Indochine sont-ils rock?

Indochine a décidé de nous en mettre plein la tête. La preuve? Les preuves! Trois mois et demi de répétitions quotidiennes, hormis dix jours de break à Noël.

"Ils bossent comme des dingues", m'assure-t-on dans les studios. Des répétitions menées avec deux musiciens supplémentaires, et quels musiciens!

Le premier, Jean-Mi Truong (descendance chinoise, parfait pour... Indochine!), roule sa bosse depuis des années dans tous les coups.

Ex-compagnon de route de Didier Lockwood, une frappe d'enfer, l'homme sait aussi jouer avec un métronome dans la tête, ce qui convient parfaitement au son du groupe.

Le second a déboulé pour programmer les ordinateurs MacIntosh SC que Dominique a fait installer, couplés à des super magnétos, dans un rack impressionnant. Mais une basse traînait et Diego Burgard a monté en quelques secondes ce qu'il savait faire avec quatre cordes.

Engagé! L'ex-bassiste de Sapho, le surfer fou de Guethary (spot d'enfer!) cumule désormais deux fonctions et deux fonctions et deux passions : la basse et la programmation qui, avec l'adjonction d'une véritable basse et non moins véritable batterie, s'en trouve allégé : "On s'en sert quand même pas mal pour des nappes, des effets spéciaux ou, par exemple, des chorus de cuivres pour appuyer Dimitri qui, seul, ne peut donner l'effet d'une section entière."

Une mise au point parfaite, deux musiciens de très haut niveau, les Indochinois ont démarré il y a quelques jours à peine leur projet d'invasion du territoire puis de la planète, avec une halte obligatoire fin avril au Pérou où ils sont carrément des superstars!

"On reçoit des articles titrés "La bomba Francesca". On est hyper excités d'y aller". "R & F" a choisi de leur somettre dix questions chacun sur la culture rock en général, chaque question étant une ouverture sur un sujet.

La bande des quatre s'en est carrément bien tirée. Sachez aussi, avant de leur laisser la parole, qu'Indochine a décidé d'ouvrir ses premières parties à des groupes français qu'ils aiment. Résultat, les Innocents, les Ablettes puis Noir Désir ouvriront à Paris.

Avec Indochine, on ne visite pas vraiment!

DIMITRI

1. Quelle est la chanson thème d'"Apocalypse Now"?

Dimitri - "The End" des Doors. Grand, grand groupe; quand j'ai découvert la musique, c'est par le biais de Lou Reed, Bowie et des Doors.

Ma grande soeur avait un album des Doors, ça m'avait fait craquer et justement, maintenant, j'y reviens. À Noël j'étais en vacances à Montserrat et, chaque matin, quand mon bébé me réveillait aux aurores, je mettait les Doors.

R & F - Et le cinéma, une tentative d'être acteur?

D. - On nous a tous proposé des trucs à la con; quant à un rôle intelligent, faut voir, car Indochine demande une énorme concentration, surtout en ce moment. Je ne suis pas assez performant pour commencer à m'éparpiller.

2. Quelle est la date de la mort de Presley?

D. - Mi-août 77. Je suis né en 64, donc Presley est un truc qui a toujours été là, que ce soit par le biais de mes parents qui l'écoutaient un peu...

Il y a une des chansons que j'aime beaucoup, il a une voix fabuleuse, mais j'aime moins le personnage, le délateur au FBI... Mais, c'est quand même quelqu'un.

R & F - Et toutes ces festivités, l'année dernière?

D. - C'est bien; mieux vaut fêter les dix ans de la mort de Presley que les dix ans d'une guerre.

3. Cite-moi trois tubes de Dutronc.

D. - "La Fille du Père Noël", "L'Hôtesse de l'Air", "Les Cactus", "L'Opportuniste"...

R & F - C'est quelqu'un d'important pour vous?

D. - Sur le passé, à cause des grandes chansons qu'il a faites, sur le présent à cause du personnage. J'aime bien le dernier album, il y a des textes pas si cons.

R & F - Mais c'est quand même beaucoup moins bien, peut-être parce que c'est surtout le tandem Dutronc-Lanzman qui fonctionnait.

D. - Oui, c'est sûr. À l'époque c'était formidable, très polyvalent, des trucs très rock et d'autres plus imagés.

4. D'où vient le nom de Fleetwood Mac?

D. - Aucune idée. Le batteur? On l'a rencontré dans une émission radio, on a été surpris de voir le vieillard que c'est! On dirait un camionneur! C'est un groupe qui ne m'a jamais touché.

5. Où sont nés les Bee Gees?

D. - En Australie? Ah bon? En Angleterre...

R & F - Indochine en Australie, c'est probable?

