Indochine : musique débridée en français dans le texte

Démentelant la rumeur qui veut que le rock soit anglophone, le groupe français Indochine arrive. "Biographé", plébiscité par le marché du disque qui en a fait les recordmen du "top-dollar", le quatuor découvre l'Amérique.

Mais s'ils chantent volontiers leur succès, "Trois nuits par semaine", les rockers de coeur ne se produiront qu'un seul soir, le 6 avril, au Centre Paul-Sauvé car après, littéralement, c'est le Pérou...

Quelques minutes avant de monter sur scène en France, à Clermont-Ferrant, fin de course d'une tournée sur l'Hexagone, le chanteur Nicola Sirkis téléphone au Journal, histoire de préparer le terrain, d'envoyer ses bons voeux et de démander si l'hiver est fini.

Inévitablement, la conversation tourne autour du médium, de la langue...

Bandinant, Sirkis promet de parler "canadien" à Montréal. De dire "C'est écoeurant" avec enthousiasme et d'oublier le sens gros mot du dictionnaire Larousse. Mais rapidement, il enchaîne sur le français dans le texte.

"On refuse de chanter en anglais. On a fait un essai une fois en studio et c'était ridicule; ça sonne pas, c'est nul", avoue-t-il.

"Bien sûr, ça nous coupe des marchés comme les États-Unis (à supposé que ça ait fonctionné), l'Angleterre ou même l'Allemagne (les Rita Mitsouko ont fait un malheur en anglais là-bas) mais l'Australie veut nous avoir même en français...", raconte Sirkis qui sait qu'il vaut mieux être maire d'un village qu'éboueur à la ville et quand le village s'appelle la France, c'est par millions que se comptent les électeurs.

Ils s'appellent "Indochine" depuis bientôt sept ans pour faire parler les gens. Ils ont du mal à se définir et acceptent l'étiquette bâtarde de "groupe rock". Ils n'expliquent pas leur succès mais en jouissent avec un plaisir décuplé depuis qu'ils se savent suivis par leurs fidèles. Mais à Montréal, ils n'ignorent pas non plus l'ampleur du défi qui les attend en terre vierge, conquise seulement partiellement par le disque.

"La date de Montréal est très importante. C'est notre premier contact avec le public en Amérique et la presse a l'air très dure. Peut-être justement qu'en France d'ailleurs. En France, il y a beaucoup de problèmes d'égo dans la critique tandis que chez vous, vous êtes plus violents mais plus honnêtes aussi. Quand un chanteur fausse, vous le dites. Lorsque nous étions là à l'automne, Elli Medeiros s'est fait descendre et nous avons été touchés", confie-t-il en livrant son impression de la critique québécoise.

"Pour vous, la chanson française, c'est un truc de bataille. Vous la défendez beaucoup", note-t-il avec compréhension.

Et Sirkis parle d'un vidéo-clip acclamé en France mais interdit ailleurs : "Il a été interdit en Allemagne à cause des images d'Hitler, en Italie à cause de celles du pape et aux États-Unis à cause de celles de Reagan". Pourtant, les "Indochine", comme les appelle leur concitoyens, ne font pas exactement dans la virulente provocation : "Les garçons au féminin, les filles au masculin", refrain archi-distillé par la radio n'attise pas exactement le flambeau anarchiste...

Et c'est justement une visite de politesse que nous feront les rockers français en route vers le Pérou.

"Au Pérou, nous sommes le groupe français le plus populaire", dit-il. Soyons sérieux! Ça veut dire quoi au Pérou, le groupe français le plus populaire? Le chanteur sourit, convient de ce n'est pas pharamineux mais ajoute tout de même avec fierté : "Là-bas on a vendu 150 000 disques et Madonna 30 000"...

Indochine arrêtera donc à Montréal le temps d'un transit vers le Pérou. Mais si le coup de coeur attendu se produit, le groupe espère revenir "bombarder" le Québec à l'automne. Ça serait là vraiment le Pérou...

Le groupe français Indochine au Centre Paul-Sauvé, le 6 avril. Un baptême en Amérique pour les déjà "vétérans" d'Indochine qui, après sept ans, font le beau temps du palmarès en France...