L'adolescence éternelle
Entrevue avec Nicolas Sirkis d'Indochine
Indochine : trois garçons dans le vent.
L'adolescence éternelle, on y croit quand on écoute la musique d'Indochine.
À la mi-trentaine, les trois musiciens parisiens font toujours de la pure musique d'ados.
Verts propos portés par la voix ingénue de Nicolas Sirkis, mélodies candides, tempos techno-rock sur lesquels on peut aisément se trémousser.
On ne les blâmera pas de refuser de mûrir; la formule les tient au panthéon des teen idols depuis plus de dix ans.
Au début des années 80, alors que Depeche Mode et The Cure confirment une fois de plus la suprématie de l'Empire Britannique sur la planète rock, Indochine propose une techno-pop accrocheuse, en français s'il vous plaît.
Rappelez-vous L'Aventurier, Kao Bang et Le Péril Jaune; fantasmes d'Orient sur des chansons en bande dessinée.
"À cette époque, le rock était devenu une musique pour adultes, se rappelle Sirkis. Les jeunes ne se sentaient pas concernés par le rock. Nous avons fait revenir les teenagers dans les concerts de rock."
Et ils sont venus en grand nombre. Autour de 1985, véritable indochimania en Hexagone. Manie qui se propage jusqu'en Scandinavie et au Pérou, où ils vendent plus de disques que... Madonna!
"Les groupes américains et britanniques ne passaient plus par le Pérou, à cause de la situation politique. Il n'y avait pas assez de fric à prendre au Pérou, en Bolivie et en Colombie.
Nos disques se vendaient bien et nous avons décidé de nous arrêter par là lors d'une tournée. Nous avons eu beaucoup de problèmes.
Trouvant louche que nous fassions des concerts sans toucher d'argent, la police nous a surveillé constamment. Alors nous n'avons pas vraiment envie d'y retourner.
Mais à cause d'une chanson sur le Pérou sur notre dernier album, nous sommes de nouveau numéro un sur les palmarès là-bas."
Ce qui n'est pas le cas en France ou au Québec. Un jour dans notre vie, album paru au printemps dernier, ne semble pas susciter le même enthousiasme de la part du public.
Alors que Nicolas Sirkis et sa bande se gavent sans doute d'un quelconque élixir de jeunesse, leurs fans teenagers ont inexorablement vieilli. Il faut alors courtiser une nouvelle génération.
"Avec Le Baiser (album paru en 1990), un nouveau public a découvert Indochine. Nous en sommes très fiers. Nous avons réussi à toucher deux générations, malgré la route remplie d'embûches... "
Et la plus grosse embuscade, c'est la presse française, qui croit qu'Indochine a fait son temps. Ce qui n'empêche surtout pas le trio de persister.
Et de toujours faire flancher le coeur des adolescentes, comme le démontre la nouvelle tournée qui dure depuis cinq mois. "Malgré les médias, le show marche très bien en France. Notre show est très énergique et mystique."
Mystique?! "Oui, mystique à cause de la communion entre le public et l'artiste. C'est une forme de transe."
Peut-être pourra-t-on sentir cet état médiumnique sur le prochain disque d'Indochine. Un live.
Et le concert montréalais de demain sera peut-être enregistré. Et pourquoi faire, un album live? "Pour montrer qu'entre le public et Indochine, ça va."
INDOCHINE
Demain soir 22h, au Spectrum de Montréal