Indochine : un auditoire conquis malgré un son et un éclairage pourris
Le groupe français Indochine a pris d'assaut, hier
soir, le center Paul Sauvé. Jamais encore n'avait-il autant vibré
de sons distordus et de sautillements frénétiques, grâce à
des fans littéralement "déchaînés".
Pour Indochine, connu exclusivement à partir de ses disques (diffusés par la radio depuis sept ans), c'est un premier contact physique avec le public québécois. Celui-ci démontre son enthousiasme, comme s'il s'agissait de l'examen final d'une session intensive d'aérobique. Si on achève bien les chevaux, on n'arrête pas les admirateurs d'Indochine...
Tous ont déserté les places assignées, pour se retrouver au centre, à la recherche d'une communication directe avec le chanteur Nicolas. Les cheveux en broussailles, la chemise ample sur un pantalon collant, il enfile chanson après chanson fébrilement, tout en sautillant au rythme des éclairages.
Son charisme agit. La foule chante avec lui, mime chacun de ses gestes. Poing levé, sautant sur une jambe puis sur l'autre, chacun démontre sans retenue son admiration pour Indochine.
Peu importe finalement que le son soit pourri, qu'il rebondisse dans tous les sens, que les quatre membres d'Indochine soient le plus souvent éclairés au contre-jour, qu'ils soient éparpillés aux quatres coins d'une scène trop grande, Indochine gagne son pari de séduire ses jeunes admirateurs montréalais.
Eux, n'y voient que du feu, Indochine chanterait en chinois que l'effet serait le même. Même lorsque Nicolas s'adresse au public, on ne saisit pas un mot. On devine qu'il exprime son bonheur d'être à Montréal, qu'il annonce quelques titres. Le désastre, on s'en doute, atteint aussi la diffusion de la musique. "Trois nuits par semaine", "Les Tzars", "Les garçons au féminin, les filles au masculin", "Tes yeux noirs" réjouissent tout de même un public prêt à tout.
Quelques effets viennent ajouter au dynamisme du jeune chanteur. Les éclairages se mirent dans le gong, les percussions se superposent aux faiblesses des instruments. Indochine, qui en a vu d'autres, essaie de faire valoir sa qualité théâtrale. On le sent qui s'essoufle dans ce rythme effrêné.
Malheureusement pour lui, Indochine a eu à "performer" dans une salle sans caractère. Le centre Paul Sauvé, réservé surtout aux expositions et aux concours d'amateurs, n'a rien à voir avec le rock.
À moins de connaître par coeur chacune des orchestrations, chacun des mots de la prose d'Indochine, on pouvait sentir que la magie n'y était pas, mais qu'ailleurs, elle aurait pu être envoûtante.