Ballade sur un album : "Le baiser"
Déservi par les trois
simples extraits : Les tzars, La machine à rattraper le temps et
La chevauchée des champs de blé, 7 000 danses le quatrième
album d'Indochine n'a pas séduit autant que le groupe, son
entourage et les esprits avertis ne l'envisageaient. On a donc
parlé d'échec...
Un peu trop hâtivement, puisque près de 350 000 albums vendus est une performance que beaucoup aimeraient réaliser... Annoncé puis reporté maintes et maintes fois depuis six mois, son successeur vient finalement de voir le jour le 5 février dernier.
Pour le façonner (l'enregistrement a eu lieu à Paris, le mixage à Nassau), le groupe, devenu trio depuis la défection de Dimitri Bodianski, s'est fait aider par Philippe Eidel, avec qui ils avaient déjà travaillé sur les trois premiers albums (production), Dave Anderson auquel Fine Young Cannibals et #54aaff ont déjà fait appel (mixage) et Martin Hanlin des Silencers (batterie), sans oublier Mahmoud Tabrizzi-Zahed, déjà sollicité par Peter Gabriel sur l'album Passion (kémanche, santour), Florence Augustin (violoncelle) ou Claire Julien de la Ferrière (hautbois)...
Je n'ai malheureusement pas pu découvrir ce cinquième album tranquillement installé près de ma platine, mais dans les locaux (fièvreusement occupés) de B.M.G., la maison de disques du groupe...
J'ai été quoi qu'il en soit, surpris mais surtout séduit par ce disque qui, disons le d'emblée, est vraiment réussi. Découvrons sans plus attendre "l'intimité" de cet album intitulé Le baiser.
"LE BAISER"
C'est la chanson titre qui fait l'ouverture dudit album... Une chanson de prime abord surprenante, déroutante même, si l'on attendait du groupe qu'il nous livre quelque chose de plus ou moins ressemblant à ce qui peuple les quatre albums précédents...
Le baiser se déroule tranquillement, l'enrobage sonore est sobre mais assez inventif, la voix de Nicolas grave et posée...
Tout cela surprend mais, après une courte (trois ou quatre écoutes pas plus...) période d'adaptation, on s'y fait mieux, on s'en éprend.
Le baiser qui n'est pas et de loin, la chanson immédiate de l'album figure pourtant sur la partie névralgique du premier simple extrait...
"DES FLEURS POUR SALINGER"
Des fleurs pour Salinger qui arrive dans la foulée est une chanson beaucoup plus remuante et musclée; les arrangements (composés de nombreuses percussions chatoyantes) sont riches et bien pensés.
Dans cette seconde chanson, écrite comme toutes celles de l'album par Nicolas Sirchis, Indochine parle de John D. Salinger, un écrivain américain.
"MORE..."
Baisse de régime et nouvelle surprise avec More... annoncée par un "long into de Santour" manié par Mahmoud Tabrizzi-Zadeh.
More... est une chanson d'amour triste (vraiment), garnie d'une enveloppe sonore particulière, (parce qu'un brin exotique...) assez envoûtante. Cette troisième chanson qui progressivement se tend, se muscle, est, elle aussi superbe...
"ALERTEZ MANAGUA"
Alertez Managua arrive donc derrière... La construction de cette quatrième chanson est plus simple, l'orchestration plus "ordinaire" que celle de ses consoeurs, mais sans que cela soit rédhibitoire.
Au contraire avec sa mélodie limpide, efficacement martellée par le batteur des Silencers, elle ne marque pas de séduction. Ce ne sont pas les problèmes de la capitale nicaraguayenne qui sont invoqués ici mais une fille au charme ensorcelant...
"LES ANNÉES BAZAR"
Contrairement aux précédentes, on retrouve, dans cette cinquième chanson, quelques-unes des sonorités jadis coutumières (le son de guitare notamment), qui pendant un bon moment ont fait que l'on reconnaissait immédiatement les chansons d'Indochine au milieu des autres...
Les années bazar se déroule à vive allure, séduit par ses petites trouvailles sonores, son texte qui fait référence à Blaise Cendrars, Man Ray et une fois encore à John D. Salinger... Elle se mémorise rapidement, et pourrait donc faire beaucoup parler d'elle si B.M.G. décide de nous la fourger un de ces prochains jours sur simple...
"PUNISHMENT PARK"
On reste sur un tempo enlevé avec ce sixième morceau, efficacement épaulé par une orchestration bien pensée, bien agencée, sans la moindre faille...
Le groupe peut se targuer d'avoir enregistré en France, avec l'aide d'un producteur français, un disque qui n'a rien à envier, au niveau du son, aux bonnes productions anglo-saxonnes. On est maintenant bien installé dans l'album et on n'a ps envie que la ballade cesse...
"SOUDAIN L'ÉTÉ DERNIER, JE SUPPOSE..."
Nouveau changement de cap, de style... Soudain l'été dernier, je suppose... composée, comme toutes les autres chansons par Dominique Nicolas (j'allais oublier de vous le dire!) est en effet une chanson légère pétillante avec un p'tit cachet sixties, twist peut on même dire, pas désagréable. J'vous rassure quand même, elle n'a rien à voir avec Le temps des Yé-yé des Vagabonds!
Comme Les années bazar elle pourrait figurer sans trop détonner sur les premiers albums du groupe. Avec les références littéraires des deuxième et cinquième chansons, ce sont des références cinématographiques qui apparaissent dans cette chanson, pour être plus précis, aux films de Jacques Tati et David Lynch.
"LES PLUS MAUVAISES NUITS"
On se calme et on change encore une fois totalement de registre avec les plus mauvaises nuits. Une chanson d'amour : "Un lit défait à te chercher, le désordre et l'absence, la nuit est noire et sans espoir, et ta présence me manque"... triste encore, triste mais belle, très belle même.
"PERSANE THÈME"
Le plus court (2'27 minutes) des onzes morceaux de l'album, le seul à ne pas avoir été habillé d'un texte. Persane Thème qui figure avec Le baiser sur le simple extrait, s'intègre parfaitement à l'album. L'absence des vocalises "humaines" permet d'apprécier la finesse des arrangements et la qualité de la production...
"TANT DE POUSSIÈRE"
... Il n'empêche que l'on est content de retrouver Nicolas! Tant de poussière, le, déjà, avant-dernier morceau de l'album est nerveux, très soutenu rythmiquement et musicalement. Si le texte est grave, les arrangements (parsemés ici et là de trouvailles agréables) sont riches et colorés. Tant de poussière ferait, à mon avis, aussi un bon simple.
"LA COLLINE DES ROSES"
L'album s'achève comme il a commencé, en beauté, avec La colline des roses, une ballade qui relève une ambiance inaccoutumée et envoûtante...
La présence de Mahmoud Tabrizzi-Zadeh y est pour quelque chose. Nos neurones ne sont pas habitués, en effet, aux sonorités du kémanche, l'instrument dont il joue ici.
Voilà, nous sommes arrivés au terme de cette ballade, elle fut particulièrement agréable...