L'étonnant retour d'Indochine
Le dernier album de Nicola Sirkis et ses
nouveaux amis d'Indochine arrive ici porté par une rumeur
positive. En moins de deux mois, Paradize se serait écoulé
à 140.000 exemplaires en Europe.
Indochine est de retour. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on ne l'a pas vu venir, ce coup-là. En faisait un effort de mémoire, on se rappelle avoir vite écouté et vite oublié Dancetaria, il y a trois ans. Quant à Wax, sorti en 1996, aucune trace. La surprise provoquée par Paradize n'en est que plus grande.
Dans les bacs depuis le 23 avril, le dernier album de Nicola Sirkis et ses nouveaux amis arrive de notre côté de la grande flaque porté par une rumeur positive qui fait qu'on parle de "renaissance" et de "résurrection". Confiné à un cercle d'initiés depuis plusieurs années, Indochine renoue même avec le succès populaire.
En moins de deux mois, Paradize se serait écoulé à 140.000 exemplaires en Europe. Sans doute cela jette-t-il un baume sur les plaies de Nicola Sirkis, éprouvé à plus d'une reprise depuis qu'on a cessé d'entendre l'écho de L'Aventurier, Tes yeux noirs, Le 3e Sexe et ses autres tubes des années 1980.
Capitaine d'un navire à la dérive, il a vu partir Dimitri Bodiansky et Dominique Nicolas (principal compositeur du groupe) et assisté, impuissant, à la foudroyante maladie qui a emporté son frère jumeau, Stéphane, qui tenait les claviers. Personne ne donnait très cher de la peau d'Indochine après tout ça.
Et pourtant, Nicola Sirkis s'est remis au boulot tout en se faisant aider par une quantité surprenante de collaborateurs : les romancières Camille Laurens et Ann Scott, Jean-Louis Murat (qui lui a donné la belle Un singe en hiver) et Mickaël Furnon (Mickey 3D). Derrière la console, Phil Delire (Noir Désir, Bashung) et Oli de Sat (coauteur de plusieurs chansons).
Côté références et influences, Indochine ne se refait pas. Paradize a d'ailleurs été mixé par Gareth Jones, qui a travaillé sur Exciter, dernier album de Depeche Mode. Nicola Sirkis, lui, n'a pas changé d'un iota. Une manière rigide et un ton plaintif reconnaissable entre mille. La différence, c'est qu'il s'est mis à faire plus de bruit. Désormais, c'est sur un fond de guitares crades qu'il explore ses thèmes de prédilection : amour romantique, sexe et androgynie.
"On a lâché les décibels, consent le chanteur, en vidéoconférence depuis Paris. Je voulais un album influencé par la britpop et qui rende hommage à nos 20 ans de musique." Ce n'est évidemment pas un hasard si on croise les spectres de Depeche Mode, Cure, Placebo, Smashing Pumpkins, Marilyn Manson ou Nine Inch Nails dans sa nouvelle mouture d'électro-rock à tendance glam.
Les visions paradisiaques de Nicola Sirkis prennent des teintes plutôt sombres. "J'attends comme la fin du monde et je ne sais pas combien de temps ça prendra", écrit-il dans Electrastar ou encore "La vie est sale, sous ses étoiles" dans Mao Boy.
Sans la mort de son frère, le disque aurait-il été aussi sombre? "Je pense qu'il aurait été de la même facture, répond le principal intéressé. L'album est un peu sombre, mais le monde l'est. Mais je pense que c'est aussi un album optimiste, dans Marilyn, je dis aussi que je veux vivre encore plus fort." En effet, les nuages rouges et noirs de Paradize sont percés de quelques éclats lumineux.
J'ai demandé à la lune, ballade cendrée et apaisante qui fera craquer les adolescentes. Et puis, Le Grand Secret, en duo avec Melissa Auf Der Maur, bassiste montréalaise vue chez Hole et Smashing Pumpkins. "Elle a ce petit accent anglophone à la Jane Birkin, très charmant", commente le chanteur, qui a été surpris d'apprendre qu'elle avait grandi à Montréal et qu'elle connaissait bien Indochine.
Nicola Sirkis le dit sans le dire : Paradize est le dernier chapitre de l'histoire d'Indochine. Malgré la tournée (qui passera par Montréal à l'automne ou à l'hiver et non pas dans le cadre des FrancoFolies), il pense déjà à la prochaine étape. Quoi qu'il fasse, il y aura eu une cassure.
"En ce moment, chaque concert me donne envie de continuer, assure-t-il. Après la tournée, j'aurai 43 ans. Il va falloir que je me regarde dans la glace et que je voie si je suis encore crédible."
Son incursion dans le monde du livre avec la publication d'un recueil de nouvelles, en 1998, lui offre une séduisante échappatoire. "Quand je serai vieux et impotent, je préférerai écrire des livres plutôt que de passer dans les émissions où on invite les vieux chanteurs à raconter leurs souvenirs."