Retour d'Indochine

Indochine : Le 3e bras...

Nicola Sirkis et son groupe ont survécu au temps et aux moqueries pour revenir en force cette année. Comment? Pourquoi? Entrevue avec un survivant.

Après 21 ans, Indochine continue à vendre des disques et à attirer les spectateurs : quand même assez impressionnant, pour un groupe qui a passé la majeure partie de son existence à subir les railleries et une froideur critique indéniable.

Encore plus étonnant quand on sait que la bande de Nicola Sirkis a subi une série de coups durs qui auraient pu lui donner le coup de grâce : les départs successifs de Dimitri Bodianski et de Dominique Nicolas, principal compositeur du groupe, puis la mort du frère jumeau de Nicola, Stéphane, en 1999.

Mais après une éclipse médiatique au cours des années 90, Indochine est revenu en force cette année avec Paradize, certifié platine en France. Un album intéressant qui, sans rien révolutionner, l'a ramené parmi les groupes les plus populaires de la francophonie.

Comment expliques-tu le succès de votre dernier album?

C'est le public qui l'a imposé. Son lobbying a été plus puissant que les médias. Je crois que les gens ont besoin de sincérité qui se dégage de notre musique. Il faut dire aussi qu'Indochine a maintenant plusieurs générations de fans. Chaque fois qu'un album sort, ça séduit des gens plus jeunes qui ne nous connaissaient pas.

Ce succès a dû être un baume, après une période difficile?

Oui. Mais je n'ai jamais arrêté le groupe. J'ai continué à donner des concerts envers et contre tous. C'est ce rapport avec le public qui m'a permis de continuer à avoir la foi et de sauvegarder le groupe.

Qu'écouterais-tu si tu avais 15 ans?

Sum 41, je pense! Sinon, j'écouterais les groupes que j'aime en ce moment : The Vines, Queens of the Stone Age, Smashing Pumpkins, Marilyn Manson, Placebo... La plupart des jeunes aiment le rap et les boy bands, mais dans une classe il y en a toujours cinq ou six qui aiment le rock.

La chanson Le grand secret est une collaboration avec Melissa Auf Der Maur. Comment ça s'est passé?

C'était un état de grâce, une sorte de magie. Quand on l'a contactée, on ne savait pas qu'elle était de Montréal, qu'elle parlait français et qu'elle connaissait Indochine. Elle m'a même remercié d'avoir pensé à elle! D'ailleurs, on va peut-être avoir une surprise lors de l'un de nos spectacles...

Le gros retour en vogue de la musique des années 80, tu en penses quoi?

Il y a un revival un peu caricatural, comme avec Ladytron, par exemple, qui fait avec les années 80 ce que Lenny Kravitz fait avec les années 70. Par contre, il y a des groupes qui s'en sortent beaucoup mieux, comme Death In Vegas. Ce qui est drôle, c'est qu'à l'époque, on nous a craché dessus parce qu'on utilisait des synthés, des boîtes à rythmes. La techno a fait beaucoup de bien à ce niveau-là.

L'héritage d'Indochine, c'est quoi?

Depuis deux ou trois ans, il y a beaucoup de nouveaux groupes français qui se revendiquent de nous, alors qu'avant on était le groupe à détester. Il se passe quelque chose. Il y a même un album hommage qui est en train de se faire. Il était temps, je trouve. Indochine, c'était un vilain petit canard, mais il y a des gens qui ont été touchés par ça, et maintenant ils n'ont plus honte de le dire.

Indochine, c'est une aventure qui tire à sa fin?

C'est plus proche de la fin que du début, évidemment. On a fait le tour de toutes les questions qu'on se posait et là, j'ai vraiment envie de passer à autre chose, mais toujours dans le cadre d'Indochine.

Comment décrirais-tu ton état d'esprit, à 43 ans?

Des fois, ça me fait paniquer, des fois je me sens bien. Je ne me sens ni super bien ni super mal. Je garde un oeil sur la guitare, un autre sur la bagarre...

Indochine
Spectrum
Ven. 4 et lun. 7 oct. 20h. 35$+tx/fs
Info : 861-5851