Le baiser d'Indochine : l'électisme du rock moderne!
Avec Le Baiser, son cinquième microsillon, le
groupe français Indochine fait la preuve que les trois membres
qui restent dans la formation savent aussi regarder plus loin que
le bout de leur nez... Car non seulement cet album démontre bien
l'évolution et la maturité acquise dans la réalisation et
toutes les compositions, mais il fait aussi constamment référence
à d'autres artistes, ou à d'autres formes d'art.
Et parce qu'Indochine a cessé de se replier sur sa propre identité, ça pourrait aussi signifier que ces trois bardes modernes du rock viennent de s'ouvrir définitivement les portes du monde.
La grande diversité de cet album, tant au niveau des sonorités que des influences artistiques, permet de découvrir encore mieux toutes les facettes intéressantes du groupe Indochine. Les repères tant littéraires qu'artistiques sont toutes ses formes démontrent bien que les trois membres d'Indochine ne s'alimentent pas que de leur musique... C'est l'éclectisme du rock moderne qui transpire de ce disque, et de tout ce qui le compose.
De la superbe pochette (à édition limitée) aux thèmes encore plus personnels des chansons, des musiques davantage dépouillées aux nouvelles inflexions de la voix du chanteur, tous les éléments de ce cinquième trente-trois tours d'Indochine semblent avoir été consciemment choisis pour "...souligner que cet album est un amalgame d'arts différents".
C'est qu'après une tournée-marathon en 87-88, le groupe s'est arrêté pour repenser à son avenir... en revivant enfin plus normalement son présent. Car cette tournée, qui passa par Montréal où plus de 5,000 personnes en délire les acclamèrent au Centre Paul-Sauvé, se termina dans la tension politique du Pérou. "Après le Pérou, où les tensions politiques furent très difficiles à supporter, nous avons décidé de nous arrêter pour ré atterir sur nos deux pieds, pour revivre un peu plus normalement.
Nous avons décidé de prendre un break qui durerait le temps qu'il faudrait... Nous ne voulions plus obéir aux lois du marché, nous voulions un peu casser ce truc-là... Mais nous nous sommes retrouvés plus tôt que prévu pour composer les chansons de cet album. Déjà en janvier 89, on travaillait sur le matériel." d'expliquer Nicola, le leader du groupe. Puis, il y eut Dimitri qui connut les joies de la paternité et qui voulut davantage se consacrer à son enfant. Il quitta donc Indochine qui se retournera à la formule initiale d'un trio, avec Nicola, son frère Stéphane, et Dominique.
En fait, le premier élément qui fait ressortir la diversité de cet album, c'est probablement la grande variété d'instrumentation qu'on y retrouve. Apportant avec eux des sonorités nouvelles, parfois même carrément bizarres, plusieurs musiciens invités sont venus porter main forte au groupe. Ce qui est d'ailleurs assez nouveau pour les membres d'Indochine, plutôt portés à se replier sur leur propre entité créatrice et cherchant à développer davantage leur propre sonorité.
Maintenant qu'ils y sont parvenus, ils semblent vouloir se tourner vers d'autres musiciens; "C'est vrai. Nous avons voulu nous ouvrir à d'autres musiciens, ne pas rester enfermés sur nous-mêmes comme on avait tendance à le faire pour les autres albums...
Mais nous avons toujours voulu sortir des sentiers battus du rock normal. Nous avons toujours cherché à mélanger des sons exotiques, voir même ethniques. Au début, c'était avec les synthétiseurs mais de plus en plus c'est avec de vrais musiciens. Si on cherche à exploiter toutes le sonorités musicales du monde, c'est tout simplement parce qu'on aime ça..." soutient Nicola.
Ainsi le groupe fit appel, entres autres, au violoniste iranien Mammoud Tabrizzi-Zadeh (Peter Gabriel - Passion) avec ses instruments bizarres les uns que les autres, à Martin Hanlin, le batteur du groupe anglais The Silencer pour quatre chansons, et aux musiciennes classiques Florence Augustin (violoncelle) et Claire Julien De La Ferrière (clarinette), mais surtout à Philippe Eidel (piano, synthétiseur) qui avait produit les deux premiers disques.
Eidel a d'ailleurs poussé sa recherche sonore jusqu'à n'utiliser que de vieux synthétiseurs comme le Moog et le Prophet pour obtenir vraiment ce qu'il recherchait comme atmosphère.
Mais la volonté éclectique d'Indochine ne s'arrête pas là. Les thèmes choisis sont autant de clins d'oeil à différents auteurs (Cendrars, Salinger), à différents artistes-peintres (le lettrage de la pochette a été réalisé à partir de neuf toiles de maîtres), à certains cinéastres (Lynch, Tati) et à d'autres artistes de la Nouvelle Vague (Man Ray).
"Nous avons mis deux mois de travail pour la conception et la réalisation de la pochette, parce que nous voulions revenir aux pochettes qui constituaient en elles-mêmes un événement... Parce qu'un disque prend six mois de travail, il faut que ça devienne un événement en soi.
Et comme tout aujourd'hui est réduit, nous avons plutôt cherché à donner de l'ampleur à ce nouveau microsillon... Nous avons pris neuf toiles de peintres modernes pour la pochette, c'est pour souligner que c'est un amalgame d'arts différents." C'est vraiment à tous les niveaux que cet album constitue un petit bijou.
Indochine, et sa compagnie de disques BMG-Ariola n'ont pas lésiné sur la qualité de ce cinquième album. Ainsi à grands frais, Indochine a fait imprimer 65,000 de ces pochettes spéciales, dont 10,000 pour le Québec. Paru en France depuis le 7 février, Indochine vient donc tout juste de lancer Le Baiser pour la Belle Province.
Mais ensuite, ce sera au tour de Madrid et l'Espagne, puis le Portugal, la Scandinavie, le Pérou, l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche. Il ne fait plus aucun doute qu'avec Indochine, on vise très loin. Avec Le Baiser, Indochine pourrait bien s'ouvrir définitivement, les portes du monde...