D. - Comme tous les pays étrangers, ça nous attire. Il y a un côté grandiose et, de ce fait, j'irais plutôt sans le groupe, en vacances. Avec Indochine, on ne visite pas vraiment.

J'aimerais le faire en toute liberté, m'enfoncer dans le bush pour voir Crocodile Dundee en personne!

6. Quel est le nom du saxophoniste de Springsteen?

D. - Je ne me rappelle plus, merde! C'est trop, parce que je lis son nom partout, c'est le gros noir, j'avais adoré son album solo!

R & F - Justement. Tu écoutes des albums de saxophonistes, du genre David Sanborn?

D. - Ah non, j'ai horreur de ça! En plus, quand on était en studio en Angleterre, on nous a raconté une histoire sur lui, à propos d'une séance qu'il a faite.

Ils lui ont mis la bande sur le casque, il a joué dessus et quand ils ont rallumé après avoir écouté pour qu'il recommence, il était déjà sorti du studio, destination Los Angeles! Il ne fait qu'une prise!

Moi, j'aime des trucs comme John Lurie, James White and the #54aaffs, où le saxo invente sort des normes.

7. Qui a produit le dernier Willy DeVille?

D. - Le guitariste de Dire Straits, ça me hérisse : cette guitare, sa voix dessus...

R & F - Et Willy DeVille?

D. - Grand homme. Je n'ai jamais été réellement fan, mais, bon...

8. Quel est le membre des Pink Floyd qui a quitté le groupe?

D. - Euh... David Guilmour? Pink Floyd, c'est pareil, cela n'a jamais été mon truc. J'ai bien aimé certains titres comme "Money" ou "The Wall", mais ce n'est définitivement pas mon truc.

9. Quel est le vrai nom de Prince?

D. - Roger Nelson. Prince, pas de problème, le grand. Je crois qu'il n'y a rien à dire de plus sur lui.

10. Cite-moi trois groupes australiens.

D. - INXS, Midnight Oil et le groupe du frère d'Angus Young, Flash and the Pan.

R & F - Ce sont des groupes qui t'intéressent?

D. - Oui, certains. En tout cas, ils démontrent qu'il y a un son australien, quelque chose de particulier. En fait, je les retiens bien car j'ai une très bonne mémoire visuelle.

Je vois un nom imprimé et je le retiens. Souvent ça devient encyclopédique! Mais bref, le rock australien existe!

Maintenant, c'est la génération Kleenex : les gens consomment et jettent.

DOMINIQUE

1. Quelle est le titre du premier album des Sex Pistols?

Dominique - "Never Mind The Bollocks". C'est le moment où j'ai commencé à me mettre vraiment dans la musique. Je me rappelle être allé racheter le simple car je l'avais usé!

R & F - Quand on te connaît, on l'imagine difficilement.

Do. - En fait, maintenant, c'est le contraire! À l'époque, j'écoutais les Sex Pistols, et encore car cela représentait le mouvement punk, mais quand j'ai découvert Clash, j'ai craqué, surtout parce que musicalement c'était quand même autre chose.

À l'époque, même si on dit qu'ils étaient manipulés par McLaren, cela me convenait. J'étais chez moi, je ne bossais pas, je m'étais assez identifié à tout ça : on descendait de la banlieue au Gibus et on restait devant la porte parce qu'on n'avait pas de thunes pour rentrer... mais on n'y va plus! (rires)

2. Cite-moi le nom de quatre filles que Gainsbourg a fait chanter.

Do. - Il y eu Bardot, Deneuve, Birkin, bien entendu, et aussi Adjani.

R & F - Gainsbourg, cela représente quelque chose pour toi?

Do. - Oui : une bouteille de bourbon! Tant qu'on l'a pas connu, c'était un dieu, un super bon en paroles et musiques, mais il y a un moment où les gens devraient ne pas sombrer.

Ce qu'il faudrait pour qu'il retrouve son aura serait de laisser tomber sa bouteille d'alcool, s'il peut s'en passer, et qu'il retourne à son piano et à ses textes.

3. Quel âge vient de fêter Chuck Berry?

Do. - Je ne sais pas, il doit avoir au moins soixante, non? C'est l'un des premiers riffs que j'ai appris. Le premier, c'était "God Save The Queen" des Pistols puis le riff de Chuck Berry que reprenait Johnny Thunders, dont un copain avait le disque.

C'est le riff de rock à l'état brut et tout le monde le copie depuis près de quarante ans.

R & F - Le fait qu'il joue a soixante balais, ça t'épate?

