Indochine : La bande des 4

Quand on entend ce nom, on a en tête une région du monde connue pour son exotisme et son histoire agitée, mais pour de plus en plus de gens dans la francophonie, ça évoque aussi une des plus importantes forces musicales à s'exprimer dans la langue de Molière. Certains vont jusqu'à parler des Duran Duran français, à cause de l'immense popularité dont le groupe jouit chez lui. Mais la comparaison doit s'arrêter là, parce qu'Indochine, c'est différent.

L'aventure a commencé en 1981 en banlieue de Paris, quand Nicola Sirkis (chanteur, compositeur des textes et joueur de synthés), Dominik Nicolas (guitariste, bassiste, joueur de synthés et compositeur de la musique) et Dimitri Bodianski (saxophoniste) fondent leur groupe et le baptisent Indochine pour illustrer leur amour de l'exotisme et de l'action.

Stéphane Sirkis, le frère jumeau de Nicola se joint au trio rapidement et le groupe connaît des débuts triomphants avec un premier mini-album, "L'aventurier". En novembre de la même année, le groupe lance son second microsillon, "Le Péril Jaune" et fort de ce deuxième succès, entreprend une tournée en 1984. La chanson "Kao Bang" commence à tourner en Allemagne, en Espagne et en Suède; plus rien ne semble empêcher Indochine de viser une carrière internationale.

En mai 1985 paraît "Indochine 3", qui sera certifié disque de Platine avec plus de 400,000 ventes, tandis que le 45 trs "3e Sexe" pulvérise des records avec 700,000 exemplaires vendus. Pour couronner le tout, le groupe se voit élu meilleur groupe français lors du référendum du magazine "Best".

Ici, Indochine n'a pas été reconnu que par une poignée d'initiés parce que ses deux premiers long-jeux n'étaient disponibles qu'en importation, mais avec "3", les choses ont changées à une vitesse fulgurante et la bande des quatres est devenue un événement dans le domaine de la musique française. Avec des titres solides comme "Canary Bay", "3 nuits par semaine" et "3e sexe", on peut être assurés de ne pas avoir affaire à un engouement passager.

De plus, Indochine a plus d'un tour dans son sac et nous mijote des surprises pas mal intéressantes. Alors, en précision d'une venue au Canada attendue par beaucoup, Wow! te présente une conversation avec Nicola Sirkis.

Au moment où j'ai rejoint Nicola à Paris, Indochine venait de fêter son cinquième anniversaire et le groupe achevait une tournée réussie à travers la France. Inutile de préciser que le moral des troupes est à son sommet ces temps-ci!

WOW! : Alors, vous n'êtes pas trop exténués après cette tournée marathon?

NICOLA : C'est le meilleur souvenir de nos cinq ans. Bien sûr que ça a été fatiguant physiquement, mais ça fait aussi tellement plaisir parce que le public nous a très bien répondu...

WOW! : Est-ce que la presse vous a supportés?

NICOLA : Oui, elle nous a beaucoup appuyé, elle a beaucoup aimé le groupe, le phénomène, mais on craint un peu que ça change, parce que dès qu'un groupe devient connu, on dirait que les gens des médias se sentent obligés de le dénigrer. Mais dans le fond, ça ne nous dérange pas. Il faudra encore faire nos preuves avec le prochain album...

WOW! : Tu peux nous en parler un peu?

NICOLA : C'est dur d'en parler parce qu'on est en train de composer. Ça va être une importante étape dans notre carrière, ça c'est sûr. Après la tournée, on devrait rentrer en studio autour de janvier ou février, mais d'ici là, on va lancer un album "Live" (qui a de bonnes chances de paraître au moment où vous lisez ces lignes).

WOW! : Dans "L'aventurier", vous faites allusion à Bob Morane, et Philippe Manoeuvre, journaliste à la revue de bandes dessinées Métal Hurlant, est reconnu pour être un de vos grands fans; ça vous plait cette association avec la bande dessinée?

NICOLA : On aime bien la bd, c'est sûr, même si c'est pas notre livre de chevet. On a bien aimé cette association entre le rock et la bd, mais "L'aventurier" et les trucs sur Bob Morane, c'était plutôt associé aux récits d'aventures. Les journalistes ont un peu trop parlé de ces liens entre nous et la bd.; ils aiment toujours trouver toutes sortes de justification à ce qu'on fait, ça devient limitatif. Avec le troisième album, on s'est détaché de tout ça.

