ai une image dans la tête.

Si tu as la même en entendant la chanson, tant mieux! Je pense qu'il n'y a que les mômes qui détiennent la vérité. Il faut que, même en grandissant, ils restent des mômes dans leur tête. Moi je ne pense pas être rentré dans le monde adulte. En tout cas, je ne suis pas un adulte normal!"

ET QUATRE...

Les quatre compères sont en studio alors qu'ils en sortent! Déjà le prochain album? "Nous sommes en train de programmer tous les sons des synthés, etc, pour la tournée. Elle débutera mi-janvier au Pérou. Pour retour en France pour douze jours au Palais des Sports. On s'est battu pour baisser le prix des places.

Dans la foulée, ce sera la Scandinavie, le Canada, l'Espagne, la Nouvelle-Zélande, etc. Jusqu'à mi-juillet. Après, stop! Avec nous, il y aura un batteur-percu et un bassiste-claviers. De vrais guest-stars. Top secret pour l'instant".

ET VINGT-SEPT...

"7000 danses" sort dans vingt-sept pays à travers le monde. Allemagne, Scandinavie, Espagne, Italie, Belgique, Suisse, Canada, Israël, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Pérou... "On nous a toujours dit que si nous voulions percer à l'étranger, il fallait chanter en anglais...

Finalement, sans provoquer le marché en adoptant la langue anglaise, les maisons de disques étrangères sont tout de même venues au rendez-vous. Tant mieux. Mais nous privilégierons toujours le public francophone en premier lieu!".