Nicola Sirkis : "Indochine, c'est moi!"
Le 31 juillet '94, Indochine
triomphait sur les planches des Francopholies de Spa devant un
public hystérique et ravi. En coulisse, quelques-uns savaient
pourtant, ce soir-là, que le groupe jouait la dernière scène d'un
premier acte, Interview en prélude à l'acte II.
Après le concert, Dominique Nicolas, pourtant soulagé, cachait mal son embarras : "Voilà, ça y est, c'est fini. C'était mon dernier concert avec Indochine. Je quitte le groupe, je quitte la musique,... ma nouvelle vie est ailleurs."
Autour de Nicola sirkis flottait un drôle de sentiment de gâchis. Les conséquences de la décision de Dominique, responsable des mélodies assasines d'Indochine, ne ressemblaient en rien à celles qui ont succédé au départ de Dimitri en '89. Cette fois, amputé d'un membre vital, Indochine devait choisir entre survivre et disparaître. Après des mois de doutes et de découragements, c'est la première solution que Nicola a choisie.
Continuer ou non Indochine, avais-tu réellement le choix?
Nicola Sirkis. - Indochine, c'est toute ma vie. Il y a eu des hauts et des bas, mais toujours des moments forts. Je n'ai pas pu me résoudre à tirer un trait sur tout ça. Je respecte la décision de Dominique, mais ce n'est pas la mienne. Il voulait arrêter depuis longtemps. Je devais le remotiver chaque jour. On était arrivés à un point de non-retour, il était préférable qu'il s'en aille selon sa volonté.
J'en avais assez de travailler avec des gens qui n'avaient pas envie de bosser. Finalement, aujourd'hui, c'est plus simple. Je compare Indochine à une voiture qui roule sur une autoroute. C'est moi qui conduis la bagnole et qui décide de la vitesse et du trajet. En route, je peux prendre des gens à bord et faire un bout de chemin avec eux. Mais je ne veux plus de passagers qui alourdissent la voiture et qui ralentissent le convoi.
Comment as-tu résolu l'absence de Dominique, considéré comme le musicien du groupe?
N.S. - J'ai auditionné pas mal de guitaristes. Finalement, j'ai décidé de faire équipe avec Alex Azaria. Il a fait partie du Cri De La Mouche, il était en rupture de groupe et cherchait un équipier pour écrire des chansons. L'offre et la demande se sont rencontrées naturellement.
Dans tes recherches, tu avais même envisagé de travailler avec l'ancien guitariste de Suede, Bernard Butler.
N.S. - Oui, et on s'est vus plusieurs fois à Londres. Il avait écouté nos disques, son album favori est le "3", et il voulait tenter quelque chose avec moi. Mais il est définitivement trop compliqué. Même le duo McAlmount/Butler dans lequel il s'est beaucoup investi est un échec. Il ne sait pas ce qu'il veut, change tout le temps d'avis.
De mon côté, j'avais eu ma dose d'états d'âme et de prises de tête. Il a intérêt à fonder rapidement son propre groupe. Mais nous sommes toujours en contact et il n'est pas exclu qu'il joue sur le prochain album d'Indochine. On enregistre dans une semaine et il sortira en septembre. On va assurer la production nous-mêmes, Dave Bascombe (Depeche Mode, Tears for Fears, Axel Bauer) s'occupera du mixage.
L'acte II, comme tu l'appelles, s'est ouvert avec la compile "Unita" et le nouveau titre Kissing my song qui est plus proche de ton album solo ("Dans la lune") que des standards d'Indochine.
N.S. - On me l'a dit! Peut-être faut-il en conclure que désormais, Indochine, c'est moi. Avec une liberté totale de mouvements.
N'était-ce alors le bon moment pour envisager tout simplement d'entamer une carrière solo?
N.S. - Non. Regarde des groupes comme Cure ou Depeche Mode. Ils ne ressemblent plus à ce qu'ils étaient mais leurs noms restent un étendard, un état d'esprit à perpétuer. Indochine est un héritage et je veux en assumer tous les aspects : les bénéfices comme les dettes. Et puis, écrire pour un groupe est un exercice qui me plaît davantage que d'écrire en solo. Peut-être par pudeur... Ce qui n'exclut pas d'autres disques solos.
Qui est la fille qui apparaît sur les pochettes des deux compilations qui viennent de sortir?
N.S. - Gwanaëlle, une fan que j'ai rencontrée sur la tournée. Déjà sur le "Birthday Album", je voulais mettre deux fans en couverture mais la maison de disque a refusé. Elles se sont retrouvées au dos de la pochette. Cette fille représente la nouvelle génération du public d'Indochine.
Des gens qui aiment Oasis ou Elastica et qui n'étaient que des bébés quand on chantait L'Aventurier. La presse nous en a mis plein la gueule et nous avons toujours été repêchés par nos fans. Je voulais leur rendre un hommage.
Elle a été payée?
N.S. - Rubis sur l'ongle au tarif mannequin!