WOW! : Quand on regarde les titres de vos chansons, on remarque souvent des allusions aux pays d'Orient, comme dans le cas de "À l'Est de Java", "Salombo au Pakistan", "K.O Bang" (un jeu de mot sur une ville au Vietnam). Pourquoi cet intérêt pour ce qui touche l'Asie?

Nicolas et Stéphane, à moins que ce ne soit Stéphane et Nicolas (?), sont comme leurs deux comparses Dominique et Dimitri des musiciens extrêmement ouverts aux rythmes des autres...

NICOLA : On a toujours aimé l'exotisme, les musiques folkloriques des autres cultures, qu'elles soient Arabes, Chinoises ou Indiennes. Dans le cas de "À l'Est de Java", c'était un concept pour notre deuxième album que de faire des petites histoires qui se passent dans ces pays d'Extrême-Orient. Les chansons qu'on retrouve sur "3", comme "3e sexe", concernent davantage les problèmes d'intolérance.

La chanson "Salombo", ça parle du respect que les gens doivent avoir pour les religions des autres pays qu'ils visitent ou où ils aimeraient vivre. Je trouve que c'est de plus en plus important ce phénomène de brassage des cultures. Et ça devient de plus en plus fort avec la technologie et les satellites. Quand on pense que chez nous on peux capter la télé russe ou canadienne, ça te donne une idée.

Le danger aujourd'hui, c'est le racisme qui revient et qui est en réaction contre tout ça. Et il y a aussi le racisme anti-jeune, dont on parle dans la chanson "3e sexe", je pense à tous ceux qui ont les cheveux longs ou sont coiffés punks et qui se font pointer du doigt. En fin de compte, je crois que c'est très important d'écouter ce que les autres cultures ont à dire.

Même au Canada, vous avez de la musique folklorique et ça va sûrement vous faire rigoler, mais derrièrement j'ai entendu Willie Lamothe et je trouvais ça spécial, quoi, ça fait cowboy, mais c'est chanté en français.

WOW! : L'intérêt que vous manifestez pour les autres cultures est payé en retour, puisque vous êtes populaires dans des pays aussi différents que la Thailande et la Suède...

NICOLA : C'est vrai, sauf qu'on n'est pas populaire là-bas comme un groupe américain peut l'être, même si en Scandinavie, ça commence à marcher plutôt bien. Mon rêve, c'est d'aller jouer à Bangkok ou à Bali, de donner des concerts de rock dans des pays où il n'y en a jamais eu, ou presque, comme en Chine, en Europe de l'est ou en Afrique. C'est là que se trouve l'avenir. D'ailleurs pour notre prochain microsillon, on aimerait bien enregistrer avec des musiciens japonais ou indiens.

WOW! : Tu me parlais de tolérance; étant donné les origines que laissent deviner vos noms, avez-vous souffert vous-mêmes de préjugés?

NICOLA : Non, pas vraiment. Notre père à moi et à Stéphane est d'origine russe, comme celui de Dimitri mais dans son cas à lui, c'est un peu différent, parce qu'étant donné qu'il est de religion juive et que les gens de sa communauté sont très fiers, il ne supporte pas les trucs comme l'antisémitisme. Ça fait drôle de le voir réagir à ces choses-là...

WOW! : Et les anglais, est-ce qu'ils s'intéressent à ce que vous faites?

NICOLA : On commence à avoir de belles réactions. On est un peu connus là-bas, mais les anglais et les américains sont toujours un peu réticents quand ce n'est pas leur langue. On ne se mettra pas à écrire des chansons dans une autre langue, c'est en français qu'on s'exprime et on sera bien heureux quand les anglais et les américains seront prêts à nous accueillir comme nous sommes.

WOW! : Quel effet ça vous fait d'apprendre qu'en France, vous êtes autant, sinon plus aimé que les groupes comme The Cure et Depeche Mode, qui sont acutuellement les plus populaires en France?

NICOLA : C'est sur que ça fait plaisir. On est près de la génération de ces groupes et on partage le même état d'esprit. Là où on se rejoint, c'est qu'on veut éviter comme eux le phénomène de vedettariat qui entoure les groupes de rock.

WOW! : Vous les avez déjà rencontrés?

