Quand Nicola chante "perso"
Nicolas Sirkis d'Indochine de passage à Montréal
Nicola Sirkis du groupe Indochine a choisi le Québec
pour lancer son premier album solo. Bien qu'il ne soit pas
question de rupture avec le populaire groupe français, Sirkis réalise
un vieux rêve, celui d'interpréter ceux qu'il aime. Continuum l'a
rencontré la semaine dernière, lors de sa courte escale à
Montréal.
Cette année, Indochine a onze ans. Ses membres n'ont pas vieilli mais ont évolué. Ils ont toujours fait à leur tête et ont toujours été à l'aise de le faire. En général, ils ont bien réussi et le public leur est fidèle. Ces temps-ci, les membres du groupe français ont des intérêts ailleurs.
L'un anime à la télé, l'autre s'occupe de la carrière d'une chanteuse danoise. Quant à Nicola Sirkis, il a voulu faire cavalier seul, le temps d'un album. Il a choisi le Québec pour lancer son album qu'il qualifie non pas de solo mais de "perso" ou personnel. Voilà déjà cinq ans que l'idée germait dans sa tête et il nous livre enfin ce cadeau.
L'album Dans la lune... est d'abord et avant tout une affaire de coeur; Sirkis a choisi d'enregistrer 11 chansons qu'il écoutait lorsqu'il avait 12 ou 13 ans, à l'époque où il découvrait le rock. C'est en captant les radios pirates hollandaises qu'il peut apprécier Bruce Springsteen, George Harrison et les Stones. Mais n'allez pas croire qu'il se contente de les interpréter; il s'est entouré d'une équipe fiable afin de réarranger chaque pièce.
"Faire des reprises, c'est dangereux", explique-t-il,"soit tu les copies, soit tu les dénatures complètement. Nous, on s'est emparé des mélodies et on en a fait de nouvelles chansons. Par exemple, Mad World de Tears for Fears, très "synthé" à l'origine, devient acoustique sur l'album. On a fait des harmonies différentes avec les mêmes accords."
L'artiste
a donc créé de toutes pièces de nouvelles chansons, donnant l'impression
d'accoucher d'un album de chansons inédites. Cependant, Sirkis n'a
pas voulu jouer la carte du succès instantané en reprenant les
plus grands succès de ses idoles de jeunesse.
Ainsi, Two Faces de Bruce Springsteen, un titre méconnu mais fort valable, apparaît sur l'album aux côtés de Waterfront de David Sylvian et de Jusqu'au trou du monde de Patti Smith, dont il est un fan inconditionnel. Apparaissent aussi des titres de Young Marble Giant, Elli & Jacno et Gérard Manset, des noms peu familiers que Sirkis nous invite à découvrir à travers ses interprétations.
Cette production est différente de tout ce que Nicola Sirkis a fait auparavant avec Indochine. Il voulait prendre le temps de bien la réaliser et avoue avoir eu besoin de beaucoup d'intimité pour y parvenir. Davantage pour le plaisir que pour l'argent, Sirkis a réalisé ce rêve.
À ce sujet, en plus d'avoir choisi le Québec pour lancer son album, il est aussi le premier artiste européen d'envergure à choisir une étiquette québécoise (Trafic) pour un album à être distribué en Europe. "J'ai choisi une étiquette indépendante plutôt qu'une multi-nationale", explique-t-il. "Trafic a travaillé à la promotion d'Indochine ici, et nous avons développé une belle amitié.
De plus, les Québécois ont davantage le sens de l'analyse technique et musicale, alors que les Français s'attardent trop à l'aspect intellectuel." Doit-on le prendre comme un compliment? Sûrement, car rares sont les artistes européens à croire à ce point au potentiel des maisons de disque québécoises.
Lorsqu'on
l'interroge sur l'ampleur que pourrait prendre cette carrière
"perso", Sirkis sort ses griffes : "Je n'ai pas l'intention
de faire une carrière dans la chanson. Avec Indochine, on n'a
jamais fait de carrière, on a plutôt fait ce qu'on avait envie
de faire, on est libre.
Je voulais reproduire la même chose avec cet album." Cette première expérience solo aura-t-elle des suites? "Si je fais un autre album perso, c'est que j'en aurai envie, que je ne me serai pas posé des questions et qu'on ne m'aura pas poussé à le faire." Voilà qui confirme la nette intention de Sirkis de continuer dans la même voie, celle de la liberté.
Aucune rumeur ne peut donc être lancée sur la dissolution d'Indochine, puisque ses membres préparent ardemment un nouvel album qui devrait sortir l'été prochain. C'est sans doute parce qu'ils se ressourcent ailleurs que les membres ont toujours autant de plaisir à se retrouver.
Sans changer d'identité, Indochine a toujours évolué, a toujours essayé de se renouveler, ce qui explique sûrement qu'il persiste après 11 ans. "Si Genesis existe encore, pourquoi un groupe francophone comme Indochine ne pourrait pas en faire autant?", s'interroge Nicola, qui s'apprête à partir en tournée avec le populaire groupe français.
Il est facile de constater que Sirkis est proche de son public québécois. Rarement a-t-on vu un artiste français accorder tant d'importance à un public aussi restreint qu'est le nôtre par rapport à celui de la France. Ce n'est pas ici qu'il fera de l'argent et il le sait. Il recherche plutôt cette façon d'aborder un produit, cette chaleur que paraît-il, n'ont pas les Français.
Si c'est vrai, nous ferons un bon accueil à Dans la lune... car il s'agit d'une production de qualité qui rappelle un peu le son d'Indochine, elle confirme surtout le talent de Sirkis qui n'a pas fini d'étonner. Il aurait été facile de réaliser un disque genre Nicola Sirkis chante ses idoles... mais Sirkis n'est pas le genre à tomber dans ce piège.
Le choix du titre d'un album peut souvent avoir une origine très profonde. Ici, c'est tout le contraire : "Pourquoi Dans la lune...? parce que c'est ce qu'on me reproche le plus souvent!", dit-il, dans la lune...