Bons baisers d'Indochine
C'est leur cinquième album et le moins qu'on puisse
dire, c'est qu'ils ont été encore plus loin que tout ce qu'ils
avaient tenté auparavant.
Ce quatuor de musiciens français devenu trio pour des raisons que l'on expliquera plus loin n'a pas hésité à sortir des sentiers battus, tant au niveaux des textes, des sonorités, que de l'écriture elle-même.
En ces temps troubles où la facilité a vite fait de prendre le dessus, on ne peut qu'apprécier cette dernière parution de l'un des groupes majeurs de l'histoire de la musique rock francophone.
On est d'abord tenté de demander ce qu'une formation qui a connu tant de succès peut souhaiter de plus. À ce sujet, Stéphane répond : "C'est déjà tellement génial d'avoir travaillé neuf années ensemble et qu'en plus ça ait bien marché...
Tout ce qu'on sait, c'est qu'on ne veut pas faire quinze ans de musique. C'est probablement les deux dernières années d'existence d'Indochine et je ne crois pas qu'il y ait des projets solo dans l'air.
On essaie de ne pas regarder vers le futur, je crois que le but a été atteint. On a prouvé être capable de tenir dix ans en faisant ce qu'on voulait et sans se faire imposer quoique ce soit. Je crois qu'on en est tous rendus à vouloir passer à autre chose..."
À ce stade, il est bien évident qu'on brûle de savoir ce qui peut bien motiver les gars d'Indochine à vouloir faire autre chose que ce qu'ils ont déjà fort bien réussi, la musique.
Stéphane poursuit : "Je ne sais pas encore ce que je vais faire après le groupe, sûrement des choses différentes, peut-être même plus de musique. En fait, je me sens pas particulièrement attiré par un autre médium. J'aime bien le cinéma et tout ça, mais je crois que ce à quoi j'aspire le plus c'est une vie normale.
La vie qu'on avait avant. Aujourd'hui, je trouve que le métier que je fais est assez stressant, cela dit bien entendu sans dramatiser. Il faut pas croire que je suis en train de me plaindre. Non, en fait, j'ai envie de faire autre chose."
Et le Québec dans tout ça?
"À la limite, on se sent plus chez nous ici qu'en France. Là-bas, on a été la cible des médias, sous prétexte qu'Indochine n'est plus à la mode, ce qui est complètement stupide. Pour notre part, on essaie pas d'être à la mode, on est sincère et on fait de la musique, c'est tout.
Heureusement, nos fans ne croient pas toujours ce qui s'écrit. Comme ici par exemple, on trouve que les gens sont beaucoup plus tolérants qu'en France, beaucoup plus ouverts aussi, moins pris dans les couloirs des tendances", confie Stéphane.
Celui-ci n'est pas très bavard lorsqu'il s'agit de parler de leur vie privée. La seule chose qu'il précise, c'est la raison pour laquelle Dimitri a quitté le groupe. En effet, l'ancien saxophoniste du groupe a eu un enfant et la vie de rock-star lui convenait de moins en moins.
Autant dire que les gens se sont quittés en très bon terme puisque Dimitri pourrait éventuellement venir les accompagner en spectacle. Pour ce qui est des autres membres, la seule chose que l'on sait, c'est qu'ils ne vivent pas seuls.
On peut considérer Indochine comme étant une formation internationale. Le succès qu'ils ont remporté par exemple en Amérique du Sud et plus particulièrement au Pérou prouve bien qu'un groupe francophone peut s'exporter à l'étranger.
Stéphane explique : "Nous avons joué au Pérou devant plus de 45 000 personnes. Nos disques ont bénéficié d'une sortie dans divers pays comme l'Allemagne, l'Espagne, presque tous les pays d'Amérique du Sud, et bien évidemment le Canada.
On nous a demandé de chanter en anglais pour que notre disque puisse sortir sur le marché anglophone, mais on a refusé. La langue française a des subtilités bien plus intéressantes que l'anglais.
En plus, nous, on a toujours chanté en français, on a pas vraiment envie de chanter en anglais parce que ça fait bien."
Sur "Le baiser", on retrouve quelques allusions à certaines préoccupations contemporaines. Cela ne semble cependant pas le cheval de bataille du groupe.
"On fait de la musique, pas de la politique," déclare Stéphane. En fait, les références extérieures que l'on retrouve sur le disque vont beaucoup plus dans le sens d'influences littéraires ou artistiques propres à Nicolas, qui écrit la plupart des textes.
Le trio est bien conscient d'un certain retour à une sonorité acoustique. Ainsi, on remarquera dans la production une utilisation moins massive des synthétiseurs (à l'exception de vieux modèles tels que le Moog et le Prophet).
De même, à la place des boîtes à rythme, le groupe a choisi l'énergie de Martin Hanlin (The Silencers), qui, soit dit en passant, ne voulait plus quitté le groupe, ni d'ailleurs le soleil du Studio Compass Point aux Bahamas où Indochine a mixé "Le baiser".
Avec toute la maturité acquise au cours des dix dernières années, ce grand groupe français vient de signer un album plein de climats et d'ambiance, sans pour autant négliger l'énergie qui nous avait donné des pièces comme "L'aventurier", "3e sexe" ou "Tes yeux noirs".
Il reste maintenant à espérer que cet album ne soit pas un baiser d'adieu.