Nicola Premier

En enregistrant un album de reprises très personnelles, le chanteur d'Indochine évite la simple anecdote sur un chemin pavé de hits.

Tous les artistes rêvent de reconnaissance et de succès planétaire. Mais, à l'exception de quelques égoïstes parfois talentueux, ils avouent aussi une passion inextinguible pour les chansonnettes de leurs pairs. De l'éphémère hommage scénique au choix mûrement réfléchi d'un album entier consacré aux interprétations de classiques, les plus grands succombent aussi à la tentation.

Dès 1974, Bryan Ferry, encore chanteur de Roxy Music, adaptait ainsi des titres empruntés au répertoire de Bob Dylan et de Lesley Gore sur l'album "These Foolish Things". De Tina Turner à Joe Cocker en passant par Robert Palmer, certains autres ont construit leur réputation sur leur habileté à s'approprier des compositions empruntées à d'autres. Et chacun, du plus obscur ou plus célèbre, a un jour gratouilllé les accords d'une chanson des Beatles ou des Rolling Stones...

PAS UNE COPIE CONFORME

Alors qu'Indochine fêtait dignement ses dix années d'existence avec deux concerts en Wallonie, Nicola Sirkis remisait ses tics vocaux et se lançait avec enthousiasme dans une aventure qui étonne encore ses détracteurs. Longtemps reporté, l'album "Dans la lune..." nous invite à découvrir ses goûts très diversifiés en matière de musique.

PARI RISQUÉ

Loin de se contenter de simples copies respectueuses et coincées, Nicola s'amuse à triturer les mélodies (comme "Play With Fire" des Stones), à butiner hors des sentiers battus (Elli & Jacno face à Springsteen) sans hésiter non plus à plaquer des textes français surprenants sur "The Jackson Song" de Patti Smith ou "Brand New Life" des méconnus Young Marble Giants.

"Lorsque j'habitais encore en Belgique, dans les années 70, je passais des heures à écouter les radios pirates hollandaises qui diffusaient du rock à longueur de journée. Cette période de ma vie m'a beaucoup influencé. J'ai appris à aimer beaucoup de musique très différentes".

Accompagné notamment par Stephen Irvine, le batteur de Lloyd Cole, et Mark Bedford, bassiste de Madness, Nicola a également voulu s'offrir une tranche de plaisir un peu égoïste. Comme les miracles se produisent parfois ailleurs qu'à Lourdes, le résultat nous épate également. "J'avais quatre mois de libre pendant que Stéphane et Dominik (ses comparses au sein d'Indochine) biberonnaient. J'avais donc du temps pour ce projet un peu fou qui me tenait à coeur et je m'y suis lancé tête baissée.

J'ignorais même qu'une maison de disques accepterait de distribuer! Par contre, je savais que le pari était risqué non seulement parce que personne n'a jamais osé se lancer dans un tel projet en France mais aussi parce que j'offrais aux critiques les armes pour m'assassiner. On ne touche pas impunément aux Stones ou à Springsteen!". Surtout quand on s'appelle Nicola Sirkis et qu'on chante avec Indochine...