Indochine : Nicola et Stéphane les jumeaux se racontent

Les premiers extraits du superbe album consacré à un groupe que vous aimez tous.

Il aura fallu cinq années pour qu'Indochine devienne le groupe français numéro un, cinq longues années pour ceux qui galèrent, doutèrent mais sans jamais désespérer totalement d'un avenir musical sous le signe du rock populaire dans lequel, aujourd'hui, ils excellent.

Le succès, plus de deux millions de disques vendus), les tournées, les clips n'ont pas altéré l'amitié de Nicola, Dominik, Stéphane et Dimitri qui se racontent dans ce très bel album écrit par Jean-Éric Perrin (aux Éditions Calmann-Lévy) et illustré par d'étonnantes photos inédites.

Nous vous proposons ici quelques réflexions parfois tendres, parfois plus violentes des frères jumeaux Nicola et Stéphane. Mais pour en savoir plus, achetez vite cet album disponible en librairie dès à présent (98 F). Vous le lirez et le relirez, le feuilleterez avec un égal bonheur.

Mes premiers souvenirs, raconte Nicola , c'est à Bruxelles. J'y suis arrivé à deux ans. Mon père avait été nommé à Euratom (Communauté européenne de l'énergie atomique).

On vivait dans une grande maison, ça ressemblait à l'Angleterre, un quartier à la fois populaire et résidentiel, très calme. Il y avait donc là mes parents, Christophe mon frère aîné, et puis Stéphane et moi, dans une chambre avec des lits superposés.

À l'époque, nous avions beaucoup d'animaux : des lapins, des poules, on a même failli se faire expulser car les coqs chantaient à quatre heures du matin et les voisins n'appréciaient pas vraiment!

Avec Stéphane, on a toujours eu des caractères différents, mais on avait quand même la complicité des jumeaux : on échangeait nos pyjamas et on se faisait passer l'un pour l'autre à la maison.

On allait à l'école européenne, avec les Italiens, les Allemands, enfin tous les enfants de l'Europe des Six. Il y avait des classes pour chaque langue, et nous on se battait toujours avec les Allemands; c'était la guerre permanente, on les traitait de "boches"! On devait être très influencés par les films de guerre.

On est restés là jusqu'à l'âge de douze ans, et puis on est allés au lycée français où on a commencé à fréquenter le monde diplomatique.

Mon père avait acheté une ferme dans le midi de la France, et on y passait les trois mois de vacances. C'était la campagne, ça nous changeait.

On voulait vraiment revenir à Paris, parce que Bruxelles, on ne s'y sentait pas trop bien. On a vécu là-bas jusqu'à 12-13 ans, et puis mes parents ne s'entendaient plus, et on nous a mis en pension.

Ça a été les deux années les plus terribles de ma jeunesse. C'était juste à la frontière franco-belge, une pension de religieux. C'est la première fois qu'on quittait notre mère!...

... On s'est fait tellement humilier dans cette pension. Comme tous les gosses, je pensais : "Un jour je serai quelqu'un de connu et je reviendrai cracher sur la gueule de tous ces profs!" Comme on pleurait beaucoup et qu'on avait souvent le cafard, il nous traitaient de "lopettes".

C'était en 1974, à Châtillon.

Un autre désenchantement, c'est que pour la première fois, Stéphane et moi avons été séparés de force.

C'était la fin de l'enfance, et les premiers désenchantements sur la vie. Stéphane avait plus de copains que moi, j'étais assez réservé, donc je passais tous mes mercredis seul au cinéma.

J'avais complètement perdu Stéphane de vue, on n'avait pas du tout les mêmes copains. À l'époque il avait commencé à jouer dans un groupe de rock, très Genesis comme style. Je suis allé les voir, une fois, mais ça ne me plaisait pas du tout, c'était très baba, moi j'avais horreur de Genesis!

