Le groupe Indochine : le succès sans aucun compromis
Les membres du groupe Indochine avouent "avoir
du pot" : Ils vendent suffisamment de disques pour se
permettre de faire ce qui leur plait.
Ce groupe français né avec les années 1980 ne compte plus, en effet, ses succès, en France, au Québec, et même en Scandinavie et au Pérou : 3e sexe, Les Tzars, Les yeux noirs, Canary Bay, Indochine est un groupe à hit parade, comme disent les Français.
C'est un peu parce qu'ils en avaient assez de cette étiquette que les quatre membres d'Indochine avaient pris un peu de recul depuis le disque 7,000 danses, lancé en 1987.
"On en avait un peu assez des classements, expliquera le chanteur et auteur des textes des chansons, Nicola Sirkis, lors d'une entrevue, cette semaine. Nous, on avait tous quitté l'école pour échapper aux classements..."
Après plusieurs mois de recul, le groupe aujourd'hui amputé d'un membre ("Dimitri nous a fait un enfant dans le dos"), lançait, cette semaine, son cinquième disque, Le baiser, et le vidéoclip du même titre.
Le clip du Baiser est inspiré de la célèbre photo de Robert Doisneau. Pendant une semaine, toute l'équipe a silloné les rues de Paris, tournant à l'insu des principaux intéressés, des images de couples, en train de s'embrasser. "C'était marrant parce qu'après, il fallait courir après les gens pour obtenir leur autorisation."
Lors d'une brève visite à Québec, Nicola Sirkis et le compositeur des musiques du groupe, Dominique Nicolas, ont bien voulu se prêter au jeu des entrevues avec les journalistes, pendant que Stéphane Sirkis, le frère de Nicola, roupillait dans la suite de l'hôtel où avait lieu le rendez-vous. Nicola, tranquille porte-parole d'Indochine, répète gentiment, une fois de plus, les réponses aux questions posées par les journalistes. Dominique, lui, se fait silencieux. Il l'avouera plus tard : il déteste ce jeu...
"C'est bizarre, il y a beaucoup de gens en France qui pensent que si on est numéro un, c'est parce qu'on a fait beaucoup de compromis, affirme Nicola. Nous, on n'a jamais dérogé de notre philosophie de départ."
Et comment!
Refus global
En huit ans d'existence, Indochine n'en n'est ni à un refus, ni à un scandale près. Ils refusent de participer à des spectacles en playback, refusent de traduire leurs chansons en anglais, ce qui leur a fermé il y a quelque temps le marcé anglo-saxon.
En 1987, le vidéoclip Les Tzars, qui raconte les travers des tyrans, avait été interdit en Italie ("à cause des images du pape", explique Dominique) et aux Etats-Unis (à cause des images de Ronald Reagan). "Il n'y a qu'au Canada que vous avez accepté de le passer", glisse Dominique.
Et lorsque Jack Lang, le ministre de la Culture française a assisté à l'un de leurs spectacles, ils ont accepté de se faire photographier avec lui... à la fin du concert. "On voulait être sûrs qu'il resterait jusqu'à la fin", fait Nicola.
"Jack Lang est très opportuniste, ceci dit sans être méchant. Nous, on aime beaucoup Jack Lang, reprend-t-il. C'est le meilleur ministre de la Culture qu'on a jamais eu."
C'est ce ministre qui a instauré un programme d'aide à la relève pop et nomme un "monsieur rock" : celui-ci sélectionne chaque année des groupes et leur permet d'enregistrer un disque. "On est le seul groupe à ne pas avoir recu cette aide, dit Nicola. Ils ont peut-être trouvé qu'on n'en avait pas besoin, fait-il, pince sans rire. Mais nous, on ne veut pas être assisté par un gouvernement quelconque."
Le début de la fin
Difficile d'expliquer le succès commercial du groupe malgré tout marginal, autant dans son comportement que dans son style musical ou dans les thèmes traités dans les chansons. "Etre clair dans sa tête, ca permet de durer plus longtemps", croit Dominique.
Pourtant Indochine n'a pas l'intention de faire de vieux os : "On va faire Indochine 12-15 ans, tranche Nicola. On est plus proche de la fin." Ses projets d'avenir : le cinéma, derrière les caméras, une expérience qu'il apprivoisera avec le tournage d'un mini-film, cet été, à partir des extraits du nouveau microsillon. Quant à Dominique, lui, il rêve de faire des procès aux grands pollueurs de ce monde.