Do. - Ah oui, parce que je ne m'y vois pas à cet âge. Je ne sais même pas si je serai encore vivant. Tout va vite, maintenant. À cette époque, ils arrivaient avec une guitare, ils ont tout inventé à partir du blues.

Maintenant, c'est ce qu'on appelle la génération Kleenex : les gens consomment et jettent. Dans dix ans, si Indochine a splitté avant, je ne pense pas que les gens en auront un souvenir contrairement à Chuck Berry. Mais on n'est pas non plus à son niveau!

4. Quels sont les noms des musiciens de Bijou?

Do. - Il y a Dauga, qui avait failli produire un groupe avec qui je jouais au début, Palmer et Dynamite, puis le fameux manager-auteur, Thoury.

Pareil, ils m'ont frappé quand j'ai commencé dessus car il y avait une super énergie et une façon de faire sonner les textes en français. Aucun groupe ne les a vraiment remplacés et c'est dommage qu'ils n'existent plus.

5. Qui est George Martin?

Do. - C'est le producteur des Beatles, un grand monsieur qui est sourd maintenant et qui porte un appareil auditif. C'est drôle pour un producteur.

En tout cas, c'est un mec qui a fait fort car il a réinvesti ses sous dans des studios. Et à l'époque des Beatles, il n'était sûrement pas sourd!

6. Quel est le titre du film dans lequel a tourné Annie Lennox?

Do. - S'il y a un truc que je ne supporte pas, ce sont tous les "Madonna et machin font du cinéma" : ils devraient rester dans leur truc. Je ne sais pas. C'est peut-être génial, en fait je ne vais jamais au cinoche mais ça fait tout de suite cancan show-biz.

C'est comme si, du jour au lendemain, un boucher voulait devenir cordonnier! Il y en a qui possèdent les deux talents, Montand, Souchon, mais Madonna, excuse-moi! Par contre, on serait intéressés par la composition d'une musique de film.

7. Quel groupe a intitulé un de ses albums "Au Coeur de la Nuit"?

Do. - Ça me dit quelque chose... c'est pas Téléphone? Je ne vois pas...

R & F - Où vont tes préférences depuis la séparation?

Do. - Disons que j'ai toujours aimé Téléphone, ça toujours eu un côté rock-sueur par rapport à nous, c'est une autre façon et aussi une autre génération, musicalement.

On ne serait pas capable de faire comme eux et vice-versa. Je préfère les Visiteurs car c'est plus rock, mais il y a chez Aubert un charme que n'ont pas les autres.

8. Quel est le vrai nom de Sting?

Do. - Je ne sais pas. Je suis en train de découvrir le jazz-rock et je comprends maintenant qu'il faut respecter toutes les musiques. Sting est sans conteste un des meilleurs actuellement. Je le préfère à Prince : il a bon partout, à part son sérieux.

9. Combien de frères dans les Beach Boys?

Do. - Cinq, non? En tout cas, au moins trois. Travailler avec des frères amène une facilité et une complication, mais plus de positif que de négatif. Ils doivent s'engueuler à part chez eux, mais pas devant nous! Ce sont deux frères mais radicalement différents.

10. Quel est le nom du parolier d'Elton John?

Do. - Aucune idée!

De pire en pire dans les charts!

NICOLAS

1. Comment s'appelait le chanteur de Joy Division?

Nicolas - Ian Curtis. Eh, maintenant qu'on a la une de "Salut", vous nous prenez pour des blaireaux? (rires) Ian Curtis : il s'est pendu en mai je ne sais plus combien.

R & F - C'était un groupe qui te branchait?

N. - Non, je préférais New Order, mais maintenant je préfère Joy Division!

2. Qui a écrit "La Bamba"?

N. - Ritchie Valens... non, ce n'est pas lui, je ne sais pas...

R & F - C'est un traditionnel du folklore mexicain. Ça ne vous amuserait pas d'adapter une chanson traditionnelle?

N. - Pour nous, le traditionnel, c'est Dutronc. Ça peut être Nougaro, Bécaud, qui sont mes racines plutôt que "La Bamba".

R & F - Tu as vu le film?

N. - Non. Je n'ai pas eu le temps d'y aller. De plus, le dernier film que j'ai vu, c'était "Les Ailes du Désir" et j'ai mis deux mois à m'en remettre! Très, très beau.

"La Bamba", je n'ai pas accroché sur le moment et je regrette car on m'a dit que c'était le meilleur film sur le rock depuis "American Graffiti".

3. En quelle année s'est déroulé Woodstock?

N. - 69!

R & F - Vous aimez vous retrouver dans des festivals?

