Partir dans la lune... avec Nicola Sirkis
Avec lui, nul besoin de monter à bord de la navette
spatiale pour mettre le cap sur la lune. En fait le chanteur et
parolier d'Indochine nous a concocté un voyage tout en musique.
Un album perso, comme il se plaît à dire, sur lequel il interprète
onze chansons qui ont marqué son adolescence.
Faire découvrir aux gens la musique qu'il écoute chez lui, voilà un projet que Nicolas Sirkis mijotait depuis six ans. À l'approche des fêtes, l'an dernier, une période d'accalmie dans la carrière d'Indochine lui permettait enfin de mettre le projet en branle.
Et c'est en septembre dernier qu'il lançait chez nous, en grande première mondiale, cet album dont tu connais sans doute le premier extrait, "Alice dans la lune".
Fidèle à lui-même, Nicola conviait alors les journalistes à un lancement intimiste. Quelques personnes réunies, au studio de la maison de disque québécoise à laquelle il a confié la production de l'album, pour écouter le disque et entendre les commentaires du principal intéressé.
Tranchant radicalement avec l'habitude qui veut qu'ici les disques soient lancés en grande pompe, je me suis rappelée que, lors d'une entrevue précédente (février 1991), je lui avais demandé quel était selon lui le pire cadeau qu'on puisse lui offrir, question à laquelle il avait répondu sans hésiter : Une invitation à un party ou à un cocktail!
Eh bien, tu n'as donc pas changé? Je n'aime toujours pas les partys, mais j'ai compris depuis que lorsque tu es invité, tu peux te barrer quand tu veux. (Tiens, tiens, moi qui les déteste tout autant, je retiens l'idée!)
Chaque chanson qu'il a choisi d'interpréter a sa petite histoire. Et si l'on retrouve sur l'album la chanson "What is Life" de l'ex-Beatles, George Harrison, ce n'est certes pas l'effet du hasard. Avant que la famille Sirkis aille s'installer en France, c'est en Belgique que les célèbres jumeaux ont vécu jusqu'à l'âge de 13 ans.
Tant à la radio belge que française, on ne diffusait pas de rock. Pour assouvir sa passion pour cette musique, Nicola synthonisait les radios pirates hollandaises qui diffusaient à partir de bateaux qui naviguaient sur la Manche, en dehors des eaux territoriales.
C'était fait dans l'esprit hippie, car des gens habitaient sur ces bateaux qui diffusaient, sans permis, du rock à longueur de journée. "What is Life" a été le premier tube que j'ai entendu et sur lequel j'ai dansé lors de mes premières boums.
Nicola nous fait découvrir des titres peu connus, comme ce "Play with Fire" des Stones, qu'il considère comme étant l'une des meilleures face B du groupe. Il nous sert aussi des adaptations très personnelles sur des tubes immenses, comme cette version originale de "Mad World" de Tears for Fears.
Quant au choix des musiciens qui l'accompagnent, il s'est fait un peu par hasard, selon la disponibilité des copains musiciens. Les Valentins (musiciens d'Étienne Daho) se sont vite montrés intéressés et de nombreux autres ont suivi. On voulait que l'album ait un esprit live.
C'est pourquoi la porte est demeurée ouverte à tous ceux qui voulaient collaborer. De l'expérience, il n'a qu'un seul regret : celui que ni Dominique ni Stéphane ne soient venus jouer lors de l'enregistrement. Ils voulaient le faire, mais ils ont finalement renoncé, car ils craignaient que l'album sonne trop comme Indochine.
Puisque nous parlions de ses confrères indochinois, une question me brûlait les lèvres : comment se sent-il seul pour la première fois à devoir promouvoir un album, rencontrer les journalistes et affronter la critique : Ouais, c'est un peu bizarre. Je me sens un peu angoissé de devoir tout faire seul. J'aime bien avoir Dominique et Stéphane avec moi. Quand j'ai fait l'album, je n'avais pas prévu cela. Mais bon, c'est une aventure que j'ai voulue, alors je l'assume.
Et Indochine alors?
Que les fans d'Indochine se rassurent : l'album de Nicola n'est pas le signe d'un divorce imminent au sein de la formation. Le groupe demeure très fort et très solide. Indochine pourrait être, toute proportion gardée, un peu comme Genesis, c'est-à-dire que tous les musiciens pourraient avoir des projets individuels et se réunir tous les deux ou trois ans autour d'un projet commun.
Après onze années d'existence, je pense que le groupe a la maturité nécessaire pour envisager l'avenir de cette façon. Pas question d'ailleurs qu'il monte un spectacle solo. Sur scène, je suis le chanteur d'Indochine. Par contre, si Dominique et Stéphane aiment bien l'album, on pourrait inclure une ou deux chansons à nos spectacles.
Bonne nouvelle : la sortie du nouvel album d'Indochine est prévue pour mai ou juin prochain. Nicola nous promet un son très énergique, très rock. Une vaste tournée suivra et il ne serait pas étonnant que Montréal et Québec figurent à leur itinéraire.
Lors de leur récent passage, l'été dernier, le public d'ici leur a encore prouvé qu'ils avaient la cote d'amour. Dès les toutes premières notes, l'ambiance était survoltée. Et le mot est faible! S'attendait-il à une telle réaction, après quatre ans d'absence?
Ce qui m'a le plus surpris, c'est l'âge du public. Un public plus jeune qui me rappelait nos premières tournées. L'ambiance était très belle, mais des fois c'est pire. Les gens montent sur scène, c'est complètement fou. Je crois qu'un concert rock se doit d'être hystérique. Par son énergie, le public fait la moitié du concert. Plus c'est le bordel, plus je suis ravi.
Malgré son énorme popularité, Nicola ne joue pas les vedettes. Pour preuve, cette photo qui illustre cette entrevue, le montant tel que tu pourrais le croiser à Paris, à regarder les passants, son vieux vélo près de lui. Je ne veux pas rentrer dans la critique du show-business. J'ai bien cherché à faire ce métier, mais je n'ai pas cherché à devenir une star.
Nicola Sirkis n'est pas une star? Je ne sais pas, je ne pense pas. Je ne me considère pas comme tel et je n'ai pas envie de le devenir. L'hystérie, on ne voit ça que dans les concerts. Bien sûr, si je passe devant un lycée à la sortie des cours, c'est l'attroupement. Mais ça, j'évite. Quelle sage décision!