Radio Indochine

Indochine, BMG-Québec

Ce fut tout un show. Vécu comme un rappel de la première chanson à la dernière. Une sorte de célébration joyeusement délirante où les gars d'Indochine et leur public frétillaient littéralement d'excitation, renouant avec les tubes comme s'il était agi des quatre cents coups d'une bande de copains, de Canary Bay à Des fleurs pour Salinger.

Il fallait être là pour le constater et, par un heureux concours de circonstances qui m'amenait aux Francofolies de Spa la semaine où, justement, Nicola Sirkis et ses potes avaient décidé d'enregistrer le deuxième album live de leur déjà longue petite histoire, j'étais bel et bien là le 31 juillet dernier, dans la moiteur de la nuit belge, d'abord attiré, en toute honnêteté, par le dernier show de la tournée de Stephen Eicher, qui suivait au programme.

Remarquez, j'aurais pu me pointer plus tard et me tremper de nouveau la carcasse dans le bienfaiteur bain carbo-gazeux gracieusement offert par le syndicat d'initiative de la ville d'eaux. Mais voilà, j'étais curieux de voir ce qu'Indochine pouvait donner à un public de fans européens, d'autant plus que j'allais rencontrer le groupe à Montréal deux semaines plus tard : beau point de comparaison en perspective. Bain de foule, donc. Tout aussi galvanisant.

Cela dit, je m'étais, jusque-là, toujours tenu à distance sécuritaire de ces gamins radioactifs. Leur techno-rock des années quatre-vingt, certes accrocheur, m'irritait : trop de leurs succès tournaient autour de la même note (le la universel, probablement), inlassablement répétée et bêtement redoublée par le clavier et la voix - monocorde, et presque toujours un chouïa en dessous du ton - de Sirkis. Poussée d'acné juvénile avais-je jugé. Du yéyé synthétique.

C'était avant de comprendre, dans l'ambiance survoltée de Spa (fidèlement captée sur l'album : la foule était là, on l'entend, on la sent), qu'il y a une bonne dose de plaisir à prendre là-dedans, pour peu que l'on cesse pendant une heure trente de résister à la contagion. Comme quoi celui qui scande Trois nuits par semaine à l'unisson avec Sirkis est un spectateur plus heureux que celui qui, observant le phénomène, relève d'abord la faiblesse du texte.

De toute façon, au spectacle d'Indochine, les textes ne sont plus des textes, mais des suites de phonèmes à entonner. Il y a des milliards de chansons faciles que l'on ne voudrait pas fredonner, même sous la menace (C'est la vie d'Emerson Lake & Palmer, par exemple). Celles d'Indochine, faites l'essai, se chantent toutes seules. Même l'énervant Troisième sexe : "On se prend la main / Une fille au masculin / Un garçon au féminin". S'amuser en chantant des âneries, c'est quand même s'amuser.

Je ne mettrai pas à la recherche des vieux albums d'Indochine pour autant. Mais je ne suis pas mécontent, et vous ne le serez pas non plus, de détenir ce Radio Indochine qui, joué très fort, nous dégourdira et nous sortira l'ours de la tanière en moins de temps qu'il ne faut dire : l'hiver est fini!