N. - Non, c'est nul. On en a fait deux, dont un au Danemark où on passait entre Nina Hagen, Clash et Paul Young. Ça s'est super bien passé avec ces groupes, de plus on a fait un carton, mais le problème c'est que tu joues pour la moitié du public : le reste...

On a traversé avec les Clash l'enceinte qui allait à la scène, on a vu des mecs bourrés à la bière en train de se pisser dessus, allongés dans leur merde, buveurs de bières, quoi.

Ça nous a assez choqués. L'autre festival, c'était en Suisse, on passait encore juste avant Nina Hagen et c'était tellement mal organisé...

Les organisateurs ont fait entrer le public au moment où on allait commencer notre balance, il y avait des tonneaux de béton devant la scène et les premiers ne voyaient rien. De plus ils ont eu la bonne idée d'annoncer que l'on jouait à 20h alors que c'était à 21h30.

Par contre, "Woodstock", c'est le premier film rock que j'aie vu et je suis sorti avec une migraine comme c'est pas permis! Mais c'est là où j'ai eu, pour la première fois, l'envie de monter sur scène.

4. Cite-moi deux fois trois frères du rock.

N. - Les frères Young d'AC/DC, les Van Halen et, allez, les Bee Gees!

5. Quel est le vrai nom de David Bowie?

N. - Je ne sais pas. (Dimitri qui passe : "David Jones!")

R & F - Il représente toujours quelqu'un?

N. - Maintenant, non, mais j'ai complètement craqué sur certains albums, en particulier "Lodger" qui m'a fasciné. Maintenant, j'aime bien quelques titres comme "China Girl", mais il est clair que ce n'est plus le Bowie de la grande époque.

6. Qui est Pete Best?

N. - Aucune idée. (Dimitri, toujours pointu : "Attends, ça me dit quelque chose... ce n'est pas le premier batteur des Beatles?")

R & F - Ce fut une inspiration importante, les Beatles?

N. - Au début, je les écoutais par hasard, à la radio, puis je me suis rendu compte, et c'est ce qui m'a vraiment impressionné, que n'importe quelle chanson de n'importe quel album est un immense tube en puissance.

R & F - Et aujourd'hui, McCartney, Harrison?

N. - J'aime beaucoup l'album de Harrison mais j'aimais plus Lennon, "Instant Karma", "Imagine". Mais le truc énorme reste "Set Pepper".

7. Où est mort Sid Vicious?

N. - Au Chelsea Hotel, à New York. J'ai longtemps affiché les textes des Pistols au-dessus de mon lit. Très important.

R & F - New York?

N. - Une ville très flippante. T'as pas de fric, t'es écrasé : tu trébuches dans la rue, t'es écrasé. C'est captivant, aussi : t'as l'impression d'être dans un feuilleton télé.

8. Qui sont Curt Smith et Roland Orzabal?

N. - ? (Dimitri mime des larmes qui coulent)

N. - Tears For Fears = deux albums, deux énormes albums. Ils mettent quatre ans pour en faire un. Aujourd'hui, j'ai flashé sur l'album des Silences, les Christians aussi, mais je suis plus branché sur Jesus And Mary Chain.

9. Qui est la chanteuse française qui a épousé Stephen Stills?

N. - Véronique Sanson, bien sûr!

R & F - Ton point de vue sur la chanson française?

N. - De pire en pire dans les charts, de mieux en mieux à côté. Tout le mouvement alternatif est intéressant, et Elli Medeiros, Pijon, les Ablettes, les Innocents, Noir Désir...

Plus variété, mettons Souchon, Jonasz et Bécaud aussi, toujours. De l'autre côté, c'est David et Jonathan, l'horreur.

10. Qui est en couverture de "Rock & Folk" ce mois-ci?

N. - Terence Trent d'Arby. J'aime beaucoup. On voit toutes ses influences dans son album. Il n'invente rien, mais c'est bien. Il sait très bien ce qu'il veut et c'est ce qu'il faut.

Passer producteur, plus tard.

STÉPHANE

1. Cite-moi trois groupes dont le nom vient d'un nom de lieu.

Stéphane - Boston... Givors, c'est ça? Un chanteur français d'il y a quelques années (Gisor) et MC5, nommé à partir de Motor City, Detroit.

Nicolas (qui écoute) - Il y a aussi America, Kansas...

S. - Oui, mais MC5, c'est plus classe! Il y a encore des gens qui nous demandent pourquoi l'on s'appelle Indochine, mais heureusement, ça se calme! Et puis l'Indochine n'existe plus depuis un moment!

