Indochine, en "live", en vie et pour l'éternité

Des années après avoir déserté la scène, Nicola Sirkis et ses nouveaux musiciens ont enflammé hier soir un public nostalgique d'une mémorable prestation.

Magnifique soirée que celle offerte hier soir par Nicola et ses quatre compagnons scéniques pour Indo Live qui restera à jamais gravé dans les mémoires des mille nostalgiques enflammés qui s'étaient donné rendez-vous à l'Espace Julien.

Entre moins de 20 ans et plus de 30 ans, une parfaite harmonie pour un déroulement magique, enchanteur, envoûtant.

En l'absence de Stéphane, "malade comme un chien" selon l'expression de son frère, c'est donc Nico Sirkis qui avait seul l'énorme responsabilité de porter haut et vive la flamme du souvenir. C'était en 1982.

Pour certains, l'époque bénie de l'adolescence, les premières boums, les premières virées en boîte, les premiers flirts dansants. On ne parlait pas encore de techno mais d'éjà d'indus... et surtout pas de boys bands!

C'était notre jeunesse. Ni plus ni moins dorée que les autres, juste le temps de grandir, de respirer encore un peu d'air frais avant d'entrer dans la vie. Hier soir, en près de trois heures, c'est tout cela qui est remonté à la surface. L'entente salle-plateau aura été parfaite.

Des années après sa dernière prestation live, Indochine n'a rien perdu de sa force, de sa conviction. La voix de Nicola est toujours là, entre deux tons, deux élans, deux souffles, intimiste ou volcanique.

Basse, piano, guitare et batterie survoltés en support, sa prestation a tenu la distance. Bien des jeunes groupes d'aujourd'hui auraient eu bon de traîner hier soir du côté du cours Ju pour une leçon.

Entre tubes de toujours et morceaux plus récents, Nico, allure d'éternel ado, a prouvé qu'il avait grandi, mûri. Les orchestrations sont résolument rock - on pense souvent, surtout au début, à Noir Désir ou aux autres pionners que furent Téléphone - et vont même jusqu'à des intros technoïdes du plus bel acabit. Sans oublier les indispensables respirations douces, romantiques, langoureuses.

S'ouvrant sur une "terre de feu", le concert a égrainé la nostalgie, à coups de Bons baisers de partout, Trois nuits par semaine, l'occasion d'une résurgence pogo dans les premiers rangs.

Indochine parle de sexe? Oui mais c'est en douceur. Impossible alors de dire Oublie-moi, tant on se demande pourquoi une si longue éclipse pour un soleil si radieux.

Continuant sa Belle histoire, Nicola livre des poignées de mains fraternelles auxquelles répondent des ondulations tout aussi chaleureuses. Reprenant avec aplomb et mélancolie Mes regrets de Polnareff, Indochine enchaîne avec un 3e sexe pour chavirer encore plus, bouffée de chaleur humaine embrassant, embrasant le parterre.

Un groupe Unisexe, sage comme des images, à l'image d'une pause eau minérale partagée avec ceux de devant. Enchaînement plus vif "pour sauter un peu", harmonica du Baiser et stromboscopes pour Des fleurs pour Salinger.

Sans s'en rendre compte, on atteint déjà l'heure des rappels. Ils seront à la hauteur des salves précédentes, bordées de Canary Bay, Monte Cristo et bien sûr L'aventurier, point culminant de ce Jour dans notre vie. Installé, là, aux creux du cerveau, pour l'éternité. Encore merci, Nico, "héros de tous les temps".