Un retour miraculeux
Nicolas
Sirkis, l'éternel adolescent de 43 ans, est apparu sur la scène
du Spectrum vendredi soir plus en forme que jamais. Et le groupe
Indochine remet ça demain soir...
Il y a tout juste six mois, on ne donnait pas cher de la peau d'Indochine, un rare rescapé (avec les Rita Mitsouko ou Noir Désir) de la pop française des années 1980. Et aucun indice ne laissait présager que le groupe allait offrir l'un des spectacles les plus délicieux de l'année.
Après la mort du guitariste Stéphane Sirkis (jumeau du chanteur Nicola) en 1999, la défection de tous les membres originaux et trois albums plutôt convenus, Indochine était branché au respirateur artificiel. Surprise : il a rebondi ce printemps avec Paradize, son dixième disque, le meilleur depuis des lustres.
Après cinq ans d'absence, Indochine était finalement de retour à Montréal pour présenter ses nouvelles compositions. Honnêtement, on est arrivé au Spectrum vendredi soir avec le même scepticisme qu'avant la première écoute de Paradize. Se pourrait-il vraiment qu'Indochine puisse soulever des foules après tout ce temps? Encore une fois, le miracle s'est produit: Nicola Sirkis, l'éternel adolescent de 43 ans, est apparu sur scène plus en forme que jamais pour une très généreuse prestation de deux heures.
Dès les premières notes à saveur new wave de Paradize, c'était l'hystérie collective. En fait, tout au long de la soirée, on était replongé 15 ans en arrière tellement l'enthousiasme était contagieux. Comme si les spectateurs étaient tous revenus à l'adolescence, au moment où ils dévoraient frénétiquement Les Tzars ou Canary Bay. L'ambiance au Spectrum était aussi électrisante qu'à la fin des années 1980, pendant l'âge d'or du groupe, quand il avait rempli de jeunes filles hystériques le centre Paul-Sauvé. Quinze ans plus tard, tout le monde a vieilli, bien sûr, mais l'ascendant d'Indochine semble toujours aussi fort.
Avec son mélange de chansons de Paradize et de grands succès, dont un puissant medley de cinq pièces, Indochine a mis le public dans sa petite poche. En allant chercher des musiciens à l'affût des nouvelles tendances, qui s'abreuvent de Marilyn Manson, de Nine Inch Nails ou de Placebo, Nicola Sirkis a renouvelé le son du groupe, sans perdre pour autant ce qui faisait son charme autrefois. Frayant avec un rock plus agressif, Indochine a ajouté un aplomb qu'on ne lui connaissait pas. Mais il a gardé également son côté adolescent, très lolita, ce qui lui permet de faire un pont avec tous ceux qui ne sont peut-être pas à l'aise avec la nouvelle direction musicale.
Les vieux succès du groupe ont aussi subi une cure de rajeunissement très réussie. Grâce à des versions plus mordantes, des pièces comme Trois nuits par semaine, L'Aventurier et Kao-Bang n'ont pas pris une ride, même si elles ont été écrites il y a presque 20 ans. Le plus beau moment? Au troisième rappel, Nicola Sirkis est revenu sur scène pour nous balancer une reprise piano-voix de Tes yeux noirs. Le public a chanté en choeur toutes les paroles, on en était quitte pour une bonne chair de poule.
Parmi les petits bémols de la soirée, notons quand même une sonorisation approximative, où l'on perdait souvent la voix de Nicola Sirkis; et une baisse de régime en milieu de spectacle, lorsque le groupe a offert des pièces plus calmes de Paradize. Il a fallu l'harmonica de Punishment Park pour nous sortir de ce moment de torpeur. On aurait aimé entendre également les superbes Un singe en hiver et Le Grand Secret, tirées du dernier album. Mais tout cela n'a pas du tout entaché notre plaisir.
Dans une entrevue qu'il a accordée récemment, Nicola Sirkis a avoué qu'il aimerait peut-être mettre fin à l'aventure d'Indochine pour se consacrer à sa carrière de romancier. Il aurait peur de trop presser le citron. Après cette prestation au Spectrum, on peut le rassurer : son groupe a encore un bel avenir devant lui. Qui l'aurait cru?
Indochine sera de retour au Spectrum, lundi soir, à 20h. Infos: 514 790-1245.