Indochine / hors des sentiers battus

Après huit ans d'existence, le trio français Indochine nous propose un cinquième album, Le Baiser qui marque une nouvelle étape dans la carrière de ces camarades de collèges que furent au départ les frères Nicolas et Stéphane Sirkis et Dominique Nicolas. Les trois jeunes Français étaient à Montréal hier, pour présenter leurs nouveaux disque et vidéo.

"Ce disque a été réalisé après le premier break qu'on a pris depuis le début du groupe, de rappeler Nicola Sirkis, le chanteur, qui est aussi l'auteur de tous les textes des chansons du groupe. Nous avons présenté un bien mauvais spectacle à Montréal, (son pourri au Centre Paul-Sauvé), mais le public fut très sympathique", devait-il ajouter en nous promettant de revenir l'automne prochain dans un meilleur contexte, celui du Spectrum.

Au lendemain de sa première sur une scène montréalaise en octobre 1988, le groupe devait chanter devant 45 000 fans péruviens, profitant du système de sonorisation mis en place pour la visite du pape. Le groupe rock français a créé quelques remous dans le milieu politique de ce pays, plutôt hostile au rock américain et fermé à ce type de spectacle.

Puis les quatre membres d'Indochine, dont le saxophoniste Dimitri se sont laissés, pour ne revenir enregistrer ce nouveau disque qu'à trois.

"Musicalement, ce départ de Dimitri n'a pas influencé le groupe. Mais cette année de repos m'a permis de faire un ressourcement intellectuel", déclare l'auteur d'Indochine, qui précise que pour la première fois, il a pu écrire des choses vraiment personnelles, comme une histoire d'amour vécue. Les Plus Mauvaises Nuits.

Il y a d'abord la chanson-titre, qui a suscité quelques remous en France. "Le Baiser c'est pourtant un acte banal, commun, mais dont on ne parle plus", explique Nicolas qui voulait aussi rendre hommage au photographe Robert Doisneau dont une photo d'amoureux a séduit la France.

D'autres artistes, jusqu'à Blaise Cendras, en passant par les Klein, Miro et Kadinsky (représentés sur la pochette de l'album), sont de ce disque d'Indochine qui se révolte contre le marchandage des oeuvres d'art dans Les Années Bazar. Et le vidéo rend aussi hommage au Baiser de Rodin.

"On essaie de sortir le rock des sentiers battus en mélangeant des sons exotiques, classiques et ethniques, à ceux de la guitare, de la batterie et des synthétiseurs. On a ainsi un musicien iranien, avec des instruments bizarres, dont le santour dans More. La sonorité indienne vient du réalisateur Philippe Eidel (il a fait les deux premiers disques du groupe, dont le précédent 7000 danses et signé la musique du film Le Mahabarata)."

L'auteur du groupe n'écrit plus comme avant. "C'est la première fois que j'écris des chansons sans tenir compte d'Indochine". Nicola Sirkis parle aussi de maturité acquise lors de cette première séparation des membres du groupe, qui travailleront pendant les six prochains mois à la réalisation d'un film de toutes les chansons de ce nouveau disque.

Et reste encore une quinzaine de chansons inédites, fruit du travail préparant les trois mois d'enregistrements.