Le paradis morbide d'Indochine
Nicola Sirkis, dernier membre de la première
heure d'Indochine, livre un bijou avec Paradize.
Il y a des groupes dont la survie tient presque du miracle. Indochine a eu plusieurs vies et presque autant de morts annoncées. Vu sous cet angle, Paradize, le dernier-né, pourrait autant être le point final de l'aventure que le début d'un renouveau.
Sur l'écran de télévision qui nous fait face, pour les besoins de la conférence vidéo, Nicola Sirkis est des plus décontractés.
S'il patauge un peu pour expliquer l'invraisemblable imbroglio de dates entre le festival de Nyon (Suisse) et les FrancoFolies de Montréal - qui a mené à son retrait des Francos -, il est limpide quant à sa musique et son orientation après le décès de son frère jumeau Stéphane, en 1999, des suites d'une hépatite.
"Indochine aurait pu mourir à ce moment, dit-il. Comme il aurait pu disparaître au départ de Dominique (Nicolas en 1993), ou en raison des emmerdes avec BMG, tant chez nous que chez vous. Après la disparition brutale de mon frère, tout aurait pu être remis en question.
"Mais sa mort n'a pas rendu ce disque plus noir ou plus sombre. Il l'aurait été tout autant."
Trilogie
Selon Sirkis, Paradize est la fin de la trilogie entamée avec Wax (1996) et Dancetaria (1999). Le premier s'abreuvait des influences des groupes anglais des années 90, le second était d'inspiration fortement gothique. Paradize se veut un peu la somme des deux, sans renier la touche classique d'Indochine.
"Regardez aussi les pochettes, dit Sirkis. Wax représente l'adolescence, Dancetaria a un côté charnel et Paradize, c'est la nativité."
Paradize, c'est surtout un fichu de bon disque avec la participation de la Montréalaise Melissa Auf Der Maur sur Le Grand Secret; des titres béton comme Dunkerque, Punker et Marilyn qui se réclament d'une sonorité très contemporaine. De Marylin Manson à Nine Inch Nails en passant par les Pumpkins, dont faisait partie Auf Der Maur naguère, Indochine fait dans le lourd.
"J'avais vu Melissa dans les vidéos de Hole et des Smashing Pumpkins et je voulais faire un duo avec elle. Je ne savais même pas qu'elle parlait français. On a eu du bol."
La dernière chanson du disque, Un singe en hiver, se veut une magnifique ballade de Jean-Louis Murat qui fait un peu beaucoup le bilan d'Indochine. Pour citer Plastic Bertrand : on arrête ou on continue?
"Aucune idée, dit Sirkis. On va défendre ce disque durant 18 mois encore et j'aurai peut-être envie de continuer. Quand on aura fini cette tournée, j'aurai 43 ans. Il sera temps de me regarder dans un miroir et de voir si je suis toujours crédible. Renouveau ou fin du groupe? Tout est possible."