Il voyage en solitaire
"Je
suis en vacances, pas en rupture d'Indochine"... Pour son
album solo, Nicola Sirkis, le vrai-faux chanteur d'Indochine, s'essaye
au bras de fer avec David Sylvian, Bruce Springsteen, les Beatles,
les Stones...
Pour un premier voyage en solitaire, Nicola Sirkis a choisi la formule de l'album perso de reprises puisées dans le catalogue de son best of intime, un greatest hits privé et confidentiel.
Une idée qui a mûri plusieurs années dans sa tête avant de trouver une voie et des partenaires susceptibles de la concrétiser vraiment sans aucune issue de secours ni de retour possible. Commentaires sur un exercice de post-synchro.
Pourquoi as-tu décidé d'accorder des interviews à propos de cet album de reprises dont le contenu est par définition déjà si précis et si lourd de sens?
Nicola Sirkis - Je pense que la démarche demandait un mot d'explication. En télé, je refuse de chanter ou de faire des play-backs sur les reprises de cet album.
Elles existent, mais il ne faut pas les faire revivre artificiellement pour la promotion du disque comme des chansons normales. Par contre, je suis prêt à en parler, à m'expliquer, à commenter, à me défendre. L'autodéfense est un exercice dont on a l'habitude dans Indo...
Cette idée d'album solo de reprises, tu l'as un peu piquée à Martin Gore de Depeche Mode quand il a fait "counterfeit" en 89, non?
N.S. - Pas du tout. J'étais vert de rage quand j'ai appris qu'il avait ce projet. À l'époque, il sortait avec une Française que je connaissais et c'est elle qui m'en a parlé pour la première fois. Cette idée d'album solo est dans ma tête depuis 4 ou 5 ans.
Gore a repris Never turn your back to mother earth des Sparks qui figurait aussi sur ma liste, mais j'ai décidé de la garder malgré tout. Mais avant lui, il y a eu des albums de reprises par David Bowie, Bryan Ferry,... Même Joe Cocker en a fait un... Personne n'a l'exclusivité de la démarche.
Ta partenaire dans cette aventure est Edith Fambuena. En faisant équipe avec elle, tu n'as pas eu peur d'arriver avec un album trop clairement inscrit dans la lignée Daho?
N.S. - Bien sûr, j'y ai pensé. J'adore travailler avec des filles. J'ai toujours aimé les filles avec une dégaine rock'n'roll, la guitare, la mèche de cheveu qui tombe... Bon, Edith, elle a sa tête, sa façon de jouer, ses tics, ses manies... sa personnalité, quoi.
Et ça, je ne pouvais pas le changer. On a coproduit l'album ensemble et le résultat est en accord complet avec ce que j'avais dans la tête. Finalement, on est assez loin de l'univers de Daho. Et puis, elle sort un nouvel album des Valentins en janvier qui sera encore différent de tout ça.
ET MOI ET MOI ET MOI
Si tu avais enregistré un single solo avec une reprise, laquelle aurais-tu gardé en priorité?
N.S. - Sans aucun doute Brand new life de Young Marble Giant. C'est une reprise que j'avais envie de faire depuis longtemps. Avec Edith, on avait commencé à y travailler il y a trois ans. Et puis, on avait un peu laisser tomber l'idée.
Pendant l'enregistrement de "Paris Ailleurs", elle était à New York avec Daho et elle me téléphonait tout le temps... "Alors on le fait cet album de reprise?" Pour finir, c'est elle qui m'a un peu poussé à le concrétiser.
Dans ta liste, on peut s'étonner de ne pas retrouver un seul titre de la variété française des années 60, 70 ou même 80. Tout est très rock, il n'y a pas de clin d'oeil lorgnant vers un univers plus léger.
N.S. - J'avais bien envie de faire Ta Ta Ta Ta de Michel Polnareff. On a même essayé, mais le texte était vraiment trop con et on ne peut pas changer les paroles à moins de demander l'autorisation à l'éditeur qui ne la donne jamais.
Donc, on a laissé tomber. J'ai construit un album comme une bande originale d'un film imaginaire. Un peu comme Wim Wenders qui collectionne des chansons pour faire la B.O. de ses films.
Il y a eu d'autres tentatives avortées?
N.S. - Oui, je voulais enregistrer Caroline says de Lou Reed. Mais notre version tournait en rond, ça n'apportait rien. Je voulais aussi mettre sur l'album Our lips are sealed dans une version proche de celle des Fun Boy 3, mais ça a plutôt tourné Go Go's et on n'a pas eu le temps de la refaire.
Si cet album avait été un album de reprises par Indochine plutôt que par Nicola Sirkis, la liste des titres aurait été très différente?
N.S. - Pas tellement. Il y aurait eu un Joe Jackson. Et sûrement un Dutronc aussi. Lui, c'est le plus grand. Il faut aller voir son concert, il a la force d'Iggy Pop.
Je l'ai déjà vu deux fois au Casino de Paris et j'y retourne encore, il est génial! À chaque fois, il commence avec Et moi et moi et moi que tu prends dans l'estomac et tu es sur les genoux pour deux heures.
Ton album solo sort au moment où Indochine est au meilleur de sa forme. La compilation est disque de platine en France et la tournée s'est jouée à bureaux fermés un peu partout. Ton disque ne va-t-il pas installer la confusion dans l'esprit du public qui en déduira un peu vite qu'Indochine c'est fini...
N.S. - Non, non, non, non. C'est bien pour ça que je veux donner des interviews. L'autre jour, je lisais une critique de mon album qui commençait pas "Nicola Sirkis, ex-Indochine..." Au secours!! Indochine va bien, très bien même.
On prépare la suite avec un tout nouvel album qui sera suivi par une tournée. En plus, on renégocie pour l'instant un nouveau contrat avec notre maison de disques. Mon album est un plaisir égoïste qui ne remet pas en cause la vie du groupe.
Au contraire, je suis sûr que cette petite récréation aura des retombées positives sur le travail et la créativité d'Indochine.