Indochine en campagne

Indochine sur le sentier de la guerre. Nicola, Dominik, Stéphane et Dimitri partent à l'assaut de nos belles provinces. Salut! a assisté au démarrage de cette tournée flamboyante.

Toulouse. Février. Pas de chances. J'aurai toujours connu cette belle ville du Sud-Ouest balayée par des vents à faire geler de la vodka. Tant pis. Le saint patron des journaux a dû décider un jour que je ne ferais des reportages à Toulouse qu'en hiver. En descendant de l'avion : routine habituelle. Voiture de location. Quelques tours inutiles sur les voies rapides pour trouver son chemin.
Et soudain, par plus mystérieux des hasards, nous nous retrouvons à proximité d'une grande antenne de diffusion télé. Le panache blanc moderne, signe de ralliement des chevaliers modernes. Qui dit antenne, du studio. C'est là que nous avons rendez-vous avec Indochine. En fait, c'est un peu plus loin. Dans le local d'une radio FM. La télé c'est pour après.

Dans l'antichambre de l'aquarium, une grande table
ronde. Autour, Dimitri et Nicola. C'est toujours un plaisir de
retrouver les Indochinois. Des types qui ont le sourire sincère
et la poignée de main chaleureuse. Pas des poseurs à la banane
de circonstance dès qu'un journaliste se pointe. Ni des pseudo
popstars imbues de leur personne, étonnés que la plèbe ne se
prosterne pas devant elles.
Faire un reportage avec Indochine c'est plutôt une partie de plaisir, pas une partie de chasse-safari photos. Nicola et Dimitri attendent tranquillement que l'animateur radio les invite à passer devant le micro. Aujourd'hui, ce sont eux qui se collent le boulot de promo. Repos pour Dominik et Stéphane.
Dans leurs bagages, Nicola et Dimitri ont emmené leur ami Jean-Éric Perrin, un rock-kritik qui les encourage depuis leurs tout débuts et auquel a été confiée la lourde tâche de rédiger leur biographie. Le monsieur Indochine encyclopédique en quelque sorte. Les deux lurons assurent leur émission radiophonique en quelques minutes.

Il reste exactement quatre minutes pour rejoindre le
plateau de télé. No problem. Avec l'antenne comme pavillon,
nous sommes sûrs de ne pas la rater. Mais Dimitri sent une poussée
de grippe. Il lui faut un certain médicament au nom barbare.
Pas le temps de trouver une pharmacie en quatre minutes. Dimitri jure qu'il va tomber raide mort s'il ne prend pas immédiatement ce remède. En désespoir de cause, démuni de monnaie, il confie 500 balles à un inconnu pour lui trouver l'indispensable médicament.
Dans la foulée, nous nous empilons à six dans la voiture. Sur les chapeaux de roue, inconfortablement, brûlant les feux rouges, nous rallions la grosse antenne. Course dans les couloirs. Maquillage. Le générique de l'émission commence. Les deux compères ont tout juste le temps de se propulser dans leurs fauteuils respectifs. Il y a un paquet d'autres invités mais c'est eux qui auront la vedette.
Sans frime, en toute complicité. Tout bêtement en s'intéressant modestement et intelligemment à tous les sujets proposés dans l'émission. Rocker ne veut pas dire inculte...
À peine la télé est-elle terminée que c'est déjà la cavalcade pour rejoindre l'hôtel. Il faut aller à Toulouse pour le concert du soir. Dans le hall du trois étoiles, Stéphane nous attend. À peine avons-nous franchi la porte qu'il hurle nos noms, l'air ravi. Ça fait toujours plaisir.
Ça fait toujours plaisir aussi de voir ces jeunes gens au look rare dans un tel endroit. Le contraste entre ce lieu huppé et ronronnant et ces clients sauvages et sautillants est assez plaisant. Dominik est déjà parti. L'une des Renault Espace que le groupe utilise pour se déplacer accueille les retardataires et c'est parti pour un paquet de kilomètres de bitume.

Bordeaux est vraiment une belle ville. Le port, les baraques en pierre. Il n'y a qu'un seul quartier vraiment laid. Du côté de la patinoire de Menadek. Béton gris. Pas de chance, c'est là que joue Indochine ce soir. L'intérieur est plus sympathique : belle salle. La scène est déjà montée. Spacieuse. Claire. Sur plusieurs niveaux, les instruments sont en place attendant leurs maîtres. Les loges sont confortables et Dominik s'y prélasse déjà en compagnie d'un nouveau venu : le cinquième Indochine honoraire.
Ce grand moustachu, doux et sympathique, s'appelle Arnaud Devos. Il est rentré dans le commando indochinois en jouant sur le remix de "Kao-bang". Dès lors les quatre complices ont été séduits par l'apport rythmique d'Arnaud et l'ont fait participer au dernier album, le "3". Dans la foulée, ils l'ont emmené sur la tournée suédoise et ne veulent désormais plus le lâcher. Lui, sans fausse modestie, assure qu'il n'a aucune raison d'être sur les photos puisqu'il n'est pas membre du groupe. Pourtant...
C'est l'heure du sound check. Les 4 + 1 se mettent en place et enchaînent trois morceaux l'un derrière l'autre. Imaginez-vous tout seul dans une salle à Indochine pour vous tout seul qui vous fait un mini-concert. Ah! Inoubliable! Plus qu'une envie après : que le concert commence enfin! Las, encore quelques heures à tirer.
Du temps consacré au maquillage, au changement de vêtements et à la bouffe dans la cantine de la tournée en compagnie des techniciens. 20 h 15 : l'heure H. Un concert d'Indo, ça ne se regarde pas backstage. Ça se vit au milieu de la foule des kids hystériques, animés de la danse de Saint-Guy dès les premières mesures...
Lorsque les quatres aventuriers du rock se sont
retrouvés avec "L'aventurier" propulsés sous les
spotlights du vedettariat, ils étaient encore des néophytes de
la musique, hormis Dominik, alors le seul véritable musicos de
la bande.
Et puis il a fallu qu'ils assurent. Qu'ils apprennent. Qu'ils bossent. Il a fallu qu'ils jouent en concerts. Plus des petits gigs devant une centaine d'aficionados dans une boîte enfumée. Non, des vrais spectacles. Comme les grands. Ils ont relevé le défi et se sont jetés à l'eau. Leur première tournée de pro a été un succès.
Évidemment, on leur a reproché d'être trop assistés par des bandes pré-enregistrées leur donnant une trop grande rigueur. Ils ont compris la leçon. Pour cette nouvelle tournée de vingt-trois dates (plus le Zénith!), ils ont répétié près de deux mois et demi dont une période dans les conditions de scène, dans une ancienne salle de cinéma. Ils ont bossé comme des brutes pour être à la hauteur de l'attente de leur public et des autres. Pari gagné.
Ils ont su devenir des véritables pros, sans pour autant que l'émotion et le felling en pâtissent. Au contraire, débarrasés des contraintes techniques, ils n'en sont que plus proches du public. Et ce dernier, de "3 nuits par semaine" à "Dizzidence politik" en passant par "L'aventurier" et "3e sexe" n'en finit pas de reprendre en "coeur" chacun des titres mémorables. Une ville de plus ralliée à la cause indochinoise.
