Indochine : la force tranquille
Exit
les querelles, finie la lassitude. Indochine se dit gonflé à
bloc et prêt à affronter la tourmente. Dix ans après leurs débuts,
compilation-bilan et nouvelle tournée.
Quatre années sans tournée, trois sans enregistrer. Mais où était donc passé Indochine? Parodiés avec férocité par les Inconnus, on les croyait enterrés. À tort.
La notoriété du groupe est intacte : leur compilation, Le Birthday album, s'est vendue à près de 400.000 exemplaires. Pour repartir de plus belle il leur suffisait de changer de look et de donner un bon coup de pressing à certaines querelles de familles. C'est reparti pour dix ans?
Oxygen : - Comment expliquez-vous cette période de flottement dans le groupe depuis quelques années?
Indochine : - À la fin de notre méga-tournée de 1988, nous nous sommes vraiment demandés à quoi tout cela rimait. Cela faisait huit ans que nous enchaînions disques, promos et tournées. Et soudain, nous avons ressenti une sorte de lassitude.
On avait souvent envie de s'arrêter de jouer. Trois jours, une semaine et puis on repartait. Ce sont des soupapes de sécurité normales. Mais, en 1988, ce fut plus sérieux, l'envie de jouer n'était plus là. Nous avons vraiment arrêté pendant six mois. Six mois sans se parler ni évoquer l'avenir. Nous n'avions plus envie de réaliser quoi que soit ensemble.
- Les rapports étaient devenus difficiles entre vous?
- Effectivement. Le moindre problème prenait des dimensions énormes. Mais aujourd'hui, avec le temps, nous avons appris à nous connaître.
- Aujourd'hui, vous annoncez une série de concerts et un album pour février 93. C'est reparti comme avant?
- Nous avons décidé de faire ce dont nous avons envie. Sans pression. Sans surmédiatisation. Indochine n'a plus envie de faire un album tous les ans ou tous les deux ans et d'enchaîner systématiquement promos et tournées. Nous préférons prendre une vitesse de croisière.
- Ce sont vos dix années d'existence qui vous donnent une telle sénérité?
- Cela nous a beaucoup fait réfléchir. Dix ans, c'est le chiffre maudit pour un groupe de rock français. Téléphone n'est pas allé au-delà. Toute proportion gardée, nous visons une carrière à la Genesis.
Accompagner les générations tout en intéressant le public naturel du rock : les jeunes. Tous les musiciens des groupes anglais ou américains qui cartonnent ont une moyenne d'âge qui frise la quarantaine. Nous sommes plus jeunes, mais nous voulons être, à l'avenir, un groupe de ce genre.
- Le succès de votre compilation vous a-t-il étonné?
- Ce disque n'a pas été ressenti comme une opération commerciale. Normalement, nous aurions dû le sortir au moment des gros succès. Mais nous n'avons jamais voulu rentrer dans ce jeu-là. Ces compil'marketing sont en général bâclées. La nôtre a été entièrement retravaillée, morceau par morceau.
- Quelle a été votre réaction lorsque les Inconnus vous ont parodiés?
- Il y a deux ans, Isabelle bleus les yeux a été aussi célèbre que le "Ah que..." de Johnny. Mais d'autres groupes sont passés à la moulinette des Inconnus après nous. C'est une bonne parodie qui reprenait nos tics de l'époque. Par rapport à ce que Indochine fait aujourd'hui, elle ne veut plus rien dire.
La scène de l'interview était particulièrement réussie : c'est vrai, nous étions maladroits dans ce genre d'exercice. Mais tous les groupes de rock le sont. Quand tu fais une télé entre deux annonces de castastropes, tes états d'âmes sur la difficulté d'enregistrer un disque passent un peu à côté de la plaque.
- Cette émission a-t-elle eu un effet autocritique?
- Nous avons pu mesurer tous les clichés sur Indochine. On dit que nous sommes un groupe très amateur de synthés. Or, dès le départ, les guitares occupaient une place très importante. Nous voulions sortir des sentiers balisés du rock, en mélangeant toutes sortes de musiques, ethnique, orientale, chinoise et indienne.
Nous avons toujours utilisé beaucoup d'instruments même si certaines parties étaient échantillonnées. Aujourd'hui, nous préférons chercher les mélodies en jouant de la guitare. Les synthés sont utilisés en complément.
(À Strasbourg le 12, à Paris le 16, à Yerres le 19, à Amiens le 20, à Quimper le 21).