Indochine
Ils
en ont fait danser des ados au cours des années quatre-vingt. L'Aventurier,
Dizzidence Politik, Canary Bay, Troisième Sexe; autant d'hymnes
à la jeunesse signés Indochine, trio français par excellence
des quinze dernières années, désormais pris en grippe par la
presse de l'Hexagone : "Et c'est une des raisons pour
lesquelles nous sommes en train de préparer un album en concert,
avoue le chanteur Nicola Sirkis.
On veut montrer que, contrairement à ce que certains colportent, tout va très bien entre Indochine et son public. De toute manière, en France, on brûle souvent ceux qu'on a aimés." Sentiment qui ne semble pas partagé par les fans du groupe. Lors d'une entrevue à son domicile, à Paris, j'avais été estomaqué par le nombre d'appels de candidates au mariage, de confidentes désespérées, ou d'autres jeunes filles voulant causer avec Sirkis.
Pas de farce, la machine devait certainement contenir une vingtaine de messages après les quarante-cinq minutes d'entrevue. L'enfer pour la concentration. C'est donc dire que les fans n'ont pas trop mal pris l'important virage opéré par le groupe, via la parution, l'automne dernier, d'Un jour dans notre vie. Suite à une longue éclipse, le trio nous revenait alors, les guitares plus aiguisées que jamais.
Les jeunes garçons dans le vent des tout débuts ont aussi évolué côté thématique, une pièce comme Anne et moi en étant le principal témoin: "Heureusement d'ailleurs, je ne me verrais pas écrire une pièce comme Miss Paramount ou d'autres trucs du genre en 1994. Avec les lectures et tout l'enrichissement culturel qu'on peut emmagasiner, c'est un peu normal. Anne et moi, c'est d'ailleurs une chanson sur la paternité. Y a des relations entre un père et une fille qui sont très fortes. Des relations d'amour, mais qui peuvent être considérées comme un peu perverses, vues de l'extérieur. Jusqu'à quel moment dans cette relation, peut-on ou non parler d'inceste?"
Il semblerait aussi qu'avec les années, les boys ont gagné en autorité, ne se laissant plus intimider par les lourds intervenants des labels français, qui n'ont désormais plus leur mot à dire dans la production des compacts: "Y a un album qui n'aurait effectivement pas dû sortir comme tel, avance Sirkis. On aurait dû rester plus longtemps en studio. Mais là, c'est terminé; on ne répond plus à l'industrie du disque comme des ouvriers."