Indochine est de retour!

Devant l'hôtel où loge le groupe Indochine, de jeunes adolescentes font les cent pas, espérant apercevoir Nicola, Dominique ou Stéphane. Et moi qui croyais qu'après trois années d'absence, leurs fans les avaient oubliés!

Lors de ma visite, les garçons étaient dans leurs chambres, profitant d'une pause-déjeuner bien méritée. Depuis leur arrivée à Montréal, ils n'avaient pas cessé d'accorder des entrevues aux différents médias montréalais.

Dans la pièce adjacente au petit salon où nous avions rendez-vous, deux admiratrices téméraires sirotaient une boisson gazeuse en attendant patiemment l'arrivée de Nicola.

Lorsqu'il est apparu devant moi, il tenait entre les mains deux petites boîtes enrubannées, dont l'une contenait une jolie chaîne en argent et l'autre, un porte-clé en forme de tour Eiffel, je crois. Nicola était ému, mais certainement pas autant que ses deux fans qui venaient enfin de réaliser leur rêve!

En riant, je lui avoue mes doutes à propos de leur longue absence. "Indochine n'a pas été très visible depuis trois ans, c'est vrai, mais il y a tout de même eu mon album solo lancé en 1992, rappelle Nicola. Et puis, nous n'étions pas complètement disparus de la surface de la terre!

Seulement, nous n'avons pas produit d'album! Cela dit, ça ne nous a pas empêchés de travailler, et même de faire un ou deux petits spectacles chez nous, en France. Il est faux de croire que les admirateurs et admiratrices oublient. Peut-être certains le font-ils, mais la plupart demeurent fidèles. Et ça, c'est très touchant!"

En écoutant Un jour dans notre vie, le nouvel album d'Indochine, on comprend mieux pourquoi les fans n'ont jamais cessé de croire en leurs idoles.

La petite histoire d'Indochine

Au début des années 80, quatre garçons fondent un groupe. Quelques semaines plus tard, ils se produisent dans un club appelé le Rose Bonbon. "Lorsque nous avons fait ce spectacle, nous n'avions environ que cinq chansons. Mais nous nous étions dit : ça passe ou ça casse!" Et ça a passé.

Le soir même, des producteurs présentaient le quatuor (ils étaient quatre à l'époque). "Comme nous n'y connaissions rien, nous avons signé avec le producteur qui nous a offert à boire...", se souviennent-ils en riant. "Pour Indochine, tout a été tellement rapide! En deux ans à peine, nous vivions déjà de notre musique", fait remarquer Stéphane, le jumeau de Nicola et claviériste du groupe.

Indochine s'est approprié les années 80 comme peu d'artistes francophones ont su le faire. De l'Aventurier au Baiser, le groupe a fait des disques, qui se sont tous vendus à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires. Qu'ils le veuillent ou non, les trois garçons d'Indochine font maintenant partie des grands et leurs albums sont devenus des classiques pour la jeunese francophone.

Preuve irréfutable de cet engouement, Le Birthday Album, leur disque compilation paru en 1991. Alors que bien des gens croyaient le phénomène Indochine mort et enterré, ce disque s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires à travers la planète!

"Il n’a jamais été question pour nous d’arrêter. Il y a eu des rumeurs, mais nous les avons laissées circuler. Nous ne pouvions quand même pas convoquer une conférence de presse pour dire que nous existions toujours. De toute manière, après chacun de nos albums, il y a toujours eu des gens pour dire que c’était terminé. Nous venons à nouveau de prouver que c’était faux."

Un jour dans notre vie

Le dernier album du trio marque un tournant dans l’oeuvre indochinoise. "Il y a en effet beaucoup moins de clavier et plus de guitare. C’est une tendance qui nous tenait à coeur et qui avait commencé à se dessiner avec l’enregistrement du disque Le baiser. C’est normal qu’après 12 ans de carrière, notre son change. Je crois que c’est un disque beaucoup plus rock, voire brutal. Un album conçu pour être joué sur scène."

Depuis leurs débuts, les gars d’Indochine, qui sont tous des musiciens autodidactes, considèrent avoir acquis une certaine maturité musicale, tout en améliorant leur technique. "Lorsque nous avons débuté, aucun de nous n’avait de formation en musique.

C’est donc "sur le tas" que nous avons appris à jouer. Certains groupes demeureront toujours de meilleurs techniciens de la musique que nous, mais j’avoue que nous sommes assez fiers de nos compositions", ajoute Nicola en rougissant un brin.

Il avoue par ailleurs que lors de l’enregistrement de son disque solo, la "magie indochinoise" lui a beaucoup manqué. Tellement, qu’il a même demandé aux autres membres de venir le rejoindre en studio! "Nous avons refusé, car nous savions que si nous y étions allés, ça n’aurait plus été le disque de Nicola, mais bien un disque d’Indochine", affirme Dominique.

Savourer le rouge

En ce qui a trait à leur nouveau disque, tu as sans doute pu voir le clip Savoure le rouge à MusiquePlus. Celui-ci est très original, voire un peu dérangeant. Je tenais à ce que Nicola me parle de cette chanson et du vidéoclip, ainsi que de la réaction qu’ils ont provoquée. "Au Québec, il ne semble pas y avoir eu de problème. Personne n’a crié à l’indécence.

Je crois que nos fans d’ici ont bien aimé cette chanson et surtout qu’ils ont compris le message qui se cachait derrière." Un message? Quel message? "C’est un peintre qui m’a inspiré cette chanson. Mort très jeune, il avait été emprisonné pour détournement de mineure et avait même eu une relation incestueuse avec sa soeur.

Sa couleur fétiche, c’était le rouge, pas pour symboliser le sans mais plutôt la couleur charnelle. Moi, j’ai déliré là-dessus. Savoure le rouge, c’est effectivement aimer faire l’amour. J’aime mieux dire "savoure le rouge" que de dire "savoure l’amour"..." Surtout en ces temps de sida...

"En effet! Je crois qu’il était temps qu’on écrive une chanson à la gloire de la chair, de l’amour. Depuis que cette fichue maladie a fait son apparition, on ne fait plus rimer amour et sexe qu’avec le mot mort! C’est terrible et gênant. J’avais envie de rétablir un peu la situation, de parler de nouveau de la chaleur et des vibrations que l’amour continue de provoquer en nous."

Le reste de l’album parle d’héroïne, d’inceste, de violence, du Pérou, du Viêt-Nam. De ce même Viêt-Nam appelé autrefois Indochine, alors qu’il était encore une colonie française.

"En France, notre nom passait mal au début : les vétérans de la guerre d’Indochine ne semblaient pas apprécier tellement! Aujourd’hui, nous n’avons plus de problèmes avec cela."

Depuis la sortie du film Indochine, sans doute? "Le Viêt-Nam est devenu tellement à la mode... Dans tous les journaux français, on annonce des voyages organisés : les touristes peuvent se rendre là-bas et visiter les ruines que les Blancs ont laissées derrière eux. C’est sordide!" Sans commentaires...