Mon premier contact musical, fut avec mes copains de Saint-Sulpice : on écoutait Supertramp et Doctor Feelgood. Mais mon premier vrai "enthousiasme" pour la musique, où ça m'a plu assez pour que je veuille acheter les disques, c'est avec David Bowie. J'avais un copain qui était spécialiste, inscrit au fan club, et il m'y emmenait...


celui qui ne veut pas grandir
 
celui qui réfléchit à tout ça

J'ai travaillé trois mois à l'EDF, pour me payer l'école privée la plus chère, l'École Port-Royal pour passer mon bac. La première fois je l'ai passé par correspondance, la seconde à Port-Royal, la troisième fois je ne sais plus, bref je l'ai raté quatre fois!...

... Le rock, ça me faisait bouger, mais chanteur, journaliste, animateur de radio, je ne savais pas encore quoi faire. Je voulais seulement aller le plus loin possible dans l'expérience du rock.

Stéphane : Le truc important pour moi, c'est de quitter la Belgique et un milieu bien calme pour se retrouver en banlieue parisienne et découvrir que la vie n'est pas aussi cool que ce que j'avais cru jusqu'alors!

Ça m'a fait réfléchir, j'ai mûri intellectuellement, je me suis rendu compte de pas mal de choses, et c'est comme ça que j'ai découvert le rock et la politique. Adolescent, il y a eu une période importante où la politique a été le moteur de ma vie.

Et puis à un moment j'en ai eu assez, ça prenait mauvaise tournure, alors j'ai voulu casser tout ça et je suis parti à la montagne. J'ai découvert le grand air, l'espace, j'ai découvert qu'il n'y avait pas que la ville.

Jusqu'alors je n'avais vécu la montagne qu'en tant que vacancier, et là je me suis aperçu qu'on pouvait y travailler, y vivre tranquillement, habiter dans un endroit très calme, et que c'était bien. J'ai découvert que je pouvais vivre d'un truc que j'aimais très fort : le ski.

L'été, je venais à Paris, et je m'occupais de centres aérés. Je redécouvrais la ville. Et ensuite je suis resté à la montagne toute l'année, parce qu'il y avait des choses à y faire aussi l'été.

Nicola venait me voir de temps en temps et j'ai vu qu'il se passait à nouveau des choses à Paris. J'étais parti parce que je croyais que plus rien ne pouvait se passer, à part un itinéraire politique qui prenait un tour malsain. J'étais parti vers 79.

Nicola, me tenait toujours au courant des nouvelles de Paris, et lorsque j'y revenais, je rejouais un peu de musique, avec lui ou avec des petits groupe. C'est comme ça, pendant une inter saison, que j'ai écouté des maquettes d'Indochine qu'ils étaient en train de former. J'ai trouvé ça bien, très bien même! Ça sortait de l'ordinaire et ça m'a séduit.

C'était une période où j'en avais un peu marre de la montagne, je commençais à m'y ennuyer! Je voyais que Paris bougeait à nouveau, avec Indochine, alors je me suis incrusté. J'ai acheté un synthé d'occasion parce que c'était l'instrument qui semblait le mieux pouvoir s'intégrer à ce qu'ils faisaient. Ils ont enregistré un premier 45 tours à trois, avec Dimitri.

Moi entre-temps j'avais dû repartir travailler au ski; et pendant un moment je les ai suivis, un an à peu près, sans être vraiment dans le groupe.

Je ne voulais pas en faire partie officiellement, je ne voulais pas être sur un contrat, parce que j'avais encore des idées reçues, préconçues plutôt sur le show-business. Mais ils ont fini par me convaincre de signer le contrat pour enregistrer l'Aventurier, et voilà...

... Avant le succès d'Indochine, dans ma vie, je n'avais pas réussi grand-chose, à part skier mieux que mes copains parisiens! C'est tout. Indochine, c'est une réussite personnelle et une réussite de groupe.

Dans ma vie à moi, ça a changé pas mal de choses, j'ai dépensé du fric, bêtement dans les boîtes, la vie de rock star quoi. Et puis ça m'a paru idiot, même si des tas de gens rêvent de ça. L'idéal en fait, c'est d'être bien dans sa peau, et de faire ce qu'on a envie de faire...

... Mon message en tant que Stéphane c'est ça : juste être dans un groupe dont les mômes aiment la musique, et continuer à en vivre.