2. Q'évoque pour toi Graceland?

S. - Le dernier album de Paul Simon et autre chose, mais je n'arrive pas à me fixer dessus.

R & F - La maison d'Elvis. L'apartheid te touche?

S. - Oui, bien sûr, et j'ai trouvé l'album de Paul Simon superbe, sauf au niveau de la production. Tu l'écoutes en CD et tu vois qu'il est d'un niveau inférieur à ce qui se fait aujourd'hui.

J'aurais adoré que "Free Nelson Mandela" devienne un tube car, si Paul Simon et Johnny Clegg, que j'aime beaucoup aussi, sont dans le Top, qui connaît leur message? Je crois qu'il faut être direct pour se faire entendre de ceux qui ne sont pas censés faire des efforts.

3. Quel est le groupe le plus ancien?

S. - Les Immates? Les Flamin' Groovies?

R & F - Non, bien antérieur, puisque déjà, les Stones et les Who ont démarré en 62. Les Four Tops.

S. - Effectivement, les autres ont commencé en 65. Je ne me vois pas jouer aussi longtemps!

4. Qui jouait du synthé au début de Roxy Music?

S. - Brian Eno. Jouer des synthés est un grand mot : disons qu'il était plutôt là pour faire quelques bruits. C'est d'ailleurs insensé de penser qu'il est devenu un des producteurs les plus en vue du moment, qu'il produit U2!

Comme quoi, chaque chose, dans la musique, peut mener à une autre. C'est un truc qui me plairait bien, passer producteur plus tard : c'est quelqu'un de très important et nous faisons très gaffe à ça.

5. Cite-moi quatre titres de l'album "Thriller" de Michael Jackson.

S. - Ouh là là. Il y avait "Billie Jean", la chanson "Thriller", un truc qui ressemblait à "Beat It". En me faisant bien chier, je te les trouve, mais alors en me faisant chier et en prenant quelques minutes!

C'est super bien foutu mais ça ne m'a jamais vraiment touché. Un type comme Ottis Redding, par exemple, fait passer des milliers de choses dans une seule chanson.

6. Quel est le vrai nom de Madonna?

S. - Cicon, quelque chose comme ça?

7. Cite-moi trois groupes allemands.

S. - Des vieux alors. Amon Duul 2, Tangerine Dream et Can.

R & F - C'était à la base du rock planant. Ça te branchait?

S. - Ça avait cette image mais ce n'était pas que ça : Amon Duul 2 et Can étaient souvent très rock, très durs. Il y avait des morceaux que j'aimais énormément. Maintenant, l'Allemagne, c'est foutu : que des merdes, des groupes de hard...

8. Où est mort Jim Morrison?

S. - À Paris, dans une baignoire. Dommage. Paris a toujours été une ville qui a branché les rock stars. Avant, c'était lui et d'autres, maintenant Duran Duran, les Eurythmics, Jagger ou Bowie ont des appartements à Paris.

Souvent, c'est pour payer moins d'impôts et être un peu tranquilles, mais le fait est qu'ils déboulent tous ici.

Quant aux Doors, j'ai toujours trouvé ça bien mais ça ne m'a jamais passionné ni renversé musicalement. Cela n'enlève rien au fait que c'était un super groupe et Morrison quelqu'un d'exceptionnel.

9. Quels sont les noms des Stones originaux?

S. - Les quatres plus bien sûr Brian Jones. Les Stones, c'est clair : c'était fantastique et aujourd'hui, tout le monde s'en fout. Cela dit, j'aime bien le nouvel album solo de Jagger.

R & F - Si les Stones vous proposaient de faire leur première partie française pour cette tournée annoncée, tu acceptes?

S. - Non, sûrement non : ce serait ridicule. La seule raison de le faire, comme Téléphone en 82, serait émotionnelle, mais ils ne représentent pas pour nous, encore moins maintenant, ce qu'ils représentaient pour Téléphone.

10. De quelle ville vient Depeche Mode?

S. - D'une banlieue industrielle près de Londres, B... quelque chose, d'où vient aussi Heaven 17.

R & F - Tu penses qu'un lieu motive des musiciens et fait éclore un vivier de groupes?

S. - Plutôt que les conditions de vie, c'est sans doute une émulation : tu vois celui d'à côté qui réussit et tu as envie de faire la même chose. Regarde, par exemple, U2 : Dublin a produit plein de groupes mais aucun aussi fort qu'eux.

R & F - Et en France, Rennes, Lyon?

S. - J'aimais beaucoup ce qui sortait de Lyon, en particulier la période Starshooter, mais l'école de Rennes, puisqu'on l'appelle comme ça, ne m'a jamais touché. Trop froid, trop triste. À part Daho bien sûr!