L'album solo de Nicola Sirkis nous amène "Dans la lune"

Qu'ont en commun les groupes Tears for fears, Sparks, Tom Tom Club et Japan? Réponse : une de leurs chansons, souvent peu connue, est reprise sur le premier album solo de Nicola Sirkis, chanteur et parolier du célèbre groupe français Indochine.

Un album intitulé Dans la lune qui est sans doute le premier du genre à s'adresser d'abord à ceux et celles qui ont découvert la musique quelque part entre 1973 et 1983.

Si vous préférez, à ceux et celles pour qui musique voulait surtout dire punk et new wave. Ceux et celles pour qui George Harrison n'était pas à priori un membre des Beatles, mais celui qui avait écrit Give Me Love (Give Me Peace on Earth). Ceux et celles pour qui le premier grand succès connu des Rolling Stones s'intitulait... Angie.

"J'ai interprété une quarantaine de chansons qui m'avaient marqué pendant mon adolescence, explique Sirkis qui vient d'entamer la trentaine.

Des trucs de David Bowie, de Roxy Music, même de Dylan, enregistrés en prise "live" (en direct), avec les Valentins (les musiciens d'Étienne Daho), dont l'excellente guitariste Edith Fambuena), Philippe Eidel (le collaborateur de toujours), le batteur de Lloyd Cole et le bassiste de Madness."

Des quarante, Sirkis en a retenu onze, soit deux françaises et neuf anglaises dont trois qu'il a adaptées en français. C'est le cas notamment d'Alice dans la lune, écrite à l'origine par le groupe Young Marble Giants (formation mythique dont le seul véritable album est sorti en 1980, en quelque sorte les ancêtres des Cowboy Junkies) et qui est le premier extrait et vidéoclip du disque.

"Pour ce clip, je voulais qu'on voit de très jeunes filles qui font vraiment quelque chose. Elles jouent donc de la guitare, de la batterie, du piano. Et elles jouent vraiment. Je leur ai appris les accords et, en quelques heures, ça y était."

Ce qui nous change agréablement des clips des concitoyens de Sirkis : vous rappelez-vous des récents vidéos Des attractions désastres d'Étienne Daho et Osez Joséphine d'Alain Bashung, où l'on pouvait admirer de belles jeunes guitaristes qui semblaient jusqu'à ignorer la signification du mot guitare...

Un disque aérien

À la première écoute de Dans la lune, surprise! Rien, ou presque ne rappelle Indochine : la voix de Sirkis est moins poussée, plus grave : les arrangements font une très grande place aux guitares : l'album n'est absolument pas "dance", mais plutôt aérien : "Ça tombe bien, je voulais faire un disque qui s'écouterait parfaitement dans la voiture, un disque pour voyager."

Les auditeurs pourront même se surprendre à ne pas reconnaître du premier coup les pièces originales : "Les chansons que j'ai choisies étant relativement peu connues, il était déjà plus facile de ne pas coller à l'originale. Ensuite, je n'ai pas fait écouter les pièces aux musiciens, je leur ai remis les partitions comme s'il s'agissait de nouvelles chansons."

Le résultat est des plus probants, notamment pour les pièces les plus connues, Mad World de Tears For Fears (qui figurait sur The Hurling, 1983) et la plus vieille pièce de l'album, Play With My Fire des Rolling Stones (une des célèbres faces B de 45 tours des Stones, sorti en 1965).

D'autres comme Two Faces de Bruce Springsteen (tirée de Tunnel of Love : 1987 : "Springteen est le seul qui ait demandé à avoir un exemplaire du disque pour entendre la version") ou ma préférée de l'heure, Jusqu'au trou du monde, adaption française de Jackson Song de Patti Smith (sur Dream of Life, 1988), mettent en valeur la qualité mélodique et poétique de ces chansons, qu'on a l'impression de tout juste découvrir.

La voix de Sirkis est souvent doublée par celle, fragile, de Marie Guillard (sa fiancée), qui évoque celle de Tina Weymouth, la bassiste de Talking Heads et de Tom Tom Club (autres références new wave et pop-dance s'il en fut).

À ceux et celles que la chose pourrait inquiéter, précisons que l'anglais de Sirkis est tout à fait respectable.

Dans la lune - intitulé ainsi parce que son auteur affirme être souvent - marque enfin une autre première, soit celle d'une sortie mondiale d'un artiste européen important sur une étiquette québécoise. T.Rock (la petite dernière de la maison de disques québécoise Trafic). Déjà en vente au Québec, l'album sera lancé le 19 octobre en France avant de sortir cet hiver dans le reste de l'Europe, puis en Asie et en Amérique du Sud.