Indochine : La guerre est finie
La veilleuse depuis
près de deux ans, Indochine revient sur la pointe des pieds, une
compilation sous les bras. Avec, en prime, un morceau inédit :
"La guerre est finie".
Nicolas a coupé ses cheveux en pétard et opté pour la coupe sage et efficace d'un garçon serein. La voix posée, il raconte tranquillement, et pour la millième fois, l'histoire d'Indochine avec une conviction rafraichie par près de deux ans de silence, le temps, pour quelques membres du groupe, de goûter aux joies nouvelles de la paternité.
Le Birthday album célèbre dix ans d'un groupe qui, quoi qu'en pensent ses détracteurs, aura marqué la chanson et peut-être même le rock français.
Tout le monde est capable de chanter immédiatement le refrain de Canary Bay, L'aventurier ou Des fleurs pour Salinger. Les mélodies accrocheuses et la voix faussée de Nicolas y sont pour beaucoup, mais masquent un vrai travail sur la durée.
Sentiment, politique, histoire...
Les textes qu'il écrit parlent de sentiment et même de politique, sans s'accrocher à une actualité éphémère, mais en cherchant à s'inscrire dans le sens de l'Histoire. "Dans les années 70, le rock parlait des USA et, en 80, il est naturellement passé à l'Est car c'était le dernier bastion totalitaire à abattre, racontre Nicolas.
Nous, nous avons des origines russes et nous aimons l'esthétique soviétique avec ses croix, ses marteaux et ses faucilles. On faisait du rock français mais pour nous, l'exotisme c'était les steppes de l'Asie centrale et la toundra... Aujourd'hui, nous sommes contents d'avoir compris que le système communiste allait craquer et d'avoir écrit dans Le baiser que le rideau de fer est tombé en rideau."
Les dix-neuf titres du Birthday album cherchent à montrer une évolution. Nicolas reconnaît volontiers que son groupe a un "tic de langage, ce qu'on peut appeler un style". Au fil des années, le son d'Indochine s'est étoffé, délaissant la boîte à rythme pour une vraie batterie et faisant appel à des instruments classiques comme le violoncelle, sur Alertez Managua.
Le groupe a aussi perdu le saxophone de Dimitri, "un copain qui n'était pas vraiment un musicien dans l'âme mais à qui l'on fera toujours appel pour un solo de sax". Tournées incessantes, course effrénée au Top 50 et pression des médias, qui les encensaient pour mieux les descendre en flammes, ont fini par les fatiguer au bout de huit ans.
Le déclic, qui les a poussés à mettre leur carrière entre parenthèses, a eu lieu lors de leur dernière tournée au Pérou, il y a deux ans, un pays où ils vendaient autant d'albums que Madonna : "Là-bas, on était presque devenu une affaire politique. Il y avait une tension terrible et des scènes d'hystérie généralisée qui nous obligeaient à être protégés par des gardes-du-corps vingt-quatre sur vingt-quatre. En France déjà, les classements "gonflaient" et on s'est alors dit qu'il était temps de faire un break et de vivre..."
En attendant un nouvel album prévu pour le mois d'octobre prochain avec "des musiques plus dures". La guerre est finie, qu'on retrouve sur leur compilation et sur un CD-simple, est un chant d'espoir sur fond d'accordéon : "L'accordéon me fait toujours penser à la guerre et à des villes comme Stalingrad, explique Nicolas, mais cette chanson est d'abord une déclaration d'amour positive pour conclure une année où la guerre a été omniprésente..."