Indochine n'est pas prêt d'accrocher ses guitares
Indochine n'en a toujours
fait qu'à sa tête. Si le Birthday Album lors de son 10e
anniversaire et un album solo de Nicola Sirkis ont fait patienter
les fans, il a fallu attendre quatre ans avant que Un jour dans
notre vie apporte son lot de nouvelles chansons.
C'est bien de ne pas répondre à chaque diktat de l'industrie du disque, explique Nicola. C'est un luxe, un privilège qu'on peut maintenant se permettre. De la même façon, nous avons préféré éviter de faire une tournée après la sortie du précédent album Le Baiser.
Les trois gars d'Indochine séjournaient la semaine dernière à Montréal et venaient y présenter leur petit dernier. Cette tournée de promotion les ramène tout aussi fringants, heureux de faire connaître ici les nouvelles chansons, le ton de Un Jour dans notre vie.
Un lieu de prédilection
Pour Indochine, le Québec demeure le dernier bastion de la langue française. Pour elle, on se bat encore alors que les Français, peu méfiants face à la suprématie linguistique anglosaxonne, doivent maintenant en dernier recours élaborer des lois pour la survie du français.
Le groupe n'est jamais tombé dans le piège, qui a toujours résisté à l'illusion du bilinguisme, déplore pourtant qu'on ne lui réserve plus de temps à l'antenne à la radio.
En France, on n'en a que pour les artistes anglophones. Indochine comme plusieurs de ses compatriotes est boudé. Mais sa notoriété pallie facilement à ce manque de temps d'antenne. Selon Nicola, il y a tout lieu de s'inquiéter pour tous ceux qui poussent derrière.
"Nous avons été très aidés à nos débuts, souligne-t-il. Maintenant, on s'arrange toujours pour faire passer en première partie des jeunes groupes. Les Innocents faisaient partie d'un de nos spectacles nous sont encore très reconnaissants. Il faut que les artistes s'entraident un peu. Ici vous continuez toujours de faire du français votre cheval de bataille, il existe une tradition que les Français ont oubliée."
Après la sortie de Le Baiser, Indochine a brisé le rythme et plutôt que de partir en tournée comme il se doit, il s'est laissé porter par le quotidien, la "routine", selon l'expression de Nicola.
Après douze ans d'existence, de cohabitation, le trio d'Indochine a profité de la vie toute simple.
De 1988 à 1992, Indochine s'est tenu loin des scènes. Anachronique, il a eu envie de brouiller les pistes. "On en avait plus envie, dit-t-il. Vivre à ce rythme nous avait éloigné de nous-mêmes, de nos quotidiens. Il fallait, c'était indispensable, s'y replonger pour retrouver le goût de réaliser un nouvel album."
Un nouveau départ
Indochine fait mentir tous ceux qui lui prédisaient la séparation dès les premiers disques. Une nouvelle génération vient de rejoindre celle qui l'a vu naître et Indochine a de toute évidence encore pour un moment le vent dans les voiles.
Porté par l'envie de défendre les chansons de Le Baiser et de Un jour dans notre vie, les trois musiciens sont prêts cette fois à repartir sur la route, dans une série de concerts qui seront peut-être les derniers.
Indochine aime entretenir le doute sur son avenir, adore marginaliser ses parcours.
Cette fois, il a choisi de visiter les salles moyennes plutôt que les grands arénas, de mettre de l'accent sur les guitares plutôt que sur les instruments électriques. La contrainte technique sera du coup allégée.
Cette fois, Indochine ne veut pas de barrière entre lui et le public. Après la grande époque des synthétiseurs, Indochine revient à la dimension humaine, un son rappelant celui des années 1970.
Cette tournée le conduira dans tous les pays de la francophonie, jusqu'en Scandinavie et au Vietnam, auquel il dédie une chanson de son dernier album.
Indochine a pris un virage. Avec Le Baiser, il a fait le point, avec Un Jour dans notre vie, il persiste. Les textes sont léchés, les musiques plus humaines. Indochine n'est dorénavant plus perçu comme un groupe chantant pour les minettes. Il a convaincu, en atteignant la maturité de la trentaine, une autre génération.
Depuis, il exploite le filon, mise sur des réflexions politiques et fait éclater des évidences. Indochine se fait plus contestataire et remue les idées des bien-pensants.
"Nous savons que nous ne ferons pas de la musique jusqu'à 35 ans", disaient les membres d'Indochine il y a quatre ans. Ils prévoyaient vivre encore deux ans à ce rythme rock'n roll entre les studios d'enregistrement et les tournées.
On les verra dans le cadre des FrancoFolies au début d'août où ils enregistreront un album-live. Pour le moment, il n'est pas question de raccrocher les guitares. Bien au contraire!