Indochine, Décade danse

Le groupe français le plus populaire depuis maintenant dix ans, Indochine nous revient en concert, sans le battage publicitaire d'une grande opération marketing. Retour aux sources?

Pour peu, on aurait pu croire Indochine disparu à jamais. Quatre ans sans la moindre manifestation en public, exception faite d'une apparition à la télé française. Aucune tournée de spectacles pour promouvoir Le Baiser, leur dernier album, paru en 1990. Puis les voilà de retour en piste, cette fois avec en poche la compilation Birthday Album, une brique de dix-neuf titres pour fêter leur dix ans d'existence (1981-1991).

"Mais attention, prévient le chanteur Nicola Sirkis, pas de série concerts monstre. Juste quelques concerts dans des salles de petites dimensions, comme l'Olympia à Paris." Mais contrairement aux rumeurs qui ont couru, alimentées par le fait que Nicola enregistre en ce moment un album solo, il ne s'agit pas d'une tournée d'adieu. "Non, on prépare déjà notre prochain album, qui devrait être lancé vers mars 93."

Et ce gouffre de quatre ans? Ras-le-bol des arénas? "Oui, mais plus précisément des grandes tournées. Plus on en faisait, plus c'était gros, et donc moins spontané. On en avait marre de s'embarquer pour des mois avec un show tellement préparé qu'on ne pouvait plus modifier en cours de route, un modèle figé qu'on répétait soir après soir.

Quand on a arrêté, on avait fermement décidé de ne plus faire des tournées par seule obligation promotionnelle. Alors on revient surtout pour le plaisir. Normalement, on ne devrait pas être en tournée, puisqu'on n'a vraiment pas de nouvel album à promouvoir, ni aucun single pour les palmarès."

C'est qu'il insiste beaucoup sur cette dimension non commerciale de la visite, comme s'il appréhendait un reproche. Facile à comprendre, on n'a qu'à lire les revues françaises, qui regorgent toutes d'entrevues sur des groupes au succès impensable. "En France, on vous considère comme de la merde dès que vous vendez. C'est atroce. Dès qu'on a été numéro 1, on a tout de suite été le groupe à abattre parce que c'est pas normal qu'un groupe français marche."

Autre motivation première de cet album et tournée anniversaire, une rare longévité pour un groupe français. "On a été l'un des seuls à durer plus de dix ans. L'album compilation m'a toujours quelque peu répugné, parce que c'est généralement un sous-produit destiné à faire de l'argent sans beaucopup d'investissement. Mais ce n'est pas ce qu'on cherchait. Sans faire prétentieux, je suis fier de cette compilation. Je pense qu'elle montre bien l'évolution qu'on a connu au cours des années."

Et après une si longue absence, le groupe avait sérieusement envie de remettre les pieds sur une scène. "On a tout remanié notre matériel pour le rejouer à six : les trois Indochine, plus un bassiste, un batteur et un clavier. On n'a eu que quinze jours de répétition. Au début, on a eu peur de ne pas arriver à reproduire les chansons de l'album.

Mais en fait c'est tant mieux, parce qu'elles vivent beaucoup mieux comme ça. Et ce qui est génial, c'est que beaucoup de pièces seront jouées pour la première fois en scène. Au moment du Baiser, on n'avait pas tourné. Des pièces comme Des fleurs pour Salinger ou More... prennent une dimension en scène qui vaut vingt fois le disque, je t'assure!"

"Ce qu'on veut, c'est une vraie fête, où il est possible de faire participer le public, de rallonger les chansons, en changer l'ordre, etc. Je dirais que ce sont nos meilleurs concerts. Les plus aboutis et surtout les plus spontanés. Et peut-être les plus bordéliques, mais je préfère..."

Enthousiaste, Nicola l'est tout autant pour son album solo. Et il a raison. Un projet de reprise pour le moins surprenant: de chansons de Springsteen, Patti Smith, Tears For Fears, pour lequel il a déjà enregistré une douzaine de titres, en compagnie de musiciens de Loyd Cole, Madness et Les Valentins. Sortie prévue pour cet automne. J'ai plutôt hâte.