NICOLA : On a déjà croisé les Cures lors d'une émission télé. Quant à Depeche Mode, on a déjà fait leur première partie. Ils sont dans leur monde musical à eux, alors forcément, ils ne savent pas trop ce qui se passe en France, mais ce n'est pas dérangeant.

WOW! : Quelles ont été vos premières influences musicales?

NICOLA : On a toujours eu des influences bien larges, on a aucune idole fétiche, on aime plein de choses depuis la musique folklorique jusqu'au rock. Ce qui nous a motivé le plus au départ, c'est le punk. La musique arabe, c'est venu avec le temps.

On écoutait souvent les radio-pirates, car c'était souvent les seuls endroits où on pouvait entendre du rock et des choses comme les Sex Pistols. Pour ce qui est de la musique française, on aimait bien Renaud, Alain Souchon, parce qu'on les sentait honnêtes, mais on n'écoutait pas les artistes de variétés. Aujourd'hui, c'est plus intéressant, il y a plein de choses qui se passent, comme Étienne Daho ou Rita Mitsouko, mais ce n'est pas encore assez...

WOW! : Allez-vous continuer votre collaboration avec Serge Gainsbourg pour vos prochains vidéos?

NICOLA : On l'a choisi pour le clip de "Tes Yeux Noirs", mais c'est aussi le premier et le dernier vidéo qu'on fera faire par un autre réalisateur que nous-même. On se sent toujours bafoué quand c'est un autre qui le fait et même si Gainsbourg a très bien saisi ce que nous voulions, il reste que le clip qu'il a fait, c'est sa vision qu'il a d'une chanson d'Indochine, c'est pas notre vision de nos chansons.

WOW! : Est-ce qu'un de vous quatre a une expérience dans les arts visuels?

NICOLA : J'ai fait un peu de photo, mais le plus important, c'est que lorsqu'on écrit, on a des images en tête, et que quand je fais une chanson, c'est comme un film que j'aurais en tête...

WOW! : C'est vous qui avez conçu la très belle pochette de votre album?

NICOLA : On a choisi un photographe qui avait déjà travaillé pour le cinéaste Fellini, parce que c'est le genre d'ambiance qu'on voulait pour notre pochette. Quand on l'a vu prendre cette photo avec la rose, on lui a dit que c'était en plein ce qu'on voulait. On a choisi le titre tout juste avant de l'imprimer, on avait pensé au départ à le baptiser "Trois Nuits par Semainefinalement on a décidé de le nommer "3" parce que ça sonne bien et c'est un chiffre qui a ", mais des significations religieuses. Et puis, c'est une belle forme.

WOW! : Quand pensez-vous revenir nous visiter?

NICOLA : Pour l'instant, notre priorité est le prochain album et nous ne pourrons malheureusement pas donner de spectacles au Canada avant l'automne prochain. C'est vraiment dommage parce que nous aimerions visiter six villes dans votre pays. Mais pendant l'enregistrement du prochain album, à Nassau, il est bien possible qu'on vienne faire une visite...

WOW! : Pourquoi à Nassau?

NICOLA : À cause des médias; c'est impossible d'enregistrer quand on est poursuivi par les journalistes, et même si on est discret, il y a toujours quelqu'un qui finit par trouver notre adresse. D'ici là, les gens pourront écouter notre album "live"...

En bien, plutôt que de partir en Indochine pour rencontrer l'exotisme, pourquoi ne pas partir avec?

SUPER-CONCOURS INDOCHINE

Non, on ne t'offre pas une paire de billets pour le Vietnam, mais bien un voyage musical en première classe avec un groupe habitué depuis quelques temps aux sommets des palmarès. Pas besoin d'avoir les yeux noirs pour apprécier "Tes Yeux Noirs" et rien n'empêche non plus d'écouter tous les jours "3 Nuits par Semaines". Si tu as envie de te prélasser à "Canary Bay" ou de rencontrer "Salombo", c'est pas compliqué; Wow! en collaboration avec les disques RCA/Ariola offrira 5 microsillons et 5 cassettes de "Indochine 3" que nous ferons tirer au hasard. Pour participer, tu n'as qu'à nous envoyer une carte postale avec ton nom, ton adresse, (incluant le code postal) et ton âge, que tu fais parvenir à : WOW! Concours Indochine/Vol. 2 no. 12, 3510 boul. St-Laurent, Suite 300, Montréal, Qué., H2X 2V2. N'oublies pas de nous spécifier si tu préfères un microsillon ou une cassette. Bonne chance à tous!